Source: IMG_4327 par dbking, flickr

Après 67 ans d’attaques incessantes, l’impérialisme américain n’a jamais été aussi proche d'écraser la révolution cubaine. Le blocus imposé par les Etats-Unis depuis 1962 a été durci par Trump à un point tel qu’il s’apparente aujourd’hui à ces sièges médiévaux qui cherchaient à briser la résistance d’une population en l’affamant.

Cuba dépend des importations de pétrole pour 60 % de sa production énergétique. Or, depuis le 9 janvier, seul un pétrolier russe a atteint l’île, et ce, uniquement le 30 mars. Après l’enlèvement de Nicolas Maduro le 3 janvier, les ventes de pétrole vénézuélien à destination de Cuba ont tout bonnement cessé. Cédant aux menaces américaines de droits de douane draconiens, le Mexique a lui aussi interrompu toutes ses exportations de pétrole vers Cuba.

Résultat, le pays meurt à petit feu. Les 16 et 17 mars, une coupure d’électricité de plus de vingt-quatre heures plongeait 9 millions de Cubains dans l’obscurité. Une autre s’est produite le 21 mars, moins d’une semaine plus tard. Effondrement économique et énergétique, insécurité alimentaire, dégradation du système de santé, exode massif : l’île a rarement subi une crise humanitaire d’une telle ampleur.

Cuba suffoque, littéralement étranglée par l’impérialisme américain.

« Négociations » en trompe-l’œil

C’est dans ce contexte que, le 21 mars, le ministre des affaires étrangères cubain Rodríguez Parilla a affirmé qu’il était prêt « à un dialogue sérieux et responsable avec le gouvernement des Etats-Unis, sans ingérence dans les affaires internes ni dans les systèmes politiques, économiques et sociaux respectifs. »

C’est pure mascarade. Au même moment, Trump déclarait : « Je pense que j’aurai l’honneur de m’emparer de Cuba. Je pense que je pourrai en faire ce que je veux. » Voilà comment la première puissance mondiale, forte d’un PIB de 28 000 milliards de dollars, entend « négocier » avec une nation dont le PIB avoisine à peine les 140 milliards de dollars.

En réalité, ces négociations se résument à d’importantes concessions faites par le gouvernement cubain aux Etats-Unis. Il vient d’autoriser les entreprises américaines et la diaspora cubano-américaine à investir dans des secteurs clés comme les banques, l’agriculture, le tourisme, les mines ou les infrastructures publiques. C’est une victoire éclatante pour l’impérialisme américain – qui gagne ainsi un accès à des leviers vitaux de l’économie de l’île – et une défaite majeure pour la révolution cubaine.

Ces concessions ne satisfont pas Washington. Comme le dit le proverbe : la faiblesse invite à l’agression. Encouragé par ces reculs, l’impérialisme américain veut en finir avec la révolution cubaine. Trump cherche à se débarrasser du président Miguel Díaz-Canel, à restaurer le capitalisme et reproduire à Cuba ce qu’il a imposé au Venezuela : la rupture de tous liens économiques, politiques et militaires avec la Russie et la Chine, et la soumission de l’île à l’impérialisme américain.

Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a dit explicitement que les Etats-Unis voulaient un « changement radical » à Cuba. Au-delà de son rôle gouvernemental, Rubio est aussi le porte-parole à la Maison-Blanche de la diaspora cubano-américaine, qui ne pardonne pas à la révolution cubaine d’avoir exproprié ses riches grands-parents. Son influence sur la politique américaine dépasse largement celle de son homologue réactionnaire vénézuélienne. Ces exilés contre-révolutionnaires ne seront satisfaits que par la disparition de toutes les traces de la révolution cubaine.

Réformes pro-capitalistes

Jamais la révolution cubaine n’avait été autant en danger et l’impérialisme américain en est bien entendu le premier responsable. Mais il faut aussi souligner que la politique du gouvernement cubain, depuis plusieurs décennies, n’a fait qu’affaiblir la révolution cubaine.

En 2011, le sixième congrès du Parti communiste cubain (PCC) proclamait dans ses « lignes directrices » la nécessité de « moderniser l’économie » et de « réduire le secteur public. » A l’époque, l’économiste Omar Everleny Pérez, l’un des anciens directeurs du Centre d’étude de l’économie cubaine, martelait qu’il fallait « changer l’état d’esprit des Cubains et accroître l’autonomie des entreprises. » Depuis le lancement de cette « modernisation », des centaines de milliers de fonctionnaires ont été licenciés et plus de 9000 entreprises privées ont été créées.

En 2014, le président cubain d’alors, Raúl Castro, a promulgué une loi destinée à attirer les capitaux étrangers, en ouvrant de nombreux secteurs de l’économie aux investisseurs internationaux, ainsi qu’en leur accordant d’importantes exonérations fiscales. En 2020, le président Miguel Díaz-Canel a introduit une réforme monétaire alignée sur le marché, ce qui a provoqué une baisse du pouvoir d’achat des masses et la hausse des inégalités.

Ces réformes représentaient un recul de la révolution. Elles auraient pu être justifiées dans une certaine mesure par l’isolement de Cuba et représenter un mal nécessaire face à l’embargo américain. Mais elles n’ont jamais été présentées comme cela par le gouvernement cubain, qui les décrivait comme des avancées et prétendait qu’elles visaient à « libérer les forces productives. » Ce faisant, il diffusait parmi la population l’idée que la planification économique était le problème et que le marché était la solution.

L’isolement de la révolution

La révolution cubaine souffre aussi de son isolement. Pour survivre, elle a besoin de s’étendre, en premier lieu au continent américain. Mais, pendant la révolution bolivarienne, les dirigeants cubains ont au contraire dissuadé le gouvernement de Chavez de renverser le capitalisme. Orlando Borrego, un ancien collaborateur du Che qui jouissait d’une grande autorité politique, est même allé jusqu’à expliquer à des travailleurs vénézuéliens que la « cogestion ouvrière » (une forme de contrôle ouvrier) était « contre-révolutionnaire » !

C’était oublier la principale leçon de la révolution cubaine : seules l’expropriation de la bourgeoisie et des impérialistes et la planification de l’économie ont permis à Cuba de mettre fin à la misère, d’obtenir une véritable souveraineté nationale et de réaliser d’immenses progrès, notamment dans la santé, l’éducation, etc. Plutôt que de suivre cet exemple, le gouvernement d’Hugo Chavez suivit les conseils des dirigeants cubains et n’expropria que partiellement la classe dirigeante. Celle-ci put donc – de concert avec les impérialistes – saper l’économie et fragiliser la révolution. Ce processus contre-révolutionnaire a fini par déboucher sur l’enlèvement de Maduro et l’instauration d’un contrôle colonial sur le Venezuela, sous les applaudissements de la bourgeoisie de Caracas et des exilés de Miami. Cuba est aujourd’hui plus isolé que jamais.

Au lieu de s’appuyer sur les travailleurs et les paysans d’Amérique latine – les seuls véritables alliés de la révolution cubaine dans la région –, les dirigeants cubains ont privilégié la conclusion d’alliances avec des « gouvernements progressistes » et la promotion de la soi-disant « multipolarité ». Cette stratégie se révèle aujourd’hui une impasse. Les « gouvernements progressistes » du Mexique, de la Colombie et du Brésil, tous trois producteurs de pétrole, ne lèvent pas le petit doigt pour approvisionner Cuba. La Chine se contente de condamnations verbales. Quant à la Russie, elle envoyait il y a peu des représentants de l’Institut Stolypine conseiller aux dirigeants cubains d’accélérer la restauration du capitalisme !

Comment défendre la révolution cubaine ?

Pour se défendre, Cuba ne peut compter que sur les forces de son propre peuple, mais aussi sur celles de la classe ouvrière, de la paysannerie pauvre et de la jeunesse révolutionnaire des autres pays. Nos camarades mexicains de l’Internationale communiste révolutionnaire dans le Yucatán et le Quintana Roo mettent en pratique cette solidarité en participant aux efforts de collecte du convoi « Nuestra América » qui essaye d’acheminer près d’une dizaine de tonnes de médicaments et de vivres à La Havane.

Mais ils ne limitent pas leurs efforts à cette aide humanitaire, aussi essentielle soit-elle. Ils ont profité de cette opportunité pour dénoncer la soumission du gouvernement de Claudia Sheinbaum aux diktats de Washington. La section brésilienne de l’ICR a également lancé une campagne en ce sens, en lien avec la puissante Fédération unifiée des travailleurs du pétrole. C’est la voie à suivre.

L’écrasement de la révolution cubaine serait une défaite pour l’ensemble du mouvement ouvrier international. En France, les directions de la CGT et de LFI n’ont malheureusement rien fait de sérieux pour aider à défendre Cuba contre l’offensive de Trump. Il n’est pas encore trop tard pour organiser une mobilisation massive et défendre la révolution cubaine contre l’impérialisme.

En dernière analyse, toute l’histoire de la révolution cubaine démontre l’impossibilité de construire le socialisme dans un seul pays, a fortiori sur une petite île des Caraïbes située à 145 kilomètres de la première puissance impérialiste du monde. C’est pourquoi, en définitive, le sort de la révolution cubaine sera tranché dans l’arène de la lutte des classes mondiale !

À bas le blocus impérialiste !

Pour l’envoi immédiat de pétrole à Cuba !

Pas touche à Cuba et à l’Amérique latine !

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