Cykléo est chargé du service public du vélo à Grenoble. Bien que sa maison-mère, Kéolis, dégage 169 millions d’euros de profit chaque année, on assiste à une dégradation du service et des conditions de travail. Les salariés sont en grève depuis le 13 novembre. Les camarades grenoblois du PCR sont allés sur leur piquet de grève pour les soutenir et interwiever une gréviste, syndiquée à Solidaires.
Peux-tu nous expliquer ce qu’est Cykléo ?
Cykléo est la branche « cycle » de Kéolis. Nous nous occupons des 13 500 vélos loués à Grenoble. Les vélos sont entretenus par 15 mécaniciens. Quatorze agents s’occupent de la gestion des contrats et notre collègue animatrice – chargée de promouvoir les déplacements à vélo – organise une vingtaine d’animations par mois. Le marché a été attribué à notre entreprise, qui assure une mission de service public.
Pourquoi et depuis quand êtes-vous en grève ?
Nous sommes en grève depuis le jeudi 13 au matin. Nous dénonçons des conditions de travail dégradées. Nos locaux sont trop petits, nous n’avons pas de chauffage, pas de climatisation et même pas de toilettes ! Nous aurions également besoin de meilleurs logiciels, ainsi que d’outils récents et en bon état dans les ateliers.
Nous réclamons aussi l’ouverture de négociations sur nos salaires – parfois proches du seuil de pauvreté –, des embauches, davantage de moyens matériels, de meilleurs locaux et une vraie transparence dans les décisions de l’entreprise.
Enfin, nous revendiquons que les salariés puissent être couverts par la convention collective du commerce, de la réparation de l’automobile et du cycle, ce qui signifierait que nos droits, nos salaires, nos horaires et nos conditions de travail seraient encadrés légalement, avec des minima garantis et des protections réelles.
Quelle est la réaction de la direction et des élus locaux ?
Cette grève fait suite à de nombreuses revendications restées lettre morte, qu’il s’agisse des salaires, des indemnités kilométriques ou de notre prévoyance santé. On nous a même supprimé des tickets-restaurant, ce qui enlève 20 € par semaine de pouvoir d’achat !
La raison principale, c’est que le Syndicat mixte des mobilités de l’agglomération grenobloise (SMMAG), dont fait partie la Métropole de Grenoble, a passé un marché avec Kéolis pour un montant de 11 millions d’euros par an. Et pour la même somme, chaque année, on nous demande de faire toujours plus de travail, à salaire équivalent. Or, il y a de l’inflation ! Nos salaires réels baissent, nos cadences augmentent et notre matériel se dégrade, rendant nos tâches de plus en plus pénibles. Face à nous, nous avons une direction toxique qui fait la sourde oreille : elle nous dit par exemple « Moi, je ne suis pas Decathlon, je ne peux pas augmenter vos salaires parce que je suis bloqué par un marché. »
Bien sûr, la direction estime qu’il existe un dialogue social et qu’avec un comité social et économique ou quelques réponses individuelles ponctuelles, tout va bien. Ce n’est pas le cas !
Depuis 2021, notre syndicat a mené deux enquêtes sur les risques psychosociaux, qui montrent que la santé mentale des salariés se dégrade. Quand les collègues sont en arrêt, ce sont souvent de longs arrêts. La direction n’a pas réagi et ne propose que de fausses solutions : la ligne d’écoute de Kéolis où l’on peut dire que ça ne va pas, un service donnant accès à des psychologues, à des séances de relaxation ou de méditation…
Mais nous leur répétons qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Il faut embaucher, éviter les heures supplémentaires à rallonge et en finir avec les tâches qui ne figurent pas sur nos fiches de poste.
Enfin, de nombreux salariés actuellement en arrêt ne sont pas remplacés. Derrière, c’est nous qui subissons, et les usagers aussi, puisque le service n’est plus assuré correctement.
Justement, quel est l'impact de cette dégradation du service pour les usagers ?
Cela coince du côté des usagers, parce qu’avant, nous réparions un vélo dans la journée. Aujourd’hui, l’usager doit attendre 4, 5, parfois 6 jours pour le récupérer ! Globalement, la nouvelle grille tarifaire prévoit une augmentation de 5 € par mois sur tous les tarifs, sans augmenter nos salaires ni améliorer la qualité du service.
Sur les tarifs, il faut être clair : nous revendiquons le maintien du tarif social, car une part importante des usagers – étudiants, travailleurs pauvres, chômeurs – en dépend.
Le samedi 15 novembre, nous avons organisé une « vélorution » (manifestation à vélo) pour rendre notre grève visible auprès de la population. Car nous ne nous battons pas seulement pour nous : nous nous battons aussi pour eux.
Quelles sont les perspectives pour votre lutte ?
Les salariés présents aujourd’hui sont déterminés à poursuivre le mouvement. Une caisse de grève est en place et nous permettra de tenir dans la durée. Tout dépendra des réponses que l’on nous apportera. Pour l’instant, chacun se renvoie la balle : le SMMAG ne nous répond pas, estimant que ce n’est pas son rôle ; Cykléo et Kéolis n’ont aucune réponse non plus.
Un marché du vélo entraîne forcément de la précarisation, des souffrances au travail, un turn-over important et des salaires très bas. Beaucoup de travailleurs ne peuvent tout simplement pas vivre correctement. Aujourd’hui, nous revendiquons donc la création d’une société publique de transport local.
Nous appelons aussi nos collègues des autres sites de Cykléo, partout en France, à suivre notre exemple et à se mobiliser !

