Cet article a été écrit le 27 janvier 2026
Un puissant mouvement de mobilisation contre les crimes de l’ICE (l’agence américaine de lutte contre l’immigration) secoue la ville de Minneapolis et menace de s’étendre au reste du pays. Il révèle la profonde colère accumulée dans les tréfonds de la société américaine – une colère exacerbée par les crimes de l’ICE.
La campagne de terreur de l’ICE à Minneapolis
Depuis décembre dernier, 2000 agents de l’ICE sont mobilisés à Minneapolis dans le cadre de l’opération « Metro Surge », une opération anti-immigration massive ayant pour prétexte un scandale de fraude aux aides sociales dans le Minnesota. Derrière ce motif officiel, l’objectif réel est clair : terroriser les immigrés et les rendre toujours plus vulnérables pour qu’il soit encore plus facile de les exploiter.
C’est également un moyen de distraire l’attention pour Trump, dont la popularité est en déclin. Un an après le début de son second mandat, il a déçu une grande partie des espoirs que son élection avait pu susciter. La situation économique se détériore rapidement et des scandales comme l’affaire Epstein ont semé le trouble dans les rangs des partisans du président américain.
C’est dans ce contexte que le 7 janvier, Renee Nicole Good a été abattue au volant de sa voiture par un agent de l’ICE, à Minneapolis. Le crime de cette mère de famille de 37 ans ? Avoir voulu s’opposer pacifiquement à l’un des raids violents que l’ICE menait dans son quartier.
Le gouvernement prétend que Renee Good aurait tenté d’écraser un agent de l’ICE, qui aurait alors tiré en situation de légitime défense. La ministre de la Sécurité intérieure a même qualifié Good de « terroriste ». Cependant, les nombreuses vidéos et témoignages montrent que Good n’a à aucun moment mis en danger l’agent en question. Après lui avoir tiré dessus à plusieurs reprises, les agents de l’ICE ont ensuite empêché les passants, dont un médecin, de lui porter secours.
L’assassinat de Renee Good a provoqué des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays, et a donné un puissant souffle au mouvement anti-ICE. Des milliers de personnes se sont spontanément mobilisés pour défendre leurs collègues et voisins immigrés. De son côté, le gouvernement fédéral a déployé 1000 agents supplémentaires à Minneapolis.
Le 14 janvier, un agent de l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis, un homme d’origine vénézuélienne, le blessant à la jambe alors qu’il tentait de se réfugier chez lui. Puis, le 24 janvier, au lendemain d’une journée de manifestation massive, un agent de la Border Patrol (une autre agence fédérale de l’immigration) a assassiné Alex Pretti, un infirmier de 37 ans. Celui-ci s’était interposé pacifiquement, les mains en l’air, pour protéger une femme brutalisée par un agent fédéral. Une demi-douzaine d’agents se sont alors jetés sur lui, l’ont gazé, plaqué au sol et roué de coups. Ce faisant, ils ont remarqué qu’il portait une arme à la ceinture – ce qui est légal dans cet Etat, et pour laquelle il possédait un permis en règle. Ils l’ont désarmé et, alors qu’il était encore au sol et ne représentait aucune menace, l’ont abattu de dix balles tirées à bout portant dans le dos.
Encore une fois, le récit officiel du gouvernement fédéral parle d’un dangereux terroriste cherchant à « massacrer les forces de l’ordre. » Mais les nombreuses vidéos glaçantes de la scène ne laissent aucune place au doute : Pretti a été purement et simplement assassiné. À Minneapolis, la stupéfaction a immédiatement fait place à une nouvelle explosion de colère. Des affrontements avec la police et les agents fédéraux ont éclaté tandis que les appels à bloquer la ville ont redoublé.
Hypocrisie démocrate
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, et le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, tous deux démocrates, ont protesté et réclamé que les agents de l’ICE soient retirés de Minneapolis. Ils ont aussi déclaré qu’ils poursuivraient le gouvernement fédéral devant la justice. L’ancien président démocrate Barack Obama a aussi pris la parole par un communiqué, le 25 janvier : « Il revient à chaque citoyen de s’élever contre l’injustice, de protéger nos libertés fondamentales, et de faire rendre des comptes à notre gouvernement. »
C’est pure hypocrisie. Les Démocrates n’ont rien fait quand ils étaient au pouvoir pour protéger les travailleurs immigrés ou pour lutter contre le racisme. Près de 4,4 millions de personnes ont été expulsées par le gouvernement démocrate Biden-Harris entre 2020 et 2024. En 2014, lorsque les meurtres racistes d’Eric Garner et de Michael Brown par des policiers avaient provoqué un mouvement de masse, Barack Obama était à la Maison-Blanche et avait supervisé la répression du mouvement. En 2020, lors des mobilisations qui ont suivi le meurtre raciste de Georges Floyd, le gouverneur Walz a fait appel à la Garde nationale contre les manifestants. Il l’a à nouveau mobilisé ces derniers jours pour réprimer les manifestants qui protestent contre l’assassinat d’Alex Pretti.
Tout en versant des larmes de crocodile sur la mort de deux citoyens américains, le communiqué d’Obama regrette surtout… le manque de coopération entre les agences fédérales de l’immigration et la police locale. Il ne dit pas un mot sur les dizaines de milliers de travailleurs immigrés et leurs familles qui sont arrêtés au travail, à l’école, au supermarché, ou même au tribunal pendant leur audience pour obtenir leur visa ! En réalité, les Démocrates n’ont aucun problème avec le harcèlement des immigrés – tant qu’il est discret.
Il ne faut rien attendre de la part des Démocrates ou de la justice bourgeoise, dont le rôle fondamental est de protéger les capitalistes et leurs intérêts, et de maintenir l’exploitation des travailleurs. Ce sont des ennemis de la classe ouvrière américaine, au même titre que les Républicains.
Si l’aile démocrate de la classe dirigeante américaine se montre aujourd’hui particulièrement virulente contre l’ICE et Trump, ce n’est pas pour encourager le mouvement, mais au contraire pour le saboter. Ils craignent que l’attitude provocatrice de Trump ne fasse perdre à l’ensemble de la classe dirigeante le contrôle de la situation si la mobilisation continue à s’étendre. Après le meurtre d’Alex Pretti, Trump lui-même a dû lâcher du lest : certains agents de l’ICE devraient quitter Minneapolis et le directeur de la police des frontières, Gregory Bovino, aurait même été limogé.
Une réponse de classe
Ces premières victoires doivent être un encouragement pour la mobilisation. Seule la classe ouvrière est capable de mener la lutte pour défendre les migrants et repousser les provocations racistes de Trump. Elle a déjà fait la démonstration de sa force en juin dernier, lors des raids de l’ICE à Los Angeles.
Des patrouilles de surveillance se sont formées contre l’ICE dans tout Minneapolis. Malgré la violence de la répression, des milliers de personnes surveillent les moindres gestes de l’ICE, qu’ils rapportent ensuite dans des groupes Signal. Munis de sifflets, des volontaires sonnent l’alerte dès que sont repérés des agents de l’ICE. Des réunions sont organisées pour discuter de la stratégie à adopter.
Ces comités de surveillance montrent la volonté d’agir de larges couches de travailleurs, et leur grande capacité d’organisation. Désormais, la tâche consiste à coordonner ces comités à l’échelle de la ville. Beaucoup de ces groupes sont gérés par des volontaires débordés par l’afflux massif de gens cherchant à s’organiser. En élisant des délégués dans chaque comité, il serait possible de mieux communiquer et s’organiser, de planifier des actions coordonnées, et de donner une direction claire au mouvement.
Un tournant de la mobilisation a eu lieu vendredi 23 janvier. Malgré le froid glacial, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Minneapolis, répondant à l’appel de syndicats locaux, d’organisations – et même d’églises locales – pour une grande « journée d’action » contre l’ICE. Commerces, restaurants et écoles sont restés fermés. En fait, c’était là une grève générale politique d’une journée, organisée spontanément, sans la direction des grandes organisations syndicales qui se sont limitées à soutenir l’appel. Cette journée révèle la résolution d’une large couche de la population à défier l’ICE par tous les moyens à sa disposition.
C’est en paralysant le Minnesota que les travailleurs peuvent collectivement chasser l’ICE. La classe ouvrière possède une arme puissante : la capacité de paralyser l’économie par la grève. Plus de 300 000 travailleurs du Minnesota sont syndiqués au sein de l’AFL-CIO, dont 80 000 à Minneapolis. Les grandes organisations syndicales devraient mobiliser cette force et lancer une campagne pour une grève générale illimitée jusqu’au départ de l’ICE. Comme le rapportent nos camarades à Minneapolis, depuis le meurtre d’Alex Pretti, beaucoup de travailleurs parlent de « reprendre là où nous nous sommes arrêtés le 23 janvier ».
De grandes leçons sont en train d’être tirées par de larges couches de la société qui se tiennent habituellement loin de la politique. Les événements à Minneapolis révèlent l’état d’esprit combatif de millions d’Américains. Une victoire dans cette lutte montrerait la voie à suivre pour lutter contre l’ICE et contre le système capitaliste dans son ensemble !

