Depuis le 31 janvier, les travailleurs de la bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle, dans le Ve arrondissement, sont en grève tous les samedis. Au cœur de cette mobilisation : la question des salaires. Nous sommes allés les soutenir sur leur piquet de grève et y avons interviewé Nicolas, magasinier des bibliothèques.
Une lutte pour les salaires
Cette bibliothèque est un établissement public d’Enseignement Supérieur et Recherche (ESR). Comme dans tous les établissements publics, les salaires des travailleurs de la bibliothèque sont composés de deux parties principales : un salaire de base fixé au niveau national et une partie variable dont le montant est décidé par la direction. Forts de leurs expériences passées, Nicolas et plusieurs de ses collègues ont constaté que leurs salaires étaient inférieurs de 130 à 400 euros à ceux d’autres employés de bibliothèques ESR de la région ! Ils se situent même en dessous des seuils planchers prévus par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – auquel ces salariés sont rattachés – pour 2027.
Nicolas nous explique les conséquences directes de cette situation : « il y a un taux de rotation important au musée. Les salaires sont bas et, avec plusieurs services en sous-effectif chronique, ça rend la vie compliquée pour les 82 agents, pas seulement pour les employés de la bibliothèque. Aussi, la question de la précarité des contractuels est centrale dans notre mouvement : ils peuvent parfois, par la pression mise sur leur statut, recevoir une part variable encore plus faible que leurs collègues fonctionnaires. »
Appuyés par la Fédération Éducation, Recherche et Culture (FERC) de la CGT ainsi que par la FSU, les grévistes revendiquent une augmentation immédiate et l’indexation sur l’inflation de la part variable du salaire, ainsi que l’égalité salariale avec les autres établissements publics, pour les titulaires comme pour les contractuels.
Le mépris de la direction
Mais la direction du Muséum reste sourde à leurs demandes, comme nous l’explique Nicolas : « Quand on interroge la direction sur la question du variable, elle nous répond que le prestige de travailler dans un établissement comme celui-ci compense les manques de salaire. Essayez donc de payer votre loyer avec du prestige : vous verrez bien la réponse de votre propriétaire. »
Deuxième argument fallacieux : la direction affirme qu’elle ne maîtrise pas les budgets et qu’il faut traiter directement avec le ministère. Elle se retranche ainsi derrière le montant de l’enveloppe, alors que c’est sa répartition qui est en question. Par exemple, 2026 marque le 400ᵉ anniversaire du Jardin des Plantes, une occasion pour laquelle de nombreux fonds sont consacrés à l’entretien des bâtiments, notamment l’hôtel Magny, pour lequel un appel aux dons important a été organisé. « Ce n’est donc pas l’argent qui manque, mais la volonté de rémunérer justement les travailleurs qui font tourner le musée et la bibliothèque. Sans travailleurs, pas de fête d’anniversaire ni d’accès au musée pour le public », conclut Nicolas.
Dernière manœuvre en date : la direction a proposé une prime exceptionnelle et unique de 250 € en échange de l’arrêt du mouvement. « Réunis en AG, nous avons fait savoir que nous prendrions l’argent sans problème, mais que nous n’arrêterions pas le mouvement sans une réponse sérieuse à nos revendications ! »
Étendre le mouvement
Depuis son lancement, le mouvement prend de l’ampleur. Des fonctionnaires d’autres services participent aux assemblées générales et envisagent de rejoindre la grève. Les bibliothécaires participent également aux différentes manifestations des services de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin de créer des ponts avec d’autres travailleurs. Cela va clairement dans la bonne direction.
Pour l’emporter, il faudra étendre la grève au maximum de services et la transformer en grève reconductible. C’est la seule manière de construire un rapport de forces suffisant pour contraindre la direction et le Ministère à prendre en compte les revendications des salariés.
Pour soutenir les grévistes, toutes les informations sont disponibles sur Instagram et BlueSky: @museum_en_lutte.

