Dans la nuit du 14 au 15 janvier, à Paris, des policiers des « Brigades territoriales de contact » (BTC) ont tué El Hacen Diarra, un Mauritanien âgé de 35 ans. Ils lui ont tiré dessus avec un pistolet électrique en pleine rue. Une vidéo filmée par un témoin montre un policier qui le frappe violemment alors qu’il est déjà au sol. On l’entend crier : « vous m’étranglez ! ». Emmené dans un commissariat du XXe arrondissement, il est mort avant d’être transporté à l’hôpital.
Nuñez ferme les yeux (et les caméras)
Originaire de Baydam, en Mauritanie, El Hacen Diarra vivait dans le foyer de travailleurs migrants des Mûriers. Le parquet prétend que les policiers l’ont contrôlé après l’avoir vu rouler un joint de cannabis, et qu’il se serait rebellé. Mais ses proches affirment qu’il « buvait simplement un café en bas du foyer lorsque la police est venue vers lui ».
Malgré les vidéos montrant la violence de l’arrestation, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a refusé de suspendre les policiers impliqués. Interrogé sur ce que montraient les « caméras-piétons », le ministre a affirmé qu’elles « n’étaient pas activées ». En réponse, l’avocat de la famille d’El Hacen Diarra a déclaré à juste titre : « Comme par hasard, dès qu’il se passe un événement extrêmement violent, les caméras-piétons des policiers sont en panne. »
Il a fallu attendre cinq jours pour que les résultats de l’autopsie soient publiés. D’après la famille d’El Hacen, ils montreraient des signes caractéristiques d’un étranglement.
Un système raciste
Cette mort s’inscrit dans la continuité de nombreux crimes racistes commis par la police française. Ils provoquent la colère de couches croissantes de la population. Le meurtre de Nahel Merzouk, en 2023, avait déclenché un vaste mouvement de protestation et d’indignation contre les violences policières.
Pour mettre un terme à ces crimes, il faut comprendre d’où ils viennent. Ces meurtres sont l’une des expressions les plus aiguës du racisme inhérent au système capitaliste. Cette oppression joue un rôle central pour diviser la classe ouvrière suivant des lignes de « race » et de religion, pour affaiblir les travailleurs et faciliter leur exploitation. Aujourd’hui, alors que la crise du capitalisme frappe de plein fouet les conditions de vie des masses, la classe dirigeante met les bouchées doubles pour attiser le racisme et l’islamophobie dans le but de détourner l’attention des travailleurs et faire obstacle à leur mobilisation. Les meurtres racistes commis par des policiers sont à la fois un élément constitutif et une conséquence de ce racisme permanent.
L’impunité des policiers violents et meurtriers – qui sont rarement poursuivis et encore plus rarement condamnés – s’explique aussi par un autre élément : la police est une composante essentielle de l’Etat bourgeois, qui même en régime « démocratique » sert à défendre la domination de la classe dirigeante. C’est d’autant plus le cas que la crise provoque une intensification de la lutte des classes, en France comme ailleurs. Du point de vue de la bourgeoisie, la répression policière est un outil trop précieux, dans le contexte actuel, pour prendre le risque de mécontenter les policiers en les punissant sérieusement lorsqu’ils commettent des meurtres.
En fait, la bourgeoisie s’efforce même d’accroître encore l’impunité de la police. Par exemple, des députés LR ont récemment tenté de faire adopter – avec l’appui du gouvernement Lecornu – une « présomption de légitime défense » lorsqu’un policier fait usage de son arme !
Le rôle du mouvement ouvrier
Tout ceci rend complètement vains les appels des grandes organisations de la gauche et du mouvement ouvrier à « réformer la police » pour en faire une « police républicaine ». Tant que le capitalisme existera, il s’appuiera – entre autres – sur une police, qui sera nécessairement raciste et violente.
Le mouvement ouvrier ne doit pas se tenir aux marges de la lutte contre les violences policières. Il doit y jouer un rôle central, notamment en expliquant que c’est la même classe dirigeante qui, d’un côté, exploite les travailleurs, leur impose l’austérité, la misère, le chômage – et, de l’autre, alimente le racisme et encourage les violences policières. Seule une mobilisation de masse, dirigée contre le capitalisme et le racisme, pourra mettre un terme à ces crimes.

