Depuis fin octobre, les 60 agentes de propreté (majoritairement des femmes) du Conseil départemental de la Seine–Saint-Denis (CD93 – dirigé par le Parti socialiste) sont laissées sans salaires ni indemnités par leur employeur, la société de sous-traitance Arc-en-ciel, placée en redressement judiciaire. L’entreprise qui a repris le marché, Atalian, refuse de les intégrer. Le 12 février, un rassemblement de soutien s’est tenu devant le CD93. Nous y avons rencontré Inès, agente de propreté.
Des conditions de travail dégradées
Inès a travaillé pendant vingt ans au CD93 en tant qu’agente de propreté de l’entreprise Guilbert propreté. L’an dernier, Arc-en-ciel a repris le marché et les salariées. Les conditions de travail se sont alors fortement dégradées : « les horaires n’ont pas changé, mais nous n’étions plus que trois pour effectuer le travail de six personnes. La qualité des produits de nettoyage a baissé et nous n’étions plus défrayées pour les transports. »
Cette dégradation a eu un impact sur les agentes : « On a mal au dos et aux bras à force de répéter les mêmes gestes. Comme on se baisse souvent, on a mal aux genoux. On doit déplacer des tables. Pour les décapages, il faut utiliser des machines lourdes, comme les monobrosses. Je fais une heure de trajet à l’aller comme au retour. En finissant à 21 heures, cela signifie que je suis encore dehors à 22 heures. Le pire, ce sont les horaires coupés : on rentre, on ressort… On fait 6 h-9 h, puis 17 h-21 h. J’ai 54 ans, c’est fatigant de travailler ainsi à mon âge. »
Lutter pour l’internalisation
Après huit mois de sous-traitance, la société Arc-en-ciel a été placée en redressement judiciaire et son contrat avec le CD93 a été résilié. La prestation a alors été confiée à une autre entreprise de sous-traitance, Atalian : « Fin octobre, nous avons reçu une lettre nous informant qu’ils ne reprendraient personne. C’est le seul contact que nous avons eu avec la société. Aucune solution n’a été proposée. Nous ne percevons plus aucun salaire depuis quatre mois. On est dans le vide. »
Comme Inès travaillait à mi-temps, son allocation chômage est insuffisante pour subvenir à ses besoins. Elle a perçu 350 euros au mois de janvier, mais n’a rien touché en novembre ni en décembre. Elle se retrouve dans une situation particulièrement stressante et dépend désormais des revenus de son mari : « On n’a rien du tout, on ne dort plus… Personnellement, heureusement que mon mari travaille. »
Les salariées se sont mobilisées plusieurs fois en manifestant devant le bâtiment du CD93. Des agents du CD93 les ont rejointes : « Certains d’entre nous sont ici depuis une trentaine d’années, on était comme une famille. » Les syndicats CGT-93, SUD-93 et FO Propreté conseillent les salariées sur les démarches à entreprendre : « Les syndicats nous ont aidées. Ils sont venus vers nous directement. Ils défendent le personnel du CD93. Ils connaissent notre situation, ils savent que nous sommes 60 personnes à la rue. »
En réponse à la mobilisation, Atalian a annoncé la reprise d’un tiers des salariées d’Arc-en-ciel (AEC) – ce qui est très insuffisant. Les syndicats réclament l’internalisation des missions de propreté au sein du CD93. Comme l’explique Inès : « on cherche un temps plein ! En plus, il y en a dans le département : dans les collèges, les lycées, les crèches, etc. Ils pourraient nous replacer, mais ils ne veulent pas. »
Cette situation est une conséquence directe du recours à la sous-traitance, très répandue dans le service public. Ces entreprises voraces se disputent les parts de marché, surexploitent leurs salariées et n’hésitent pas à les jeter pour protéger leurs profits.
Le meilleur moyen de mettre fin à la souffrance de ces agents, comme à la précarisation des services publics du département, serait une grève mobilisant les autres services, à la fois par solidarité avec les agentes et pour défendre leurs propres revendications. Une telle mobilisation accentuerait la pression sur l’exécutif du CD93 pour qu’il internalise les 60 salariées qui lui ont permis, pendant de longues années, de travailler chaque matin dans des locaux propres.

