La situation à Cuba est extrêmement grave. Les Etats-Unis continuent d’exercer une immense pression sur l’île. Le blocus pétrolier en vigueur depuis la fin du mois de janvier menace de provoquer une catastrophe humanitaire. Le répit fourni par l’arrivée début mars d’un pétrolier russe transportant 700 000 barils de pétrole – le seul pétrolier ayant pu atteindre l’île depuis le début du blocus imposé par Trump en janvier – est arrivé à son terme. Ces derniers mois, l’impérialisme américain n’a cessé de multiplier les menaces et les sanctions. Depuis le milieu du mois de mai, cette campagne d’intimidation a pris une nouvelle tournure.
Renforcement des sanctions
Le 1er mai, les Etats-Unis ont adopté un nouveau décret présidentiel qui renforce encore davantage l’embargo en vigueur depuis plus de 60 ans. Ce dernier décret promet d’imposer des sanctions contre toute personne ayant un lien avec n’importe quel secteur de l’économie cubaine – et cela inclut aussi tout adulte de la famille des personnes concernées ! Les entreprises financières étrangères qui fourniraient un quelconque service aux personnes sanctionnées par les Etats-Unis sont aussi menacées de sanctions – voire de confiscation de leur propriété.
Le 14 mai, le chef de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu sur l’île pour une visite officielle. Il a fait passer un message clair aux Cubains : « soumettez-vous, sinon… ». Si les détails de la rencontre n’ont pas été rendus publics, de hauts responsables anonymes ont révélé que les dirigeants cubains ont été sommés de « tirer des leçons de l’opération menée au Venezuela le 3 janvier » et avertis que la « fenêtre de négociation n’allait pas rester ouverte indéfiniment ». Ces tactiques d’intimidation semblent tout droit sorties d’un film sur la Mafia.
Les opérations d’espionnage par avion et par drone se sont également multipliées. Elles sont menées publiquement, sans aucun effort de dissimulation. C’est une provocation évidente, qui suit le même modus operandi qu’avant l’attaque du 3 janvier au Venezuela.
Pour autant, il semble que les Etats-Unis cherchent pour l’instant avant tout à exercer une pression pour faire plier le gouvernement cubain. Une invasion terrestre de l’île rencontrerait une résistance sérieuse. Washington préférerait donc parvenir à ses fins en combinant les menaces militaires à l’asphyxie économique. Cependant, comme pour le Venezuela, des menaces militaires sont inutiles si l’idée s’impose qu’elles ne seront jamais mises à exécution. On ne peut donc exclure une campagne d’attaques « ciblées », ou encore le kidnapping ou l’assassinat de figures dirigeantes de Cuba.
Menaces contre Raul Castro
Le 20 mai, la Justice américaine a inculpé Raul Castro et d’autres dirigeants cubains pour « complot en vue d’assassiner des Américains », ainsi que pour d’autres soi-disant crimes. Là encore, la similarité avec le Venezuela est frappante. Cette mise en examen ressemble fort à celle visant Maduro avant son enlèvement le 3 janvier.
Les Etats-Unis utilisent de manière cynique un incident qui eut lieu il y a près de 30 ans. Une campagne de provocation avait alors été organisée par l’organisation contre-révolutionnaire Brothers to the Rescue. Elle consistait à envoyer des avions civils violer sciemment l’espace aérien cubain. Toute l’opération était dirigée par le terroriste José Basulto, qui avait été formé par la CIA et avait même participé à l’invasion ratée de la baie des Cochons en 1961. Ce n’était pas la première fois que de telles incursions avaient lieu. Dans les années 1960, des avions venus des Etats-Unis avaient même procédé à des bombardements clandestins de l’île. Cuba avait protesté à de nombreuses reprises contre les provocations de Brothers to the Rescue. Les Etats-Unis savaient pertinemment que le gouvernement cubain ne pourrait plus les tolérer éternellement, mais ne firent aucun effort pour empêcher ces incursions depuis le sol américain. Deux de ces avions avaient finalement été abattus par l’armée cubaine. Raul Castro était alors ministre de la Défense et Washington l’accuse donc aujourd’hui d’avoir donné l’ordre d’abattre ces avions.
Ces accusations sont totalement hypocrites. Si des avions d’une puissance étrangère violaient de manière répétée l’espace aérien américain pour y mener des attaques terroristes, ils seraient évidemment abattus sur le champ. Les Etats-Unis n’ont que faire des morts survenues lors de cet incident. En 1978, des terroristes contre-révolutionnaires ont organisé un attentat contre un vol de Cubana de Aviación et tué 73 personnes. Les services secrets américains étaient au courant de la préparation de cet attentat, mais n’ont rien fait pour l’empêcher et ont ensuite protégé ses auteurs. Au cours des derniers mois, ils ont mené de nombreuses attaques dans les eaux internationales dans les Caraïbes et l’Océan Pacifique, tuant entre 100 et 200 personnes. Les accusations contre Raul Castro ne sont qu’un moyen cynique d’accentuer la pression contre Cuba.
Un faux prétexte
Puisque leur chantage n’a, pour le moment, pas encore réussi à vaincre la révolution cubaine, les Etats-Unis ont trouvé un nouveau prétexte pour justifier la soi-disant « menace extraordinaire » que représenterait Cuba. Le 17 mai, le site web d’informations américain Axios a publié un article intitulé « Exclusif : les Etats-Unis s’inquiètent des drones d’attaque en provenance de Cuba ».
D’après un « haut fonctionnaire des services de renseignement » (la seule source citée dans l’article), Cuba serait prête à attaquer par drones la base militaire de Guantanamo, des navires américains, et même la ville de Key West en Floride – des allégations qui ont été immédiatement démenties par le shérif du comté de Monroe, où est située Key West, qui a déclaré : « Je suis la situation de près, mais je n’ai été contacté par aucune agence gouvernementale et je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter. »
L’idée que Cuba, une petite île soumise à un embargo par le plus puissant pays impérialiste au monde, frappée par une crise économique et subissant des coupures d’électricité durant parfois jusqu’à 22 h, soit sur le point de lancer une attaque de drones contre les Etats-Unis est un mensonge ridicule. Et comme si cela ne suffisait pas, l’article ajoute que des conseillers militaires iraniens seraient présents à La Havane !
Il serait tout à fait normal que Cuba se prépare sérieusement à faire face à une agression militaire, y compris en achetant des drones. Mais cet article de pure propagande vise uniquement à justifier par avance une éventuelle agression impérialiste américaine, en essayant de présenter Cuba comme l’agresseur. Cela rappelle beaucoup les soi-disant « armes de destruction massive » inventées pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003 ou le « Cartel de los Soles » soi-disant dirigé par Maduro, que Washington avait imaginé pour justifier son enlèvement. Cet article honteux d’Axios est aussi une autre forme de menace contre les dirigeants cubains : une attaque est imminente s’ils ne cèdent pas au chantage américain.
La révolution cubaine en danger de mort
Les objectifs des Etats-Unis sont clairs. Ils veulent la destruction pure et simple de la révolution cubaine, qui eut l’audace d’abolir le capitalisme et de défier l’impérialisme américain il y a 67 ans. Ils cherchent également à repousser l’influence d’adversaires comme la Chine et la Russie hors de ce qu’ils
considèrent comme leur pré carré.
Le chantage impérialiste a déjà forcé Cuba à faire des concessions. De nouvelles réglementations sur l’investissement étranger permettent plus facilement aux Cubano-Américains d’investir directement sur l’île. Le gouvernement cubain a également été forcé d’autoriser les entreprises privées à revendre du pétrole aux consommateurs individuels.
Ces concessions portent de nouveaux coups à l’économie planifiée, déjà bien écornée. Depuis quinze ans, et tout particulièrement au cours des sept dernières années, un processus de contre-réformes pro-capitaliste est en marche. Les secteurs clés de l’économie restent dans les mains de l’Etat, mais le secteur privé emploie désormais 40 % des travailleurs, représente 55 % de la vente de détail et importe chaque année 1 milliard de dollars de marchandises.
Le fait que les Etats-Unis soient en train de se faire humilier en Iran ne rend pas la situation de Cuba moins périlleuse – au contraire. Donald Trump se dit peut-être qu’en attaquant Cuba, il pourrait remporter une victoire plus facile et détourner l’attention de la débâcle subie au Moyen-Orient. Cela pourrait pousser une partie des dirigeants cubains à essayer de trouver un arrangement avec les Etats-Unis.
Cuba ne peut résister seule à la pression de la plus puissante force réactionnaire au monde, l’impérialisme américain. Le mouvement ouvrier international doit se mobiliser pour défendre la révolution cubaine. L’achèvement de la restauration capitaliste à Cuba signifierait la destruction complète des acquis de la révolution et serait une défaite pour la cause de tous les opprimés à travers le monde. Il est urgent de défendre la révolution cubaine, qui est aujourd’hui en danger de mort !

