Quelques jours après le passage du cyclone Chido sur Mayotte en décembre 2024, Macron promettait de reconstruire l’île comme l’avait été Notre-Dame de Paris. Hué par la foule, il répliquait : « Vous êtes contents d'être en France. Parce que si c'était pas la France vous seriez 10 000 fois plus dans la merde ! » Un an après cet éclat de poésie présidentielle, l’île est toujours plongée dans le chaos et la misère.

Carences de l’Etat bourgeois

Officiellement, le cyclone a fait 40 morts et 5600 blessés. Mais ce bilan est douteux. Plusieurs témoignages indiquent par exemple que de nombreux migrants (qui représentent un tiers de la population mahoraise) ne se sont pas rendus dans les abris ni même à l'hôpital, pour éviter d'être arrêtés par la police. Par crainte des autorités, de nombreuses familles auraient enterré leurs morts clandestinement, parmi les décombres. Des pompiers venus en renfort depuis la métropole ont même témoigné avoir vu des fosses communes clandestines !

Les autorités françaises en sont parfaitement conscientes. Quelques jours après la catastrophe, le préfet de Mayotte déclarait publiquement s’attendre à « un millier de morts ». Depuis, il a affirmé avoir renoncé à les dénombrer précisément et prétexte avoir « choisi les vivants plutôt que les morts […]. Par conséquent, je ne cherche pas à savoir s’il y a des tombes qui sont observées. » Ce n’est que récemment, alors que s’accumulaient rumeurs et témoignages, que la préfecture a finalement dû lancer une mission de recherche pour mettre au jour de possibles sépultures clandestines.

Deux lois ont été votées pour reconstruire Mayotte. Elles prévoyaient au total 4 milliards d’euros de fonds d’ici 2031. Un an après Chido, seul 0,6 % de cette somme totale aurait été effectivement été dépensé. Pour compenser ce retard, des élus locaux ont été contraints d’emprunter des dizaines de millions auprès de différentes agences de l’Etat et de chercher auprès du secteur privé d’autres sources de financements.

Catastrophe sociale et sanitaire

Seuls 71 % des Mahorais ont accès à l’eau courante et, même pour eux, les restrictions sont toujours fréquentes : l’eau est parfois coupée pendant 48 heures d'affilée. Les distributions d’eau par les services publics ont été parfaitement insuffisantes. A au moins une occasion, la préfecture a même mis des packs d’eau aux enchères ! En l’absence d’eau potable, de nombreux habitants ont été contraints de boire de l’eau non traitée, au point que Santé Publique France considère aujourd’hui la progression des gastro-entérites, de la typhoïde et du choléra comme les principales menaces sanitaires dans l'île.

Alors que, déjà avant Chido, 77 % de la population était sous le seuil de pauvreté et que l’alimentation coûtait déjà 30 % plus cher à Mayotte qu’en métropole, seule une partie des exploitations a été indemnisée après le passage du cyclone. Les prix des produits frais ont grimpé de 8,6 %. Les vols dans les champs se sont multipliés, forçant les agriculteurs à récolter avant maturation les fruits et les légumes.

La situation n’est pas meilleure sur le plan du logement. 4 habitations sur 10 étaient faites de tôle avant le cyclone mais, dans certains quartiers comme Kawéni, la proportion montait à 90 %. Alors que seuls 23 % des logements ont survécu au passage du cyclone, les plans de reconstruction sont pourtant dans leur plus grande partie toujours à l'arrêt. Pour se protéger des intempéries, les habitants livrés à eux-mêmes ont dû se construire des abris de fortune. Incapable d’heberger tous les sinistrés, le préfet n’en a pas moins interdit la vente de tôle pendant 6 mois pour « empêcher le développement de l’habitat informel ».

L'éducation nationale est en déshérence à Mayotte. Il manquait déjà 1200 salles de classe avant Chido. Depuis, cela n’a fait que s’aggraver et se combiner avec un manque criant de personnels. La plupart des élèves ne se retrouvent face à un enseignant qu’entre deux à trois heures par jour. Certains enfants sont simplement gardés sous des tentes par des associations, faute d’école et d’instituteur.

Le système de santé est en ruines. Il n’y a que 29 médecins généralistes libéraux pour les 320 000 habitants de l’île. Les Mahorais attendent toujours la construction d’un deuxième hôpital, promise par Macron en 2019. Les migrants, eux, n’ont pas droit à l’Aide Médicale d’Etat, c’est-à-dire à une protection maladie de base. Résultat :le Défenseur des Droits estime que 75 % des enfants de Mayotte ne sont pas affiliés à la Sécurité sociale.

Racisme

Pour distraire l’attention, la classe dirigeante française utilise les migrants comoriens, congolais et rwandais comme des boucs émissaires. Quelques mois après la catastrophe, Emmanuel Macron annonçait ainsi le lancement d’une « opération Mur de fer » contre l’immigration venue des Comores. L’objectif était d’atteindre 35 000 expulsions par an. Des investissements importants ont été faits dans de nouveaux radars et des bateaux intercepteurs et de nouvelles places ont été ouvertes dans le Centre de Rétention Administrative (CRA) de l’île.

Ces mesures sont accompagnées par une nouvelle loi, adoptée en août 2025, qui légalise l'enfermement d’enfants dans les CRA : une mesure pour laquelle la France a déjà été condamnée 11 fois par différentes institutions internationales. Cette loi permet aussi d’expulser des habitants de leurs logements de fortune sans leur proposer de relogement et, ce, jusqu’en 2034.

Les opérations de destruction de bidonvilles se succèdent donc à un rythme effréné. Le camp de Tsoundzou 2 a été détruit en octobre dernier, officiellement à cause de « risques sanitaires et d’insécurité ». Seules 327 places d'hébergement étaient disponibles pour ses 1272 habitants. Et les quelques migrants sélectionnés pour en bénéficier devaient préalablement détruire la case où ils vivaient, même si cela signifiait que le reste de leur famille se retrouvait alors sans abri !

Contrairement à ce que prétend la classe dirigeante, les travailleurs mahorais et les migrants ont un ennemi commun : l’impérialisme français, qui est le seul responsable de la pauvreté et du sous-développement de Mayotte.

En 200 ans de colonisation, l’impérialisme français n’a jamais cherché à développer Mayotte, qui ne l'intéresse que pour sa situation géographique stratégique, au cœur de l’océan indien. Résultat : l’île est plongée dans une situation catastrophique. Le responsable d’une fondation humanitaire active dans l'île explique même que « les structures économiques ressemblent à celles des pays où l'on porte des projets de développement : le Yémen, la Libye, le Soudan… », c’est-à-dire des pays plongés dans des guerres civiles.

Face à cette profonde crise sociale, il est du devoir du mouvement ouvrier de métropole de dénoncer le racisme et la xénophobie de la classe dirigeante et de l’Etat français, mais aussi de mobiliser ses forces pour aider les travailleurs de Mayotte à renverser le seul responsable de leur situation : le capitalisme et la bourgeoisie française !

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