Depuis de nombreuses années, la bourgeoisie française mène une campagne islamophobe permanente. A toute heure du jour et de la nuit, journalistes, éditorialistes et hommes politiques déversent un flot d’insultes – des plus subtiles aux plus grossières – sur les travailleurs musulmans. A travers cette campagne, la classe dirigeante vise indistinctement l’ensemble des immigrés et tente de diviser la classe ouvrière. Ces attaques se sont intensifiées ces derniers mois : le mouvement ouvrier doit réagir.
Racisme à droite – et à « gauche »
Pour fournir du grain à moudre à ses propagandistes, la bourgeoisie recourt à toute une série de procédés fallacieux. Le 18 novembre, un sondage sur les pratiques des musulmans – aussi bancal sur le plan méthodologique qu’ouvertement islamophobe – a été publié par l’IFOP et aussitôt repris en boucle par les médias.
Le même jour, le ministère de l’Enseignement supérieur a adressé aux présidents d’université un questionnaire sur « l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur », à destination de l’ensemble des personnels de la communauté universitaire. Après leur avoir demandé leur « religion éventuelle » et leur « proximité avec un parti politique », ce questionnaire demandait aux répondants leur avis sur le conflit israélo-palestinien. Sans le veto opposé par les présidents d’université, nul doute que les conclusions de cette enquête auraient servi à alimenter la croisade absurde des obsédés de « l’islamo-gauchisme » à l’université, et à faire passer tous ceux qui dénoncent le génocide en Palestine pour des antisémites.
Le voile est un des points de fixation principaux de cette campagne raciste. Le lundi 24 novembre, Laurent Wauquiez (LR) a par exemple déposé une proposition de loi visant à interdire le port du voile aux mineures dans l’espace public. Wauquiez essaie ainsi de doubler le RN « par la droite » pour tenter de grappiller quelques électeurs sur le dos des jeunes filles musulmanes, désignées comme cibles pour la vindicte publique.
Malgré le caractère flagrant de ces manœuvres racistes, de nombreux dirigeants « de gauche » s’y associent, notamment au sein de l’aile droite du réformisme. Interviewée par Le Média le 30 novembre, Cécile Cukierman, porte-parole du PCF, prônait l’interdiction du foulard dans les compétitions sportives et affirmait que « le port du voile est une arme politique ». A l’image du secrétaire national de son parti, Fabien Roussel, qui voudrait lui aussi arracher leur foulard aux sportives musulmanes, Cukierman s’associe donc à la propagande raciste de la bourgeoisie.
Début décembre, la convocation de Jean-Luc Mélenchon devant une commission d’enquête parlementaire (à nouveau à l’initiative de Wauquiez) pour ses prétendus liens avec des réseaux islamistes relevait d’une manœuvre visant à attaquer d’un seul coup le mouvement ouvrier et les musulmans. Cette commission n’a collecté aucune preuve sérieuse. Pire, durant son audition, le directeur du renseignement de la Préfecture de police de Paris a nié qu’il existe des liens entre les partis de gauche et l’islamisme. Ce technicien sérieux de la répression bourgeoise n’avait sans doute pas envie de mettre sa réputation professionnelle en jeu pour cette farce grotesque. Mais tout cela n’a pas empêché la commission de publier un rapport qui affirme qu’il existerait parmi les partis et les organisations de gauche une « complaisance, voire un soutien actif à des individus proches des mouvements islamistes ». Après tout, pourquoi laisser la réalité gâcher une occasion de propagande ?
Le rôle du mouvement ouvrier
L’hypocrisie de cette accusation saute aux yeux quand on songe à la politique menée par Sarkozy ou Hollande vis-à-vis du régime saoudien, principal sponsor du terrorisme islamiste pendant des décennies, ou à l’invitation récente à l’Elysée de l’ex-djihadiste devenu président de la Syrie Ahmed al-Charaa, qui a signé au printemps de juteux contrats avec des entreprises françaises. La bourgeoisie française s’accommode parfaitement de l’islamisme lorsque celui-ci lui sert à défendre ses intérêts impérialistes au Moyen-Orient. Derrière tout le bla-bla sur la « laïcité » et les « valeurs de la République », cette campagne islamophobe ne sert qu’à diviser les travailleurs et détourner l’attention des véritables responsables de la crise économique, en faisant des musulmans des boucs émissaires de tous les problèmes de la société.
Lors de son passage devant la commission parlementaire de Wauquiez, Jean-Luc Mélenchon a contre-attaqué et transformé son audition en tribune nationale, au grand dam des éditorialistes bourgeois. C’est un pas dans la bonne direction, mais cela ne suffit pas.
Le mouvement ouvrier organisé – en premier lieu la FI et la CGT – doit dénoncer cette propagande raciste, mobiliser toutes ses forces pour s’y opposer et rompre clairement avec ceux qui à gauche, à l’image de Roussel ou Cukierman, relaient cette propagande raciste.
Que ses artisans le reconnaissent ou non, cette campagne raciste est aussi un encouragement à la violence contre les musulmans. Cette année, deux personnes, Hichem Amraoui et Aboubakar Cissé, ont été assassinées en France par des terroristes islamophobes. Plutôt que de demander à l’Etat bourgeois – qui est un des maîtres d’œuvre de la propagande islamophobe – de protéger les musulmans, le mouvement ouvrier doit prendre les choses en main. Après chaque provocation ou agression raciste, il faut mobiliser le plus largement possible, à la fois pour protéger les musulmans d’éventuelles nouvelles agressions et pour faire la démonstration de notre solidarité de classe.
Enfin, cette campagne raciste ne peut trouver un écho dans la classe ouvrière que sur le terreau du chômage et de la pénurie. Plutôt que de lui opposer un discours abstrait sur le « vivre-ensemble » et la « créolisation », il faut dénoncer les véritables responsables de la crise et de l’austérité qui sont aussi ceux qui attaquent quotidiennement les musulmans : les capitalistes et leur gouvernement. Le mouvement ouvrier doit s’atteler à unir l’ensemble des travailleurs, quelles que soient leurs origines ou leur religion, dans une lutte de masse dirigée contre la classe dirigeante qui exploite toute la classe ouvrière !

