Ces dix thèses ont été publiées le 29 janvier par la section américaine de l'ICR.
Les événements de janvier 2026 comptent parmi les plus marquants dans l’histoire récente de la lutte des classes aux Etats-Unis. Le meurtre de Renee Good par l’ICE a déclenché un mouvement fulgurant, culminant de facto en une grève générale politique. Celui d’Alex Pretti a ensuite menacé d’étendre la mobilisation à l’échelle nationale, forçant Trump à reculer au moins temporairement. De cette expérience, on peut tirer les conclusions suivantes :
1. Les flambées soudaines et massives de la lutte des classes n’appartiennent pas au passé. Elles ne sont pas impossibles aux États-Unis, elles y sont même inévitables. Les événements du Minnesota illustrent parfaitement comment un mouvement de masse peut éclater pratiquement du jour au lendemain, à partir d’événements ayant politisé une vaste couche de la société. La quantité s’est transformée en qualité : la colère accumulée contre l’ICE au Minnesota a atteint son point critique, culminant dans l’éruption politique brutale du 23 janvier.
2. Ce sont les événements, encore les événements, toujours les événements, qui transforment la conscience des masses. L’opposition au gouvernement Trump était déjà répandue au Minnesota, mais c’est le meurtre extrajudiciaire éhonté de Renee Good qui a poussé des centaines de milliers de gens ordinaires à entrer dans l’action politique. Les couches avancées de la classe ouvrière peuvent s’instruire à travers les livres et les arguments théoriques, mais la masse des travailleurs tire ses conclusions politiques à partir des événements. Les travailleurs minnesotans ont tiré de profondes conclusions : la nécessité de s’auto-organiser, une défiance totale à l’égard (d’au moins certains secteurs) de l’Etat capitaliste, et une prise de conscience de la puissance qu’ils peuvent exercer collectivement sur l’économie. Ils ont aussi retenu les leçons des mobilisations contre l’ICE à Los Angeles et Chicago en juin et à l’automne derniers, et de l’expérience du mouvement George Floyd de 2020.
3. Le processus de radicalisation à gauche aux Etats-Unis est bien plus profond que ce que pense la plupart des gens. N’en déplaise aux médias libéraux, les travailleurs américains n’ont pas fondamentalement « viré à droite ». Si certaines couches de la classe ouvrière sont encore en train de tester le programme de Trump, une section colossale s’y oppose désormais complètement, et a basculé à gauche. L’élection de Zohran Mamdani à New York – entre autres développements symptomatiques – n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Au Minnesota, des personnes ordinaires se sont mobilisées en masse contre les détachements d’hommes armés de l’Etat capitaliste. Les réunions massives des comités de voisinage et les groupes Signal étaient, en embryon, des organes d’auto-organisation de la classe ouvrière. Certains discutaient même de la nécessité de l’autodéfense armée. Et le fait que l’idée d’une grève générale ait saisi la conscience de vastes franges de la société – bien au-delà des cercles militants – constitue un tournant dans la lutte des classes de ce pays.
4. L’administration Trump n’est ni un gouvernement fasciste ni une dictature militaro-policière en devenir : cette idée est complètement erronée. Quelles que soient ses inclinations personnelles, Trump n’a pas moyen d’établir un puissant régime bonapartiste ou fasciste. Le mouvement au Minnesota a révélé la faiblesse de son gouvernement. Face à la mobilisation organique des masses – et au risque bien réel que le meurtre d’Alex Pretti embrase le pays tout entier –, Trump a été forcé de reculer. Il a renvoyé Greg Bovino et déclaré engager une « petite désescalade ». C’est la preuve que les méthodes de lutte collective de masse adoptées dans les rues de Minneapolis et Saint Paul sont les bonnes, et que le rapport de force entre les classes aux Etats-Unis est largement en faveur de la classe ouvrière. Trump est très fort pour détourner l’attention, et il aurait préféré partir à l’offensive – mais il y a de nettes limites à ce qu’il est capable de faire.
5. La période actuelle, faite de crise et d’instabilité, révèle la véritable nature de la « démocratie » bourgeoise. La démocratie bourgeoise a toujours été une dictature de la classe capitaliste sur la majorité exploitée. Aux Etats-Unis en particulier, elle a toujours reposé sur la répression et la violence de l’Etat pour maintenir l’ordre capitaliste. Des événements comme les meurtres de Renee Good et Alex Pretti érodent les illusions : ils clarifient le véritable rôle de l’Etat capitaliste dans des millions de consciences. Ces transformations sont remarquables, dans un pays où le capitalisme et ses institutions jouissaient autrefois d’une grande légitimité.
6. Le mouvement aurait pu aller considérablement plus loin avec une direction révolutionnaire. Il y avait clairement le terreau et le potentiel pour une véritable grève générale. Il aurait été possible d’arrêter non seulement les petites entreprises, les écoles et les institutions culturelles, mais aussi les grands leviers de l’économie : les transports, l’énergie, les communications, la logistique, l’industrie, etc. Après le meurtre d’Alex Pretti, la grève aurait pu se répandre à travers le pays. Les bureaucrates syndicaux ont fait tout leur possible pour canaliser l’énergie des masses. Forcés de proclamer une « journée d’action » sous la pression de la base, ils se sont assurés de ne rien faire de plus. Il aurait fallu renforcer les comités de voisinage, les élargir aux lieux de travail, et surtout les relier entre eux – en élisant des délégués dans un comité à l’échelle de la ville, responsable devant les assemblées de masse, et capable de coordonner le mouvement. Armée de ce programme, une organisation de 500 à 1000 cadres marxistes enracinée dans les principales entreprises de Minneapolis-Saint Paul aurait pu faire toute la différence.
7. Les réformistes ne comprennent rien. A la direction des Democratic Socialists of America, dans la revue Jacobin, et dans certains recoins de la bureaucratie syndicale, les socialistes de tendance réformiste-libérale reconnaissent la lutte des classes en parole, mais soutiennent en réalité le Parti démocrate et les autres institutions de la classe dirigeante. Nostalgiques des luttes passées de la classe ouvrière américaine, ils n’ont jamais cru que de tels événements allaient se reproduire. Ils accusaient les socialistes révolutionnaires d’« attendre les événements », sans mesurer la profondeur de la crise et les inévitables convulsions qui s’annonçaient. Maintenant que le mouvement a éclaté, ils le « soutiennent », mais n’en comprennent toujours pas la signification.
8. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de lutte des classes aux Etats-Unis. Le 23 janvier n’est que l’introduction – la répétition générale – des grands événements qui s’annoncent. Le deuxième quart du XXIe siècle sera très différent du premier. A l’avenir, nous connaîtrons des mobilisations de masse, des grèves combatives, des grèves générales, et enfin une véritable situation révolutionnaire.
9. L’absence d’un parti révolutionnaire est la seule véritable faiblesse de la classe ouvrière américaine. Les 160 millions environ de travailleurs salariés des Etats-Unis constituent une puissance potentiellement inarrêtable. Mais pour réaliser pleinement ce potentiel, il lui faudra une direction digne de ce nom. Au Minnesota, la classe ouvrière a montré son immense créativité dans l’action, mais aussi les limites de sa spontanéité. Pour aller plus loin, et pour arriver à prendre le pouvoir politique et économique, la classe ouvrière aura besoin d’une direction marxiste. Il faudra un parti révolutionnaire de masse pour engager la puissance de la classe ouvrière dans la transformation socialiste de la société.
10. Un tel parti ne tombera pas du ciel. Il doit être construit consciemment, en amont des mouvements et des éruptions révolutionnaires, pour être prêt à temps. De même que la classe dirigeante consacre du temps et des ressources à former et éduquer le quartier général qui dirige son État, nous devons sérieusement préparer la direction de la classe ouvrière. Les travailleurs ont besoin d’un parti de révolutionnaires professionnels – des personnes ayant étudié en profondeur la théorie marxiste et les leçons de la lutte des classes. Tous les combattants sérieux de la classe ouvrière doivent rejoindre les Revolutionary Communists of America, pour aider à construire le parti de la future révolution socialiste américaine.

