Le très haut niveau de l’abstention (42,4 %) est le fait le plus significatif du premier tour des élections municipales. Les politiciens qui se félicitent d’un « progrès de la participation », par rapport au scrutin de mars 2020, « oublient » de rappeler que ce dernier s’est tenu en pleine flambée de Covid19. En réalité, on assiste à une augmentation systématique de l’abstention depuis plusieurs décennies : 21,6 % en 1983, 30,6 % en 1995, 36,4 % en 2014 et 42,4 % cette fois-ci.

C’est une expression – parmi bien d’autres – de la crise de régime du capitalisme français. Il y a un rejet croissant de l’ensemble du système politique, y compris désormais au niveau local.

Comme toujours, c’est dans la jeunesse et dans les couches les plus exploitées de la population que l’abstention est la plus élevée. Le rejet de la « démocratie » bourgeoise – qui s’accompagne d’une régression sociale permanente – y est plus fort qu’ailleurs. Selon une enquête d’Ipsos-BVA, « l’abstention a été majoritaire chez les moins de 25 ans (56 %) et a culminé à 60 % dans la tranche supérieure, 25-34 ans. Elle a encore concerné près de la moitié des électeurs entre 35 et 59 ans (47 %), mais tombe à 30 % au-delà de 60 ans (et même à 20 % chez les plus de 75 ans). » Par ailleurs, « si l’on se réfère au revenu mensuel net du foyer, le taux d’abstention a dépassé les 60 % dans la tranche la plus basse (moins de 1250 euros) », et « a concerné encore la moitié des électeurs de la catégorie 1250-2000 euros (51 %) ».

L’abstention a donc été massive dans les couches sociales qui votent le plus pour LFI ou le RN. Or, malgré cela, LFI et le RN réalisent des scores importants dans de nombreuses villes. La « polarisation » politique s’est donc manifestée malgré l’abstention massive, sur fond de bérézina électorale du « centre » macroniste et d’une nouvelle contre-performance des Républicains. Ce n’est pas surprenant, car l’abstention massive et la polarisation politique sont deux phénomènes connexes, qui s’enracinent dans le même rejet du système politique officiel et des vieux « partis de gouvernement ».

Au « centre », les mauvais scores des macronistes et des LR profitent au PS et à ses listes d’union (avec les Verts et le PCF, bien souvent). C’est aussi lié au très vieil ancrage municipal de ces partis. Cependant, les dirigeants du PS, des Verts et du PCF tablaient sur de plus mauvais scores de LFI ; ils se préparaient à déclarer que, décidément, LFI était totalement discréditée et disqualifiée pour l’élection présidentielle de 2027. Or le premier tour des municipales a montré le contraire : LFI a un énorme potentiel – si elle parvient à mobiliser les couches sociales qui se sont massivement abstenues dimanche.

Le PCR a appelé à voter pour les listes de LFI, dimanche, et appelle à faire de même le 22 mars prochain. Lorsque LFI se maintient face à d’autres listes « de gauche », nous appelons à voter pour les listes insoumises, comme par exemple à Paris. Dans les autres cas, nous appelons à battre la droite et l’extrême droite.

Dans un article publié en décembre dernier, nous avons pris position contre la fusion des listes de LFI avec celles du PS, entre les deux tours. Nous savons bien qu’à Toulouse (par exemple), beaucoup de jeunes et de travailleurs sont favorables à la fusion, malgré leur rejet du PS, parce qu’ils veulent battre le maire de droite sortant, Jean-Luc Moudenc. La même dynamique est à l’œuvre dans d’autres grandes villes. Nous le comprenons parfaitement, mais nous attirons l’attention sur le fait suivant : les fusions des « insoumis » avec le PS nuisent à la crédibilité de LFI dans d’autres couches (massives) de notre classe.

Le problème n’est pas seulement la fusion des listes de LFI avec celles du PS ; c’est aussi la façon dont ces fusions sont présentées et justifiées. Parler de « fronts antifascistes » avec le PS, comme le fait la direction de LFI, n’est pas la bonne façon de s’adresser aux millions de pauvres et de travailleurs qui oscillent, électoralement, entre l’abstention et le vote RN – non parce qu’ils sympathisent avec le programme du « fascisme » (l’idée même est une calomnie contre notre classe), mais parce qu’ils détestent le PS (pour d’excellentes raisons) et les « partis de gouvernement » en général (idem).

Cette large fraction de la classe ouvrière, qui se compte en millions, sera sans doute la clé du scrutin d’avril 2027. Or LFI aura du mal à y progresser nettement sur la base d’une attitude erronée à l’égard de l’électorat ouvrier qui vote RN ou s’abstient parce qu’il rejette « le système » – et notamment le PS, ce vieux rouage du « système ».

Par exemple, dans la ville ouvrière de Lens, le RN est passé de 22,7 % des voix en 2020 à 46,5 % ce dimanche. Dans l’agglomération de Lens, le RN a conquis les communes ouvrières de Harnes, Loison-sous-Lens et Drocourt. Une analyse détaillée du premier tour montrerait que ce phénomène est loin d’être cantonné à Lens. Dans cet électorat ouvrier du RN, les fusions de LFI et du PS, dans plusieurs grandes villes du pays, ne peuvent pas renforcer l’autorité et la crédibilité de LFI.

Au lieu de constituer de prétendus « fronts antifascistes » avec le PS (qui, dans la plupart des cas, ne font même pas face au RN), le mouvement de Jean-Luc Mélenchon doit rompre avec le PS et avec l’aile droite du réformisme en général, sur la base d’un programme radical. C’est le seul moyen de gagner une fraction significative des millions d’exploités et d’opprimés qui veulent « renverser la table », qui détestent les vieux partis de gouvernement et qui, s’ils ne s’abstiennent pas en avril 2027, choisiront soit le RN, soit LFI.

Sur cette question, nous avons publié un long document intitulé : « L’ascension du RN et les tâches du mouvement ouvrier ». Nous y renvoyons nos lecteurs. Pour conclure, relevons ceci : dans une déclaration publiée le 9 mars dernier, la direction de LFI affirmait (pour faire pression sur le PS) que le « refus de tout front unique, en 1932, a déjà produit la plus terrible défaite de la gauche et la victoire des pires adversaires racistes de l’histoire ». Cette référence à l’Allemagne de 1932 – un an avant la victoire de Hitler et l’écrasement du mouvement ouvrier allemand – est absurde. La situation actuelle, en France, n’a rien à voir avec l’Allemagne de 1932, lorsque le parti national-socialiste (nazi) avait une base de masse dans la petite bourgeoisie ruinée – et organisait des centaines de milliers de petits-bourgeois en armes qui, chaque jour, agressaient les organisations de la classe ouvrière. Soit dit en passant, le « front unique » que défendait Trotsky (mais que rejetaient les dirigeants staliniens et sociaux-démocrates allemands) n’était absolument pas un front électoral : la colonne vertébrale du « front unique » défendu par Trotsky était la constitution de milices ouvrières pour lutter contre les hordes fascistes.

Le RN est un redoutable ennemi de notre classe. Mais on ne peut pas organiser sérieusement la lutte contre ce parti (et la droite en général) sur la base d’analogies erronées avec l’Allemagne de 1932. Il faut partir du fait suivant : une nette majorité de l’électorat du RN, désormais, est constituée de travailleurs ulcérés par les trahisons passées du PS, des Verts, du PCF et de tous les « partis de gouvernement », sur fond de crise du capitalisme et de régression sociale permanente. D’un point de vue politique et électoral, la lutte contre le RN passe notamment par une rupture claire et nette de LFI avec l’aile droite du réformisme, sur la base d’un programme radical.

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