Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 février, un meurtre transphobe a secoué Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Joëlla, femme trans de 45 ans, a reçu une quinzaine de coups de pied dans la tête avant d’être entièrement déshabillée. Lorsque les secours sont arrivés sur place, ils n’ont pas pu sauver la victime, qui présentait un « enfoncement massif » au visage. Deux hommes, âgés de 19 et 24 ans, ont été arrêtés par la police et ont avoué avoir frappé Joëlla. L’un des agresseurs l’a accusé d’être une prostituée, et a affirmé l’avoir frappée pour « qu’elle cesse de proposer des faveurs sexuelles à des personnes dans le quartier ».
Hausse des violences
Ce meurtre brutal s’inscrit dans une recrudescence des violences à l’encontre des personnes LGBT, et plus particulièrement des femmes transgenres. D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, les infractions anti-LGBT ont encore progressé en 2024 (+5 %), après avoir déjà progressé de 15 % par an en moyenne entre 2016 et 2023. Ces données ne représentent d’ailleurs qu’une petite partie de la réalité, car seule une minorité des victimes porte plainte.
Les personnes trans, et en particulier les femmes trans, figurent parmi les couches les plus opprimées de la société. Outre les agressions physiques, elles connaissent également des taux de chômage et de précarité très élevés, sont victimes de discriminations à l’embauche, au logement, à la santé, et sont surreprésentées parmi les personnes sans-abri. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les femmes transgenres soient surreprésentées parmi les prostituées. Instrumentaliser la prostitution pour justifier l’assassinat d’une femme trans est donc particulièrement ignoble.
Indignation à géométrie variable
Contrairement au néofasciste Quentin Deranque, Joëlla n’a pas eu droit à sa minute de silence à l’Assemblée nationale. Et pour cause : loin de lutter contre la transphobie, la classe dirigeante alimente cette oppression pour diviser les travailleurs.
Tandis qu’Eric Zemmour parle d’« expériences du docteur Mengele » pour qualifier les transitions, les parlementaires du RN et de LR proposaient en 2024 de les interdire aux mineurs trans et Emmanuel Macron affirmait qu’il serait « complètement ubuesque » de pouvoir changer de genre par une simple déclaration en mairie.
Le meurtre de Joëlla n’est pas un fait divers isolé. Il est le produit d’un système qui combine exploitation, marginalisation sociale et instrumentalisation des discriminations. La meilleure façon d’honorer la mémoire de Joëlla et de milliers d’autres femmes trans tuées par la haine, c’est d’organiser une riposte de classe pour renverser le système pourri qui engendre ces divisions et cette violence.

