Le soir du 3 janvier, après l’assaut contre le Venezuela et l’enlèvement du président Nicolas Maduro, Donald Trump affichait clairement ses intentions : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre […]. Nous allons demander à nos très grandes compagnies pétrolières américaines […] de s’y rendre, de dépenser des milliards de dollars […] et de commencer à générer des revenus pour le pays. »
Le 9 janvier, il réunissait les dirigeants d’Exxon, Chevron, etc. pour les convaincre d’investir au Venezuela, promettant d’obtenir des lois plus favorables aux entreprises étrangères et le retrait de la loi sur les hydrocarbures adoptée sous la présidence d’Hugo Chavez, qui renforçait le contrôle du Venezuela sur l’industrie pétrolière. Quelques jours plus tard, les Etats-Unis commençaient à vendre pour 500 millions de dollars de pétrole vénézuélien volé lors de la capture de pétroliers dans les Caraïbes.
En somme, après avoir kidnappé le chef d’Etat du Venezuela, les Etats-Unis entendent dicter les lois, administrer les ressources et sélectionner les partenaires commerciaux du pays. Ce n’est rien moins qu’une mise sous tutelle coloniale.
Le gouvernement de « transition »
Maria Corina Machado croyait son heure venue. La dirigeante de l’opposition vénézuélienne de droite et prix Nobel de la paix 2025 n’avait pas hésité ces derniers mois à réclamer ouvertement une invasion de son pays par les Etats-Unis. Elle s’est donc rendue à la Maison-Blanche le 15 janvier pour remettre son prix Nobel à Trump « au nom du peuple vénézuélien », dans l’espoir de recevoir en retour la présidence de son pays.
Mais l’impérialisme américain est conscient de ses limites. Si les Etats-Unis sont capables de massacrer quelques dizaines de pêcheurs (en mobilisant 20 % de leur marine) et de destituer un chef d’Etat étranger (en déployant 125 bombardiers et des unités d’élite de leurs forces spéciales), ils ne peuvent pas administrer un pays sans un minimum de soutien dans la population – ou à défaut, dans l’appareil d’Etat.
Comme le rappelait Trump après sa rencontre avec Machado, « en Irak, on a viré tout le monde – la police, les généraux : tout le monde – et c’est Daesh qui a fini par l’emporter ». Les Etats-Unis préfèrent donc s’appuyer sur les institutions existantes pour éviter le chaos, et donner un semblant de légitimité à leur reprise en main du Venezuela.
Sous la menace d’une nouvelle intervention militaire des Etats-Unis, la vice-présidente de Maduro, Delcy Rodriguez, ne cesse de donner des gages à Washington. Après avoir acté la réouverture de l’ambassade américaine, elle se félicitait le 14 janvier de ses échanges marqués de « respect mutuel » avec Donald Trump, avec qui elle discutait d’« un plan de travail bilatéral pour le bien de nos peuples ». Le lendemain, elle recevait le directeur de la CIA, principal artisan de l’attaque du 3 janvier. Rodriguez prépare aussi une série de contre-réformes, dont la privatisation du secteur pétrolier, sa réouverture complète aux investisseurs étrangers, et l’assouplissement du Code du travail.
Contre-révolution
Certains à gauche affirment que Delcy Rodriguez n’aurait pas d’autre choix que d’obéir à Trump, voire même qu’il s’agirait d’un plan subtil pour déjouer de futures attaques impérialistes. En réalité, cette capitulation face à l’impérialisme américain ne peut que saper la capacité de résistance des masses du Venezuela – qui sont la seule force capable de repousser les impérialistes.
En 2002, les masses de Caracas s’étaient soulevées pour défendre la politique anti-impérialiste du président Chavez face au coup d’Etat orchestré par le président George W. Bush. Leur insurrection victorieuse avait encouragé Chavez et permis l’approfondissement de la révolution bolivarienne. Les masses sont ensuite intervenues à plusieurs reprises pour repousser les attaques de la bourgeoisie vénézuélienne et de l’impérialisme.
Mais après la mort de Chavez, le gouvernement de Nicolas Maduro s’est attaqué progressivement à la plupart des conquêtes de la révolution, pour tenter de nouer un compromis avec la classe dirigeante vénézuélienne et les impérialistes. Après une décennie d’attaques contre leurs droits et leurs conditions de vie, les travailleurs n’ont aujourd’hui plus grand-chose à défendre, et sont restés largement passifs face à l’agression américaine du 3 janvier.
La situation du Venezuela est un rappel tragique que la lutte pour la libération des nations opprimées du joug de l’impérialisme est indissociable de la lutte contre le système capitaliste.

