Le 25 avril, le Mali a été le théâtre d’une offensive des rebelles touaregs et de leurs alliés djihadistes. Cette offensive a été suivie assidûment par la presse française, qui avait rarement autant parlé du Mali ces dernières années. Prenons l’exemple du Monde. Entre le 25 avril et le 25 mai, le journal « de référence » de la bourgeoisie française a publié 37 articles sur le Mali, contre seulement 16 entre le 1er janvier et le 24 avril.

La tonalité de tous les articles publiés depuis le 25 avril est identique : les djihadistes « progressent », tandis que le gouvernement malien, « en état de siège », « vacille ». Le 12 mai, Le Monde faisait même un portrait élogieux de « Iyad Ag Ghali, le djihadiste qui fait vaciller le Mali ». Le chef des djihadistes maliens, longtemps lié à Al-Qaida, y était décrit comme « un stratège hors pair […] patient et méthodique ». L’un de « ses vieux compagnons » nous assurait qu’il est « favorable à une application moins stricte de la charia » qu’en 2012, à l’époque des « mains coupées » et des « mausolées saccagés »…

Guerre impérialiste… et médiatique

L’offensive des rebelles a rencontré un certain succès, au moins initialement. Mais la presse française a aussi colporté un certain nombre de fausses nouvelles, qui avaient en commun de grossir l’ampleur des victoires de la rébellion. Le 28 avril, Le Monde annonçait la chute de la ville de Labbezanga, à la frontière du Niger ; puis, le 1er mai, il écrivait que la base militaire d’Aguelhok, dans le nord du pays, était tombée aux mains des rebelles. En réalité, ces deux villes sont encore aujourd’hui sous le contrôle des forces russes et maliennes, comme l’ont montré plusieurs vidéos et photos géolocalisées.

Ces mensonges, comme le ton catastrophiste de tous ces articles, servent un but précis. Les médias français sont lus et écoutés au Mali, comme ailleurs dans le Sahel. Cette offensive médiatique vise à augmenter l’impact de l’offensive militaire des rebelles et à semer la panique dans la population malienne. L’objectif est de contribuer à déstabiliser le régime malien. Celui-ci, comme ses homologues du Niger, du Burkina Faso et d’autres pays africains, a récemment rompu avec l’impérialisme français, a chassé l’armée française de son territoire et s’est tourné vers la Russie et la Chine. Depuis, l’impérialisme français mène une guerre par procuration pour tenter de regagner le contrôle de son « pré carré » – ou, au moins, pour punir les régimes et les peuples qui ont osé rejeter sa domination impérialiste.

Hypocrisie

Au passage, notons que ces articles soulignent toute l’hypocrisie de la bourgeoisie française vis-à-vis de l’islamisme. Lorsqu’il s’agit de persécuter les immigrés en France pour diviser la classe ouvrière, tous les musulmans deviennent de potentiels « entristes islamistes » ; mais lorsque de véritables égorgeurs djihadistes peuvent servir les intérêts de l’impérialisme français, en Syrie ou au Mali, ils deviennent subitement « modérés » et « inclusifs » sous la plume des éditorialistes parisiens.

Le Sahel est une région stratégique, riche en ressources naturelles : pétrole, gaz naturel, or, phosphates, minerais, etc. Elle reste pourtant l’une des régions les plus pauvres du monde, du fait de l’oppression et du pillage impérialistes qu’elle subit depuis plus d’un siècle. L’impérialisme français est aujourd’hui engagé dans un déclin profond, mais il continue de semer le chaos dans toute une série de pays.

C’est aussi pour financer ses guerres impérialistes que la classe dirigeante nous impose des plans d’austérité et des contre-réformes. Chaque victoire qu’elle remportera, en Afrique, lui permettra d’affermir sa domination de classe en France, tout en continuant à piller les pays qu’elle domine. La classe dirigeante française est l’ennemi commun des travailleurs de France et du Sahel. Le mouvement ouvrier français doit mobiliser ses forces pour abattre ce monstre.



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