Source : Jeanne Menjoulet (jmenj), flickr - https://flic.kr/p/UoVoSK

Le 54 ᵉ Congrès de la CGT se tiendra du 1er au 5 juin. Dans la mesure où la CGT est l’organisation syndicale la plus puissante et la plus combative du pays, ses débats internes ne concernent pas seulement ses adhérents, mais l’ensemble du mouvement ouvrier. Les développements à venir de la lutte des classes en France seront déterminés, dans une large mesure, par ce que fera – ou ne fera pas – la CGT.

Malheureusement, le document d’orientation proposé par la direction confédérale sortante, en amont du Congrès, est très insatisfaisant.

Sur la forme, il est beaucoup trop long au regard de la pauvreté de son contenu : 81 pages, 638 paragraphes, de nombreuses répétitions et beaucoup de considérations « techniques » ou organisationnelles. On croirait qu’il a été écrit dans l’intention d’en dissuader la lecture ! De fait, une grande majorité des militants de la CGT n’auront ni le temps ni la patience de le lire. Le débat sera confiné dans les couches supérieures de la CGT.

Sur le fond, ce document confirme et accentue la longue dérive droitière de la direction confédérale de la CGT, ces dernières décennies.

La défaite de 2023

Depuis la lutte victorieuse contre le CPE, en 2006, les mobilisations syndicales interprofessionnelles (nationales) se sont toutes soldées par des défaites. Le document d’orientation revient sur la dernière défaite en date : celle de la lutte contre la réforme des retraites de 2023.

Les rédacteurs du document affirment : « Il nous a manqué deux choses essentielles : la capacité d’étendre les grèves après le 7 mars, où l’intersyndicale avait appelé à mettre la France à l’arrêt, et la mobilisation massive des étudiant·es et lycéen·nes ». Ils ajoutent : « Ne fuyons pas nos propres responsabilités en allant chercher des prétextes extérieurs : analysons, chacune et chacun, sur nos lieux de travail, les difficultés que nous avons eues à gagner un nombre massif de grévistes et à basculer dans la grève reconductible après le 7 mars»

Ainsi, au lieu d’assumer ses « propres responsabilités », comme direction confédérale de la CGT, celle-ci place la responsabilité de la défaite de 2023 sur les épaules de… « chacune et chacun », c’est-à-dire de la masse des militants. C’est le monde à l’envers ! Remettons-le à l’endroit.

Pour mobiliser massivement les étudiants et les lycéens, il fallait avancer d’autres mots d’ordre que le seul retrait de la réforme des retraites – comme par exemple l’abrogation de Parcoursup et une augmentation massive du budget de l’Education nationale. L’intersyndicale et la direction de la CGT n’ont rien fait de tel. Des mois durant, elles ont répété le même et unique mot d’ordre : « retrait de la réforme ». La faute à « chacune et chacun » ? Non !

Deuxièmement, il est vrai que seule une « grève reconductible » paralysant toute l’économie aurait pu faire reculer le gouvernement. Mais précisément : ni l’intersyndicale ni la direction de la CGT n’ont expliqué et défendu cette perspective. Les mots « grève reconductible » ne figurent ni dans le communiqué intersyndical du 21 février (appelant à la « journée d’action » du 7 mars) ni dans celui publié le soir du 7 mars. Ce dernier se contente de déclarer, en passant, que « l’intersyndicale soutient et encourage tous les secteurs professionnels à poursuivre et amplifier le mouvement », avant d’appeler à une nouvelle « journée d’action » le samedi 11 mars (donc sans grèves), puis à une autre « journée d’action » la semaine suivante.

Il faut regarder les choses en face : la direction de la CGT ne veut pas mettre à l’ordre du jour une grève reconductible, ce qui suppose un plan de bataille clair, une campagne d’agitation massive et un programme très offensif. Elle ne le veut pas car elle a peur de perdre le contrôle d’un tel mouvement. Mais bien sûr, les dirigeants de la CGT ne peuvent pas dire : « nous ne voulons pas ». Alors, ils accusent « chacune et chacun » de n’avoir pas su convaincre leurs collègues de « basculer dans la grève reconductible » – pendant que Sophie Binet et consorts, eux, appelaient à une série de « journées d’action » sans lendemain, sur la base d’un programme strictement défensif.

L’implantation de la CGT

Pour expliquer la défaite de 2023, le document d’orientation avance une autre « explication » : « notre nombre de syndiqué·es est trop faible ». Là encore, la faute à « chacune et chacun », qui doivent mieux recruter ! Mais heureusement, le texte d’orientation vient au secours de « chacune et chacun », sous la forme d’une interminable accumulation de mesures organisationnelles visant à renforcer l’implantation de la CGT.

Les auteurs du document affirment que la priorité est l’organisation des salariés ICTAM (ingénieurs, cadres et agents de maîtrise), auxquels il faudrait offrir « des espaces d’expression » et un « un cadre d’organisation spécifique », afin qu’ils puissent « débattre de leurs problématiques propres ».

Nous sommes évidemment favorables à la syndicalisation massive des ICTAM. Mais la faiblesse des effectifs de la CGT concerne la quasi-totalité des professions. Et chez les ICTAM comme dans toutes les autres couches de la classe ouvrière, le problème n’est pas l’absence d’« espaces d’expression » et autres « cadres d’organisation spécifiques ». Non : le problème est la modération et le conservatisme extrêmes de la direction confédérale !

Le document inverse la cause et l’effet : ce ne sont pas les faibles effectifs qui expliquent les défaites, mais les défaites successives qui expliquent les faibles effectifs. La solution ne se trouve donc pas dans une myriade de mesures organisationnelles, mais dans une stratégie et un programme offensifs capables de mobiliser massivement la classe ouvrière – et de vaincre.

La lutte contre le RN

Le document d’orientation con-sacre plusieurs passages à la menace d’une victoire électorale du RN en 2027. Ses auteurs affirment que l’extrême droite ne peut « jamais être mise dos à dos avec un autre parti », car le RN et Les Républicains (ou les macronistes) ne seraient « pas de même nature ». C’est pourquoi la direction de la CGT a appelé à voter pour Macron face à Le Pen, en 2017 et en 2022. En somme, le document d’orientation nous annonce que, le cas échéant, il fera de même en 2027.

Nous sommes radicalement opposés à ce prétendu « Front républicain contre le RN ». Dans les faits, il contribue à renforcer le RN dans la masse des exploités et des opprimés qui détestent – pour d’excellentes raisons – tous les vieux partis du « système ». Au lieu d’inventer des différences « de nature » entre le RN, qui est bourgeois (à 100 %), et le reste de la droite, qui est aussi bourgeoise (à 100 %), la CGT doit tracer une ligne de démarcation entre les organisations de la classe ouvrière et celles de la bourgeoisie, car c’est là que se situe l’antagonisme fondamental dans la société capitaliste.

Le RN est un ennemi déclaré de notre classe. Il faut le combattre résolument, et la CGT a une grande responsabilité dans cette lutte. Mais les moyens avancés dans le document d’orientation sont dérisoires. Après avoir promu le « Front républicain », qui est totalement contre-productif, le document propose de lancer une campagne intitulée « la meilleure sécurité, c’est la solidarité », et sur cette base d’« interpeller les candidats à la présidentielle » – LR et macronistes compris, compte tenu de leur bienveillante « nature » ! C’est franchement absurde.

Dans un bref éclair de lucidité, le document reconnaît que les succès du RN se nourrissent du « déclassement » de l’industrie, du travail « qui ne paye plus » et de la « paupérisation des services publics ». Précisément : l’extrême droite se nourrit de la crise du capitalisme, mais aussi des politiques réactionnaires des gouvernements de droite et « de gauche » de ces dernières décennies. C’est le cœur du problème. Une lutte sérieuse contre le RN passera donc par l’organisation d’une mobilisation unitaire et massive contre la régression sociale et contre l’ensemble du système capitaliste.

Le renversement du capitalisme est le grand absent du document d’orientation de la direction sortante de la CGT. Dans leur critique de ce document, les camarades de la Fédération nationale des industries chimiques (FNIC CGT) soulignent que ce texte « rend (…) le capitalisme acceptable, en opposition forte avec notre volonté révolutionnaire. Cela constitue une orientation politique réformiste majeure à laquelle nous ne pouvons adhérer ». Absolument d’accord !

Lors du Congrès de la CGT de 2023, la FNIC et d’autres structures de l’aile gauche avaient largement diffusé une contribution écrite et présenté une candidature (Olivier Mateu) auxquelles nous avions apporté un soutien critique. A l’heure où nous bouclons ce numéro de Révolution, l’aile gauche de la CGT vient de publier une « Contribution au 54e Congrès ». Nous l’étudierons et l’analyserons prochainement. Nous espérons que cette Contribution servira de base à une démarche offensive de l’aile gauche à l’occasion du Congrès. L’adoption par la CGT d’une stratégie et d’un programme offensifs est une tâche urgente et incontournable dans la lutte pour en finir avec le capitalisme et tous ses fléaux.

Tu es communiste ? Rejoins-nous !

Un membre du PCR s'implique directement dans le travail du parti. Cela signifie recruter d'autres communistes et les organiser dans des cellules communistes, tout en étudiant la théorie marxiste et en diffusant les idées communistes dans le mouvement. Le parti fournira des ressources politiques, des conseils et des outils pour t'aider dans cette activité.

Un soutien du PCR contribue à la construction du parti en payant une cotisation mensuelle, et n'est pas obligé de participer activement au travail quotidien du parti. Tu recevras un abonnement PDF au journal mensuel du parti, Révolution.

Nous sommes entièrement autofinancés. L'argent récolté nous permet de financer nos locaux, de développer notre maison d'édition et notre journal, d'imprimer des affiches et des tracts. En mettant en place une cotisation mensuelle, tu nous aideras à construire un authentique Parti Communiste Révolutionnaire !