Il y a plus de dix ans, au plus fort de la crise de 2008, la Chine a sauvé le capitalisme mondial, notamment grâce à un plan de relance de plus de 500 milliards d’euros. Sans ce « stimulant », et sans l’énorme demande en matières premières et de marchandises importées qu’il a suscité en Chine, la crise aurait basculé dans la Dépression.

L’histoire, cette fois-ci, ne se répètera pas. Alors que le monde bascule dans une nouvelle crise, bien plus profonde que celle de 2008, la Chine n’est plus en état de sauver l’économie mondiale.

Le confinement de l’économie et les dettes de 2008

L’économie chinoise est complètement assommée par le COVID-19. Le confinement de régions entières et l’arrêt d’innombrables entreprises ont eu un impact colossal. Le taux de chômage officiel a bondi à près de 6,2 % en février, un record historique. Mi-mars, près de 40 % des grandes entreprises industrielles étaient encore à l’arrêt. Les exportations se sont effondrées, faute de marchandises à exporter. Et cette situation est partie pour durer. Même si l’économie chinoise revenait bientôt « à la normale », elle aurait besoin d’acheteurs pour leur vendre ses marchandises. Or c’est aujourd’hui le reste du monde – et particulièrement les Etats-Unis et l’Europe – qui se ferme du fait de la pandémie, laquelle s’ajoute aux vives tensions protectionnistes des deux dernières années. Les exportations chinoises font face à des portes fermées.

Le gouvernement chinois tente d’intervenir, mais il devient évident que son action en 2008 n’a fait que « préparer une crise plus générale et plus formidable et [...] diminuer les moyens de la prévenir », pour reprendre les mots du Manifeste du Parti communiste. Les dettes monstrueuses contractées en 2008 et 2009 pèsent lourdement, aujourd’hui, sur les efforts du gouvernement chinois.

Pékin vient d’annoncer un nouveau plan d’investissements publics, d’une envergure comparable à celui de 2008. Mais à la différence de 2008, la Chine est déjà très lourdement endettée. Sa dette totale – publique et privée – s’élève à 310 % du PIB du pays. Elle a pratiquement doublé depuis 2008. En conséquence, le gouvernement chinois ne peut renouveler son effort de 2008 et 2009 qu’au prix d’un accroissement insoutenable de cette dette.

Un château de cartes

Le « stimulant » de 2008 a maintenu artificiellement la croissance de l’économie, mais au prix de préparer la crise actuelle. A l’époque, les banques d’Etat chinoises ont multiplié les prêts à des gouvernements régionaux ou locaux, pour qu’ils investissent massivement dans des projets d’infrastructures. Après une phase de stimulation initiale, le résultat a surtout été l’accroissement des « créances douteuses » (des dettes qui ne seront très probablement pas remboursées). En 2019, l’agence Reuters rapportait que le total de ces créances « s’élève officiellement à 1500 milliards de yuans (à peu près 200 milliards d’euros), mais certains analystes estiment que le chiffre réel serait quatorze fois plus élevé ». En imaginant qu’elle soit possible, une autre vague d’investissement public massif ne ferait qu’approfondir le marais de dettes dans lequel est plongé le système financier chinois.

Autre facteur d’inquiétude : pour rembourser leurs dettes auprès des banques, les gouvernements régionaux ont vendu de très nombreux terrains publics – souvent après en avoir exproprié illégalement les habitants. En 2018, près de 40 % des revenus des gouvernements régionaux et locaux chinois provenaient des ventes de terres. Ils sont devenus complètement dépendants du marché foncier et du marché de l’immobilier.

Or l’immobilier et le bâtiment sont en crise en Chine. D’après l’index Beige Book, « le marché de l’immobilier a été dévasté au premier trimestre de cette année ; tous les indicateurs ont été négatifs, aussi bien dans la vente que dans la construction. » (Financial Times, 24 mars). Au-delà de l’actuelle crise sanitaire, cette situation s’explique par le simple fait que l’immobilier chinois commence à atteindre ses limites : près de 90 % des foyers chinois sont déjà propriétaires.

Lorsque la bulle de l’immobilier explosera, les gouvernements locaux seront incapables de payer leurs dettes, et ils entraineront les banques chinoises dans leur chute, sans que Pékin puisse y faire quoi que ce soit.

Comme nous l’avons souvent expliqué, aucune des contradictions profondes qui ont mené à la crise de 2008 n’a été résolue : les marchés sont saturés et le niveau d’endettement est bien plus haut qu’il ne l’était en 2008. Sauf que cette fois-ci, aucun sauveur ne viendra à la rescousse de l’économie capitaliste en détresse. A nous de mettre fin aux convulsions de ce système, qui ne peut que se traîner de crise en crise.

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