Depuis 1974, tous les budgets de l’Etat votés par l’Assemblée nationale ont été déficitaires. La dette publique française a donc suivi une trajectoire de hausse quasi continue, marquée par deux accélérations majeures : la récession mondiale de 2008-2009 et la crise sanitaire de 2020-2021. Elle atteint aujourd’hui son record absolu : plus de 117 % du PIB. Résultat : la « charge » de la dette (le payement des seuls intérêts) devrait atteindre 60 milliards d’euros en 2026. A titre de comparaison, le budget global de l’Education nationale, en 2025, s’élevait à 64,5 milliards d’euros.

Dans ce contexte, un même argument tourne en boucle : si l’Etat est endetté, si les déficits publics s’accumulent, c’est parce que le système social français est « trop généreux ». Et donc il faut couper dans les retraites, l’assurance chômage, les services publics, la sécurité sociale, etc.

En réalité, comme nous allons le voir, ce n’est pas la protection sociale qui est devenue insoutenable, en France ; c’est le parasitisme croissant du capitalisme français, qui vit sous perfusion des finances publiques.

Le « coût » de la protection sociale

En 2023, les dépenses de protection sociale ont atteint 888 milliards d’euros, soit 55 % des dépenses publiques et 30 % du PIB. Selon la DREES [1], près de la moitié de cette somme finance les retraites (400 milliards d’euros), et un quart la santé publique (265 milliards).

Les bénéficiaires des « minimas sociaux » – si souvent désignés comme boucs émissaires – représentent à peine 4 % de la protection sociale. Le RSA coûte environ 12 milliards d’euros par an, sachant que près d’un tiers des personnes éligibles n’y ont pas recours. L’allocation pour adulte handicapé (AAH) représente un montant comparable. Quant à l’aide médicale d’Etat (AME), cible privilégiée de la droite et de l’extrême droite, elle coûte environ 1 milliard d’euros par an.

Il est vrai que les dépenses de protection sociale n’ont pas cessé d’augmenter au fil des décennies. Les politiciens et journalistes de droite en concluent que les « politiques d’austérité » sont une vue de l’esprit. Ils font semblant d’ignorer que l’austérité est relative à l’évolution des besoins sociaux, qui ont augmenté plus vite que les dépenses sociales. Par exemple, la population augmente sans cesse et, en moyenne, vit plus longtemps.

Surtout, rappelons que les travailleurs créent toutes les richesses, de sorte que les dépenses de protection sociale sont financées par les salariés eux-mêmes, via les cotisations sociales et l’impôt – y compris, donc, les « cotisations patronales », qui sont prélevées sur la plus-value créée par la classe ouvrière.

Les aides publiques au privé

Les statistiques officielles évoquent une centaine de milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises privées, chaque année. Mais une commission d’enquête du Sénat – pourtant dominé par la droite – a récemment chiffré ces aides à 211 milliards d’euros annuels. La différence tient au fait que l’Etat n’intègre à son calcul ni les exonérations de cotisations sociales, ni les crédits d’impôt, ni les mille et un autres dispositifs fiscaux dont bénéficie le patronat.

Dans la foulée du rapport sénatorial, des journalistes du Nouvel Obs ont creusé la question et évalué ce « grand détournement » à 270 milliards d’euros par an. En 2024, le déficit public de 170 milliards d’euros (un record) était donc très largement inférieur au montant des aides publiques aux entreprises.

Aucune contrepartie n’est demandée aux entreprises en matière d’emplois ou d’investissements. La bourgeoisie se gave d’argent public sans aucun contrôle. Par exemple, entre 2013 et 2018, le groupe Carrefour a perçu 744 millions d’euros de CICE, un « crédit d’impôt » censé garantir l’emploi. Or, dans le même temps, les dirigeants de Carrefour ont supprimé des milliers de postes. Et bien sûr, l’Etat ne leur a demandé aucun remboursement.

A toutes ces aides s’ajoute la « commande publique », dont près de la moitié est captée par les grandes entreprises, soit 40 à 50 milliards d’euros par an. On n’entend pas les grands patrons se plaindre de cette dépense publique, qui tombe directement dans la poche des actionnaires.

La bourgeoisie pille son Etat

Tout ceci illustre le lien organique entre la bourgeoisie et l’appareil d’Etat. Le personnel politique et celui des grandes administrations se confondent largement avec celui des banques et des conseils d’administration du CAC 40. Le président de la République, ancien banquier d’affaires chez Rothschild, en est un exemple frappant.

En 2008, l’Etat français a sauvé les banques en garantissant plusieurs centaines de milliards d’euros d’emprunts et en injectant des dizaines de milliards d’euros de fonds publics. Pendant la crise du Covid-19, un plan de soutien de 225 milliards d’euros a été mobilisé. Il a largement bénéficié aux plus grandes entreprises.

Lors des « reprises » d’entreprises, il n’est pas rare que, sous couvert de « sauvegarde de l’emploi », l’Etat aligne des millions d’euros d’argent public. Il n’est pas rare, non plus, que les repreneurs en question « restructurent » l’entreprise – c’est-à-dire suppriment des emplois – avant de la revendre et d’empocher un beau profit.

En bref, le schéma est toujours le même : l’Etat assume les risques, tandis que le Capital encaisse les profits. « Socialiser les pertes, privatiser les profits » : telle est, plus que jamais, la devise d’un capitalisme français en déclin continu.

Fraude fiscale

Le tableau ne serait pas complet si nous n’évoquions pas la fraude fiscale, dont le montant global se situe entre 80 et 100 milliards d’euros par an, sans qu’aucun effort ne soit entrepris pour combattre ce phénomène. En comparaison, la fraude aux prestations sociales est évaluée à 5 à 6 milliards d’euros par an, dont 1,5 milliard pour le RSA. Mais l’Etat ne montre pas la même clémence envers les pauvres, qui subissent contrôles, harcèlement et sanctions.

De manière générale, l’Etat bourgeois est un monstre bureaucratique absorbant et distribuant (aux plus riches) une part considérable de la richesse produite par la classe ouvrière. Les impôts représentent une charge de plus en plus lourde pour les travailleurs et les classes moyennes, tandis que les grandes entreprises en acquittent très peu, en proportion. De même, le traitement des élus (le Parlement coûte 1 milliard d’euros par an) et des hauts fonctionnaires représente un immense gâchis et une insulte à la face du peuple.

Au nom de la « défense nationale », les travailleurs sont aujourd’hui sommés d’accepter des coupes budgétaires drastiques. Le budget de l’armée est censé augmenter nettement pour atteindre 66 milliards d’euros par an en 2030. C’est autant d’argent englouti pour défendre les intérêts de l’impérialisme français – au détriment des services publics et de la protection sociale.

Parasitisme

La question de l’usage de l’argent public ne peut pas être dissociée de la question des profits privés. Si la société va mal, en dernière analyse, c’est parce qu’elle est dominée par une classe parasitaire, qui capte une part croissante de la richesse sans assurer de fonction productive.

Malgré un déficit commercial proche de 100 milliards d’euros par an, les profits de la bourgeoisie française continuent de battre des records. En 2024, les entreprises du CAC 40 ont versé quelque 73 milliards d’euros de dividendes, malgré le ralentissement économique. La France est le pays européen qui verse le plus de dividendes aux actionnaires – devant l’Allemagne, qui est pourtant la première puissance économique et industrielle du continent.

Plus révélateur encore est ce qu’on appelle le « taux de distribution » : en 2024, les entreprises du CAC 40 ont versé 54 % de leurs bénéfices aux actionnaires (un record), contre 30 à 40 % dans les deux plus grandes puissances économiques du monde – les Etats-Unis et la Chine. Autrement dit, plus de la moitié des profits, en France, ne servent ni à l’investissement ni aux salaires, mais à la rémunération des actionnaires. Pendant que l’on répète aux travailleurs qu’ils « coûtent trop cher », la véritable maladie de l’économie nationale est le sous-investissement chronique, qui mine la compétitivité du capitalisme français.

La bourgeoisie française est l’une des plus parasitaires des pays capitalistes avancés. Elle vit de rentes, d’un appareil productif vieillissant, d’une orgie de dividendes et d’un pillage en règle des finances publiques. Sur fond de stagnation économique, le patrimoine des 500 familles les plus riches a doublé en moins de 10 ans : il atteint désormais 1500 milliards d’euros. Dans le même temps, la misère n’a pas cessé de croître dans la masse de la population.

En se débarrassant de la bourgeoisie, il serait possible d’offrir une vie digne à toutes et tous. Si le pays continue de fonctionner tant bien que mal, c’est uniquement grâce à ceux qui produisent, soignent, enseignent, transportent, servent, construisent et réparent : les travailleurs. La richesse qu’ils créent doit leur revenir pleinement. Il est grand temps de mettre la société entre les mains de la classe qui la fait vivre !


[1] La direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques.

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