Sauf coup de théâtre, Bayrou chutera le 8 septembre. Seul un suicide politique des députés du PS permettrait de sauver ce gouvernement archi-impopulaire. Pour l’heure, Olivier Faure et ses amis n’y sont pas disposés.
L’organisation précipitée d’un vote de confiance à l’Assemblée nationale, deux jours avant le 10 septembre, est une tentative de désamorcer un mouvement social soutenu par les deux tiers de la population – et plus encore par les jeunes et les travailleurs.
En ce sens, le mouvement du 10 septembre a remporté une première victoire : le projet de budget austéritaire concocté par Bayrou est provisoirement écarté. Loin d’affaiblir le mouvement, cela pourrait le renforcer. Lorsque notre ennemi de classe commence à reculer, cela prouve qu’il nous craint. Par ailleurs, la colère sociale accumulée et la défiance à l’égard du pouvoir ne seront pas allégées d’un seul gramme par la chute de François Bayrou.
Le rôle des syndicats
A l’heure où nous écrivons ces lignes, il est impossible d’anticiper avec précision la puissance du 10 septembre, ni a fortiori quelles en seront les suites immédiates, les jours suivants.
En demandant aux syndicats d’organiser une « grève générale » le 10 septembre, Jean-Luc Mélenchon a frappé juste. « Tout bloquer » suppose des grèves massives dans des secteurs clés de l’économie. Une mobilisation de ce type sera très difficile à mettre en œuvre sans une implication directe des organisations syndicales.
Cet été, un nombre croissant de Fédérations, d’Unions Départementales, d’Unions Locales et de syndicats d’entreprise de la CGT – mais aussi de Sud et de Force Ouvrière – ont appelé à la mobilisation et à la grève le 10 septembre. La plupart soulignent que cette journée de mobilisation doit marquer le point de départ d’un vaste mouvement social pour en finir avec toutes les politiques d’austérité. C’est la bonne approche. Seul le développement d’un mouvement de grèves reconductibles embrassant un grand nombre de secteurs peut créer les conditions d’une victoire décisive de notre camp.
Initialement réticente à mobiliser pour le 10 septembre, la direction confédérale de la CGT a été contrainte, sous la pression, d’infléchir sa position. Elle « appelle ses syndicats à débattre avec les salariés et à construire la grève partout où c’est possible », le 10 septembre. Mais dans le même temps, elle évoque une autre « journée interprofessionnelle unitaire de mobilisation de grève et de manifestations », décidée en intersyndicale et qui se tiendrait « en septembre ». Que c’est vague ! La direction de la CGT doit dire ce qu’elle propose pour le 11 septembre et les jours suivants. Elle doit annoncer un plan de bataille clair, net et précis pour construire une grève reconductible à partir du 10 septembre. A défaut, les fédérations et les UD les plus combatives de la CGT doivent s’en charger au plus vite.
Quelle alternative à Bayrou ?
La mobilisation du 10 septembre et des jours suivants pèsera lourd sur la suite des événements aux plans politique et parlementaire. Si le mouvement est puissant, Macron pourrait tenter de l’éteindre en convoquant de nouvelles élections législatives. Des commentateurs bourgeois soulignent, la mort dans l’âme, que c’est d’ores et déjà l’option la plus « raisonnable », du point de vue de la classe dirigeante, car un nouveau Premier ministre issu du « socle commun », sur simple nomination, serait d’emblée très impopulaire. Ce serait une provocation, une raison de plus de « tout bloquer ». En outre, cela ne changerait rien à la situation de l’Assemblée nationale, où le RN et le PS ne voudront pas sacrifier leur avenir sur l’autel du macronisme. Enfin, la dissolution de l’Assemblée nationale serait un moyen, pour Macron, de conjurer le spectre de sa propre démission. Avec ou sans succès.
Mélenchon déclare viser directement la démission du chef de l’Etat, dès que possible. Nous y sommes évidemment favorables. Cependant, la question fondamentale que posera le mouvement du 10 septembre, s’il parvient à « tout bloquer » durablement, dépassera largement le sort d’Emmanuel Macron. S’ils parviennent à bloquer l’économie, les travailleurs démontreront à tous – et d’abord à eux-mêmes – qu’ils sont la force décisive de la société. Pas une lumière ne brille et pas une roue ne tourne sans leur aimable permission. Leur travail est aussi la source unique des profits faramineux de la classe dirigeante, au nom desquels celle-ci exige un plan d’austérité drastique et la destruction des services publics.
Puisque les travailleurs créent toutes les richesses, ils peuvent et doivent diriger la société. D’où notre mot d’ordre : « pour un gouvernement des travailleurs ». A première vue, il peut sembler abstrait, hors de portée. Mais en réalité, ce mot d’ordre s’imposera à la conscience de millions de salariés lorsque leur mobilisation collective – dans une grève massive et reconductible – démontrera que, sans eux, la vie économique et sociale s’arrête.
L’étape suivante, qui en découle immédiatement, c’est la conviction que la société fonctionnera bien mieux une fois débarrassée de la poignée de parasites géants qui la saccagent. Les travailleurs au pouvoir sauront réorganiser l’économie sur des bases rationnelles et démocratiques. Ils commenceront par exproprier la grande bourgeoisie, les grands moyens de production et d’échange, qu’ils soumettront alors à la satisfaction des besoins du plus grand nombre. Une fois supprimée l’infernale course aux profits, les énormes richesses industrielles et technologiques permettront d’éliminer rapidement toutes les formes de misère et de réduire graduellement le temps de travail.
Payer leur dette ?
Lors de sa conférence de presse, le 25 août, Bayrou a longuement insisté, une fois de plus, sur le fardeau de la dette publique. En 2025, le payement des seuls intérêts s’élèvera à plus de 66 milliards d’euros, ce qui en fera le premier poste de dépense de l’Etat. Conclusion de Bayrou : il faut tailler dans les budgets sociaux, geler les retraites et toutes les prestations sociales, supprimer deux jours fériés et des milliers de postes de fonctionnaires, ne plus rembourser des médicaments, appauvrir davantage les chômeurs – bref, frapper la masse de la population, à l’exception notable des plus riches et du grand patronat. Ce dernier a pourtant capté une bonne partie des « aides publiques » aux entreprises, dont le montant dépasse chaque année les 210 milliards d’euros !
Quand quelqu’un suggère poliment de réduire la dette en puisant un peu dans ces 210 milliards d’euros, au lieu de faire les poches au peuple, les journalistes et les politiciens de droite frôlent la syncope : « Mais vous n’y pensez pas ! Les investisseurs vont fuir ! La société va s’effondrer ! Une armée de sauterelles (russes) va ravager nos villes et nos campagnes ! ». Nous exagérons à peine. Ceci étant dit, du point de vue de la classe dirigeante française, il y a une logique implacable dans ce refus obstiné de toucher aux « aides publiques » aux entreprises : le long déclin du capitalisme français, qui recule sans cesse face à ses concurrents, oblige les gouvernements bourgeois successifs à gaver les grands capitalistes d’argent public – tout en présentant la note aux exploités et aux opprimés.
Ceci souligne d’autant plus clairement la nécessité d’en finir avec le capitalisme lui-même. A elle seule, la nationalisation de toutes les banques et de tous les grands moyens de production – sans indemnisation des gros actionnaires – éliminera une bonne partie de la dette publique. Le reste sera simplement répudié par le pouvoir des travailleurs. Dans une économie socialiste, le crédit cessera d’engraisser les milliardaires. Il deviendra un instrument de la planification démocratique de la production. Puis, sous le communisme, le développement des forces productives et du bien-être des masses auront permis de jeter la dette et son compagnon – le fétiche monétaire – dans les poubelles de l’histoire.
En France comme ailleurs, la révolution socialiste est la seule voie hors de l’enfer du capitalisme en crise. C’est bien simple : on ne pourra pas régler les problèmes sociaux engendrés par le capitalisme dans le cadre de ce même système. Il est grand temps que les organisations du mouvement ouvrier – à commencer par la FI et la CGT – prennent acte de cette évidence et en tirent toutes les conclusions pratiques. Quoi qu’il en soit, nous appelons tous ceux qui le comprennent à nous rejoindre, c’est-à-dire à construire avec nous le Parti Communiste Révolutionnaire, section française de l’Internationale Communiste Révolutionnaire.