Tandis que les impérialistes occidentaux se félicitent de l’accord de « cessez-le-feu » à Gaza, l’armée israélienne continue de tuer – plus de 400 Gazaouis depuis le 10 octobre – et les négociations s’enlisent. En parallèle, le régime sioniste multiplie les provocations en Cisjordanie et menace d’annexer l’ensemble des territoires palestiniens. Le 23 juillet dernier, son parlement adoptait une résolution reconnaissant la Cisjordanie comme « une partie indissociable de la Terre d’Israël » et appelant à « retirer de l’ordre du jour tout projet d’État palestinien ».
Depuis 2023, le gouvernement israélien a autorisé l’ouverture de 69 nouvelles colonies en Cisjordanie occupée (zone C), dont le « projet E1 » visant à couper Jérusalem du reste de la Palestine. Plus de 120 000 armes ont été distribuées aux colons, qui jouissent d’une impunité presque totale pour terroriser les Palestiniens. On recense désormais huit raids par jour contre les maisons, les champs et les troupeaux des villages proches des colonies.
Dans les enclaves formellement contrôlées par les Palestiniens (zones A et B), Israël procède par étouffement économique : il refuse des centaines de milliers de permis de travail et retient les milliards de dollars de recettes fiscales qu’il est tenu de verser à l’administration palestinienne. Depuis 2023, le PIB de la Cisjordanie s’est contracté de 14 %, et le chômage touche désormais 35 % de la population active.
Crise de l’Autorité palestinienne
La soi-disant « Autorité palestinienne » (AP) est profondément discréditée par des décennies de collaboration avec l’occupant. 85 % des Palestiniens de Cisjordanie sont favorables à la démission de son président Mahmoud Abbas et 45 % demandent même sa dissolution. Elle a déjà perdu le contrôle d’une partie des camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams, où des jeunes se sont constitués en milices armées pour résister à la fois aux attaques des sionistes et à la répression menée par l’AP.
Constatant l’échec de son garde-chiourme à « rétablir l’ordre » dans les camps de réfugiés, l’armée israélienne a lancé l’opération « Mur de fer » en janvier 2025. Ses bombardements ont transformé ces camps de réfugiés en autant de « mini-Gazas », forçant 40 000 personnes à l’exil. Mais ils n’ont pas vaincu les milices. Comme à Gaza, où même un génocide n’est pas parvenu à détruire le Hamas, la violence d’Israël en Cisjordanie nourrit la résistance qu’elle cherche à détruire. 43 % des Palestiniens de Cisjordanie se déclarent désormais favorables à la lutte armée.
Dans les villes, toutes les tentatives de mobilisation ont été écrasées dans le sang. Israël parvient encore à contenir la colère des masses par la terreur, mais la situation est explosive. Comme l’expliquait un habitant de Bethléem au New Humanitarian, « les gens se mobiliseraient quand même, ils descendraient dans la rue pour la Palestine s’il y avait quelqu’un pour les diriger ». Une étincelle suffirait à faire basculer la situation – sur un territoire seize fois plus grand que Gaza.
Terreur et impuissance
La classe dirigeante sioniste est terrifiée par cette perspective. Son armée est épuisée par deux ans de campagne génocidaire et de guerre sur six fronts. Son économie est affaiblie, et la société israélienne est tellement divisée que ses fractures s’expriment jusqu’au sommet de l’appareil d’Etat. Mais Netanyahou est prisonnier de l’engrenage guerrier dans lequel il s’est engagé : sa survie politique et sa liberté personnelle en dépendent. Et les forces qu’il a déchaînées en armant les colons sont désormais hors de contrôle.
Les alliés occidentaux et les régimes arabes complices d’Israël observent cette escalade avec terreur et impuissance. Ils savent qu’une offensive contre la Cisjordanie s’accompagnerait d’un « nettoyage ethnique » des Palestiniens, comparable à la Nakba de 1948, et que cela aurait de profondes répercussions dans leurs propres pays. Les mobilisations de millions de jeunes et de travailleurs contre le génocide à Gaza et la grève générale qui a paralysé l’Italie le 3 octobre en ont donné un avant-goût.

