Tout commence en 2003, dans la banlieue Lyonnaise. A Décines-Charpieu, une entreprise nommée Béton Lyonnais décide d’installer une centrale à béton au milieu d’une zone agricole. Malgré l’autorisation préfectorale obtenue par l’entreprise, il apparaissait déjà, à l’époque, que cette installation était à proximité d’un des lieux de pompage d’eau potable de la ville de Lyon, la Rubina. Un risque de pollution n’était donc pas à exclure, d’autant que ce pompage d’appoint avait déjà subi des pollutions aux hydrocarbures, par le passé.

Forage clandestin et rejet sauvage de béton

Le manque de respect de Béton Lyonnais pour les normes environnementales est devenu évident peu de temps après son installation à Décines-Charpieu. En 2010, la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) a effectué plusieurs contrôles sur le site. Elle y a constaté plusieurs infractions. Une décharge sauvage de métaux et de carcasses de véhicules avait été érigée au milieu du site. Les inspecteurs ont aussi découvert que l’eau servant à nettoyer l’intérieur des camions toupies de l’entreprise était ensuite déversée à même le sol, sans aucun traitement, au risque de polluer tout le secteur. Au fil des années, une couche solide de béton mélangé à des détritus s’est formée à l’emplacement de ces rejets.

L’année suivante, une nouvelle inspection a découvert que l’eau utilisée pour nettoyer les camions provenait d’un forage clandestin ! L’entreprise détourne en toute illégalité l’eau potable du site de pompage municipal, La Rubina, et s’approvisionne ainsi gratuitement en eau, aux dépens de la ville.

Depuis, rien n’a bougé. D’une part, le site de Béton Lyonnais n’est pas considéré comme « prioritaire » par la DREAL. D’autre part, les services administratifs chargés de donner suite aux contrôles manquent cruellement d’effectifs. Ainsi, Béton Lyonnais n’a rien changé de ses habitudes. C’est le même type de problème qui s’était posé dans le cas de l’incendie de l’usine Lubrizol, le 26 septembre 2019. A Lyon comme à Rouen, les conséquences de politiques d’austérité ont empêché un suivi réel des activités de ces entreprises – et leur ont permis de continuer à polluer et à mettre en danger les habitants.

Mobilisation de riverains

Face à la paralysie qui semblait frapper les « autorités compétentes », une mobilisation de riverains et de militants écologistes a commencé à lutter directement contre ce détournement de l’eau potable lyonnaise. Au-delà de l’utilisation illégale du pompage public et du risque de pollution de l’eau, ils signalent aussi les autres conséquences de ces activités : Béton Lyonnais déverse dans l’air quantité de résidus de ciment qui se répandent dans tout le quartier. On en retrouve dans les jardins, dans les potagers, sur les voitures, etc. Pour nettoyer les vitres de leurs véhicules, certains habitants doivent utiliser de l’acide ! Cette mobilisation de riverains a été renforcée par des militants écologistes, mais aussi par un journal d’investigation local.

La mobilisation a contraint la DREAL à inspecter à nouveau le site de l’entreprise et à constater, sans surprise, que rien n’avait changé, depuis 2011, en ce qui concerne le pompage et l’absence de traitement des eaux usées. En février 2020, l’entreprise a écopé d’une amende de… 1500 euros. C’est dérisoire au regard des économies réalisées par l’entreprise en détournant l’eau potable municipale. Surtout, aucune mesure supplémentaire n’a été prévue pour l’empêcher de continuer à polluer.

Un travail de Sisyphe

La justice n’est pourtant pas restée complètement passive sur ce dossier, puisqu’elle a passé de longs mois à instruire une plainte pour diffamation déposée par… Béton Lyonnais, contre les riverains mobilisés. Après une longue procédure judiciaire, l’entreprise a été déboutée de sa plainte en octobre dernier. Une chance pour les militants, mais surtout beaucoup de temps perdu, alors que l’entreprise continue de pomper l’eau municipale et de la déverser à tout va, une fois polluée.

Cet exemple est révélateur de toutes les affaires de pollution causée par des entreprises capitalistes, qu’elles soient grosses ou petites. Les mobilisations de riverains et de militants peuvent faire localement avancer les choses pour un cas spécifique de pollution. Mais cela reste un travail de Sisyphe face à un système qui favorise et protège les pollueurs. Béton Lyonnais pille sans autorisation une ressource publique et pollue le quartier, mais elle peut compter sur la mansuétude de la « Justice » envers le patronat – et sur le sabotage, par l’Etat, des services de protection de l’environnement. Coupes budgétaires et réductions d’effectifs se succèdent à un rythme aussi soutenu que celui des annonces « environnementalistes » des gouvernements bourgeois successifs.

On peut multiplier les mesures environnementales contre la pollution, elles resteront lettre morte tant qu’il n’y aura pas assez de personnes chargées de les faire appliquer et tant que le marché capitaliste continuera de favoriser les pollueurs. En clair, on ne peut pas lutter contre la pollution sans lutter aussi contre le capitalisme.

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