Cette question n’est pas nouvelle : dans les années 1920, déjà, certains dirigeants communistes parlaient d’une « crise finale du système capitaliste ». Mais d’autres, dont Lénine et Trotsky, rejetaient cette idée. Ils expliquaient qu’il n’y aurait pas de « crise finale » du capitalisme : ce système se relèvera toujours de ses crises – jusqu’à ce qu’il soit renversé par une mobilisation révolutionnaire des masses exploitées.

Le capitalisme ne tombera pas comme un fruit mûr. Il ne cédera pas spontanément la place à un autre système socio-économique. Pendant les crises les plus profondes, les grands capitalistes se portent bien. La plupart continuent même de s’enrichir. Certes, la crise aggrave les conditions de vie de milliards d’individus. Mais du point de vue de la grande bourgeoisie internationale, le système « fonctionne », car il garantit sa fortune et ses privilèges. Même lorsque le PIB s’effondre, comme dans les années 30, les rapports de production capitalistes demeurent. Ils ne peuvent être balayés que par une révolution socialiste.

La « collapsologie »

Ces dernières années, de nouvelles théories sur « l’effondrement » du capitalisme ont été formulées. Elles partent de la crise écologique. Sur fond d’épuisement des ressources naturelles, l’économie mondiale serait condamnée à subir un « effondrement » (« collapse »), c’est-à-dire une chute vertigineuse de ses forces productives. Selon Yves Cochet, la population mondiale tomberait à deux ou trois milliards d’individus. Pour nous rassurer, il précise : « On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. » [1]

Le cœur de l’argumentation des « collapsologues », c’est le caractère absolument inévitable, selon eux, de la catastrophe. La lutte des classes ? « Trop tard », nous disent-ils. La révolution socialiste ? « Trop tard ». Une planification démocratique et rationnelle de l’économie mondiale ? « Trop tard » : l’humanité n’a plus la maîtrise de son destin. Il ne nous reste plus qu’à « nous préparer à l’inévitable », et ce « mentalement ».

La discussion des bases scientifiques de ce fatalisme – qui flirte avec le mysticisme, à l’occasion – dépasse les limites de cet article. Mais les bases sociales – les bases de classe – de ce courant idéologique sont claires. On a affaire à des préjugés typiquement petits-bourgeois : profond scepticisme à l’égard de la classe ouvrière ; hostilité au collectivisme et au centralisme de grande échelle (donc au socialisme) ; attachement à la petite propriété, à la petite production, aux « bio-régions résilientes », etc. Derrière le fatalisme, il y a une volonté confuse de « faire tourner à l’envers la roue de l’histoire », selon la formule de Marx.

Les marxistes ne minimisent pas la gravité de la crise écologique. Oui, la civilisation humaine est en danger. Mais c’est le chaos inhérent au capitalisme qui en est responsable. Une fois ce système renversé à l’échelle mondiale, l’humanité aura les moyens de satisfaire les besoins de tous et de protéger l’environnement. Et oui, au rythme où vont les choses, le plus vite sera le mieux.


[1] Le Parisien du 7 juin 2019.

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