Mercredi 18 mars, une grève a touché pour la première fois de son histoire l’entreprise de vente en ligne Leboncoin. Environ 200 salariés ont répondu à l'appel de l'intersyndicale (CGT, Solidaires, CFDT). Un piquet de grève a été installé devant le siège national, à Paris. Ils revendiquent des augmentations de salaire ainsi que la fin du retour forcé au bureau pour des postes initialement prévus en télétravail. C’est d’ailleurs cette dernière revendication qui a mis le feu aux poudres.
Retour forcé au bureau
En 2023, la maison mère de Leboncoin, la société norvégienne Adevinta, a été rachetée par deux fonds d’investissement : l’américain Blackstone et le britannique Permira, pour 12,1 milliards d’euros.
Les méthodes de ces charognards sont bien connues : ils achètent des entreprises pour extraire un maximum de profits à court terme en restructurant massivement. Ils ferment des locaux, s’attaquent à la masse salariale… Une fois la rentabilité artificiellement gonflée, ils revendent plus cher en laissant derrière eux des entreprises saignées à blanc et des travailleurs précarisés.
Sur le piquet de grève, nous avons rencontré Julien, salarié de Leboncoin depuis sept ans, qui nous a expliqué concrètement le processus et les attaques sur le télétravail : « Avant il y avait plusieurs sites, et ils en ont fermé certains en province, ainsi que d’autres à Paris, pour les regrouper ici. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Du coup, ils ont mis en place un système : un jour de présence imposé, et un deuxième jour au choix. Tout le monde est passé à ce régime de deux jours par semaine. Au moins 200 personnes sont en province et ont été recrutées comme ça. En juillet, ils ont annoncé le passage obligatoire à trois jours en présentiel ! »
De très nombreux salariés avaient accepté cet emploi précisément parce que Leboncoin mettait en avant le télétravail. « Et du jour au lendemain, on leur dit de revenir au bureau. J’ai un collègue, il a deux enfants, il s’est installé en Bretagne… et on lui demande de revenir. C’est violent. » En outre, cette politique frappe tout particulièrement les femmes. « Les mères qui doivent s’occuper de leurs enfants le mercredi, on leur a annoncé qu’elles ne pourront plus choisir leur journée de travail partiel, où est l’humanité là-dedans ? », poursuit Julien.
Plan social déguisé
Le retour obligatoire en présentiel est ainsi une méthode perfide pour pousser les travailleurs à la démission. Les actionnaires en profitent pour délocaliser les missions vers des pays où « le coût » du travail est plus faible, afin d’accroître encore leurs profits. Julien explique : « Ce ne sont pas des départs anodins. Du coup, il faut remplacer ces gens, mais ça prend du temps. Ils ont même commencé à recruter ailleurs, parfois à l’étranger, notamment en Espagne, pour compenser. Ils ne sont pas honnêtes par rapport au dégraissage. Ils attendent juste que les gens partent. » Dans le développement informatique, ces départs ne sont pas toujours remplaçables et signifient souvent l’abandon de projets importants pour la viabilité de l’entreprise et, surtout, la dégradation des conditions de travail pour ceux qui restent, qui voient leur charge de travail augmenter.
Les salariés ont raison de rappeler à la direction et aux actionnaires de Leboncoin que la lutte des classes existe aussi dans cette entreprise. Seule la grève peut imposer un rapport de forces suffisant pour obtenir des avancées sur les conditions de travail. Pour gagner, il faudra étendre ce mouvement le plus largement possible, auprès des 1 500 autres salariés de l’entreprise, et l’inscrire dans la durée. Comme le rappelle à juste titre le communiqué de l’intersyndicale : « Sans les salariés, Leboncoin n’est qu’une marque. » Ce sont bien les salariés qui font fonctionner l’entreprise. Les propriétaires – Blackstone et Permira – ne sont que des parasites, dont le seul objectif est de réaliser un maximum de profits sur le dos des travailleurs.

