A écouter la bourgeoisie française et ses porte-voix médiatiques et politiques, une guerre directe contre la Russie est proche ! Le 18 novembre, le chef d’état-major des armées françaises en fixait même l’« horizon » à 2030. D’après l’état-major de l’armée allemande, ce serait dès 2029. La « menace russe » est devenu un élément central du discours des politiciens et des journalistes bourgeois.

Pourtant, si l’on en croit cette même presse bourgeoise, l’« ogre » russe – dixit Macron – serait en grande difficulté en Ukraine. D’après Le Monde, qui parle même d’une « avancée en trompe l’œil », l’armée russe « progresserait peu et au prix de lourdes pertes ». Le Midi Libre affirmait récemment que, faute de blindés, ses soldats montent à l’assaut dans de vieilles Lada. Ne craignant pas le ridicule, le journal britannique Mirror prétend même que les  troupes russes, affamées, ont recours au cannibalisme !

On ne sait plus quoi penser : la Russie est-elle trop faible pour conquérir le Donbass – ou est-elle si puissante qu’elle menace d’envahir toute l’Europe ? Il faudrait savoir !

En réalité, la presse soi-disant presse « libre » et « démocratique » ne cherche qu’à défendre les intérêts de la bourgeoisie impérialiste, même si cela implique de mentir et de se contredire éhontément. Or, à l’heure actuelle, la classe dirigeante française et ses propagandistes veulent, d’une part, justifier la poursuite de la guerre par procuration menée contre la Russie en Ukraine, ce qui suppose de ne pas admettre que cette guerre est déjà perdue ; d’autre part, ils veulent légitimer l’augmentation des dépenses militaires de l’impérialisme français en agitant le spectre d’une « menace russe ». C’est ce double objectif qui explique la contradiction du discours des propagandistes bourgeois vis-à-vis de la Russie.

Une « avancée en trompe l’œil » ?

Mi-décembre, l’article du Monde que nous avons cité affirmait : « "Les Russes achèvent l’année sans succès-clé, contrairement aux années précédentes. Il y a eu des avancées limitées sur le front, mais après un an les verrous de Koupiansk et de Pokrovsk ne sont toujours pas tombés", souligne une source militaire française. […] La Russie, qui occupe 20 % du territoire ukrainien, prétend ainsi avoir pris la ville de Pokrovsk, alors qu’elle n’en a qu’un contrôle partiel, selon les analystes militaires. » Une telle « analyse » semble provenir d’une réalité parallèle, tant elle contredit l’ensemble des vidéos, des faits et des preuves provenant du front ukrainien.

Dans le monde réel, l’armée russe a enchaîné les « succès » en 2025. En mars, elle a chassé les troupes ukrainiennes de l’Oblast de Koursk, en Russie. En août, elle a pris le contrôle des fortifications de la forêt de Kreminna. En novembre, elle a achevé de conquérir la ville de Pokrovsk, ce que Le Monde s’obstine à nier à l’heure où nous écrivons ces lignes. En décembre, la ville de Siversk – l’une des principales places fortes du Donbass – est tombée entre ses mains en quelques jours. De mai à septembre, les Russes ont conquis chaque mois plus de 500 kilomètre carrés de territoire ukrainien. En octobre et en novembre, plus de 700 kilomètres carrés. Et ce, alors même que ces derniers deux mois correspondent à la raspoutitsa, la « saison de la boue », qui ralentit tous les déplacements.

Le déséquilibre entre les forces russes et ukrainiennes devient chaque jour plus flagrant. L’armée ukrainienne a moins d’hommes, moins de matériel, moins de munitions que son homologue russe. Elle ne peut plus défendre efficacement toute l’étendue de la ligne de front. Pour enrayer les percées russes qui se multiplient, elle est obligée de dégarnir d’autres portions du front, ce qui ouvre la voie à de nouvelles avancées russes.

Cette situation est encore aggravée par le fait que la stratégie militaire de Zelensky est surtout dictée par des considérations de propagande. Le seul espoir de survie de son régime tient à l’aide occidentale. Or celle-ci doit être justifiée par des victoires, ou au moins par un faible nombre de défaites. Les généraux ukrainiens refusent donc de céder le moindre pouce de terrain. A Pokrovsk, ils ont refusé d’évacuer lorsqu’il en était encore temps ; ce faisant, ils ont condamné des centaines de soldats.

Les généraux ukrainiens multiplient aussi les contre-offensives sans issue, dans lesquelles ils sacrifient de précieuses troupes. Dans le nord du Donbass, l’armée ukrainienne a récemment réussi à reprendre une partie de la ville de Koupiansk. Cette « victoire » ne peut être que temporaire, mais elle a été abondement mise en scène par la propagande ukrainienne et européenne, qui tentait ainsi de détourner l’attention de la chute de Pokrovsk.

Pendant ce temps, le front craque sur plusieurs points : dans le sud, sur la rive orientale du Dniepr, où les Russes avancent vers la ville de Zaporojié ; dans le nord, dans l’Oblast de Kharkov ; dans le Donbass, où ils ont conquis plusieurs centaines de kilomètres carrés en quelques semaines et pris la ville de Guljapolje. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que l’équilibre de l’armée ukrainienne ne vacille.

Corruption massive

La situation n’est pas meilleure à l’arrière du front. Zelensky est englué dans une série de scandales de corruption. Plusieurs de ses proches – y compris deux ministres, l’ex-chef du cabinet présidentiel Andriy Yermak et son vieil associé Timour Mindich – sont accusés d’avoir détourné près de 100 millions de dollars, aux dépens notamment de la défense du réseau électrique ukrainien contre les frappes russes. Alors qu’ils sont confrontés à des coupures de courant qui durent parfois 16 heures par jour, les citoyens ukrainiens ont appris à quoi servait une partie des sommes faramineuses versées par les occidentaux. Mindich s’est même offert une cuvette de toilette en or !

L’accumulation des défaites, la corruption généralisée et les énormes pertes en vies humaines ont sapé le moral de la population ukrainienne. Un sondage récent a révélé que 76 % des Ukrainiens n’avaient plus confiance dans le Parlement, 75 % dans l’appareil d’Etat et 73 % dans le gouvernement Zelensky. Ces derniers mois, les détachements de « recrutement », qui font la chasse aux civils âgés de 25 à 60 ans pour les envoyer de force sur le front, ont été confrontés à un nombre croissant d’actes de résistance.

Contradictions impérialistes

La victoire de la Russie semble donc inéluctable. Le gouvernement américain en est bien conscient. Comme l’a expliqué son récent document de « Stratégie de sécurité nationale », l’administration Trump veut « réajuster » la présence militaire américaine dans le monde, « pour répondre aux menaces urgentes sur [le] continent [américain], et [procéder à] un éloignement des théâtres dont l’importance relative pour la sécurité nationale américaine a diminué depuis ces dernières années ou décennies ». Cela signifie notamment mettre fin à la guerre par procuration menée contre la Russie en Ukraine, afin de concentrer les forces de l’impérialisme américain en Amérique du Sud, où l’influence chinoise grandissante conteste l’ancienne suprématie américaine.

Trump cherche à négocier un accord de paix, qui devra obligatoirement prendre en compte la réalité du front. Les dirigeants russes savent que s’ils n’obtiennent pas tout ce qu’ils veulent par la négociation, ils l’obtiendront par la guerre lorsque l’armée ukrainienne s’effondrera. Ils n’ont donc aucun intérêt à signer un traité qui ne leur soit pas très favorable.

Trump met la pression sur Zelensky pour que celui-ci accepte de faire des concessions, notamment territoriales. Mais pour les dirigeants européens comme pour Zelensky, la fin de la guerre et le retrait des troupes américaines d’Europe sont des perspectives terrifiantes.

Le mandat du président ukrainien a expiré il y a bientôt deux ans. Zelensky a pu repousser les élections et réprimer ses opposants en tirant prétexte de la guerre. Il sait que la paix signifierait la fin de son règne, qui s’est révélé très lucratif pour ses amis (et sans doute pour lui-même). Il est aussi soumis à la pression des franges les plus nationalistes de son régime. Par exemple, les sympathisants fascistes organisés dans les deux corps d’armée « Azov » – qui compteraient plusieurs dizaines de milliers d’hommes – sont hostiles à l’idée même d’un accord de paix.

Quant aux dirigeants européens, ils ne veulent pas que les Américains se retirent d’Europe, car leur présence permet aux impérialistes français, allemands, etc., de jouer un rôle disproportionné au regard de leur véritable force. Le capitalisme français n’aurait jamais pu maintenir aussi longtemps sa domination impérialiste en Afrique s’il avait dû défendre lui-même ses positions en Europe. Ils cherchent donc à faire durer le conflit le plus longtemps possible, quitte à sacrifier des milliers d’Ukrainiens dans une guerre déjà perdue.

Une guerre ouverte ?

Cela signifie-t-il qu’une victoire russe en Ukraine ouvrirait la voie à une guerre ouverte entre la Russie et les Européens, comme le prétend une partie de la bourgeoisie française ? La réponse est non.

En avril dernier, déjà, nous écrivions : l’armée russe « est aujourd’hui la plus expérimentée et la plus endurcie de la planète, mais cela ne signifie pas qu’elle va se lancer dans une confrontation directe avec les armées de l’OTAN, lesquelles disposent – faut-il le rappeler – de l’arme nucléaire.

« Qu’ils soient russes, américains ou européens, les capitalistes ne font pas la guerre par principe ou par plaisir, mais pour défendre leurs intérêts impérialistes. De ce point de vue, la conquête des pays baltes serait extrêmement risquée et n’aurait pas beaucoup d’intérêt pour l’impérialisme russe, qui dispose déjà d’un accès à la mer baltique via Saint-Pétersbourg et l’enclave stratégique de Kaliningrad.

« Il serait bien plus profitable, pour la Russie, de pousser son avantage et développer son influence en s’appuyant notamment sur son gaz très bon marché – qui sera plus efficace, pour pénétrer l’Europe, que des divisions blindées. La Hongrie et la Slovaquie se sont déjà rapprochées de la Russie. D’autres pays européens suivront sans doute. »

Ce renforcement de l’influence russe – comme celui, parallèle, de l’influence chinoise – se fera au détriment des capitalistes français et allemands. Ce sont eux qui, aujourd’hui, dominent les marchés européens et exploitent les pays d’Europe de l’Est. Et loin de se préparer à combattre une improbable invasion russe de l’Europe orientale, l’impérialisme français cherche à maintenir sous son joug les pays du Sahel, la Kanaky, etc. Cela suppose de renforcer considérablement son appareil militaire.

Dans ce contexte, les propagandistes de la classe dirigeante agitent le spectre de la « menace russe » pour justifier les nouvelles dépenses militaires, mais aussi les politiques d’austérité qu’implique l’augmentation des budgets de défense.

Les dirigeants bourgeois parlent de « paix », de « liberté » et de « démocratie », mais ils orchestrent des guerres impérialistes, oppriment des peuples entiers et appauvrissent les travailleurs, tout cela pour défendre les profits d’une poignée de parasites capitalistes. La seule façon d’en finir définitivement avec cette boucherie est de renverser leur système !



Le Parti Communiste Révolutionnaire n’est soutenu par aucune grande fortune et ne touche pas de subventions publiques. Nos ressources financières proviennent intégralement de nos militants, de nos sympathisants et de nos lecteurs.

En achetant nos livres, nos brochures et notre matériel politique, vous soutenez directement notre activité et nos idées.

Commandez dès maintenant !

Tu es communiste ? Rejoins-nous !

Un membre du PCR s'implique directement dans le travail du parti. Cela signifie recruter d'autres communistes et les organiser dans des cellules communistes, tout en étudiant la théorie marxiste et en diffusant les idées communistes dans le mouvement. Le parti fournira des ressources politiques, des conseils et des outils pour t'aider dans cette activité.

Un soutien du PCR contribue à la construction du parti en payant une cotisation mensuelle, et n'est pas obligé de participer activement au travail quotidien du parti. Tu recevras un abonnement PDF au journal mensuel du parti, Révolution.

Nous sommes entièrement autofinancés. L'argent récolté nous permet de financer nos locaux, de développer notre maison d'édition et notre journal, d'imprimer des affiches et des tracts. En mettant en place une cotisation mensuelle, tu nous aideras à construire un authentique Parti Communiste Révolutionnaire !