Article écrit en 2008, pour le 70e anniversaire de la mort de Léon Sédov, assassiné par les bourreaux de Staline.


Léon Sedov, le fils de Léon Trotsky, était un combattant de premier plan dans la lutte pour la défense des idées authentiques du communisme, face à la bureaucratie stalinienne en URSS et à la dégénérescence politique de l’Internationale Communiste. Il est mort il y a 70 ans, le 16 février 1938, victime d’un guet-apens meurtrier organisé et exécuté par le GPU, la police politique de Staline. Comme des centaines de milliers de militants révolutionnaires, en URSS et à travers le monde, Léon Sedov a payé de sa vie, sous la main des bourreaux de Staline, son dévouement à la cause de la classe ouvrière.

Léon Sedov est né en 1906, alors que son père est incarcéré, dans la forteresse Pierre et Paul, pour son rôle dans la révolution russe de 1905. Exilé en Sibérie, Trotsky s’évade. Il s’installe en France, d’abord à Sèvres, puis à Paris, avec sa femme Natalia Sedova et Sedov. L’activité internationaliste de Trotsky contre la guerre entraîne son expulsion du territoire français, en 1916. Après un passage en Espagne et aux Etats-Unis, la famille parvient enfin à regagner la Russie pendant la révolution, en mai 1917.

En 1923, à l’âge de 17 ans, Sedov s’engage aux côtés des « oppositionnels » qui, dans le Parti Bolchevik, luttent contre l’orientation bureaucratique prise par Staline, Kamenev et Zinoviev, entre autres. Il devient l’un des principaux dirigeants de l’Opposition dans les rangs du Komsomol (Jeunes Communistes).

Début 1928, Trotsky est de nouveau sur le chemin de l’exil, cette fois-ci sous le coup de la répression bureaucratique dirigée par Staline. Sedov et sa mère Natalia Sedova font le choix de le suivre. A partir d’Alma-Ata, au Kazakhstan, c’est Léon Sedov qui met en place les liaisons nécessaires à la poursuite de la lutte idéologique dans le Parti et l’Internationale. Ainsi, Trotsky a pu se renseigner sur l’impact de sa célèbre Critique du projet de programme, au 6e Congrès de l’Internationale, en 1928, dans laquelle il défendait les idées et le programme de l’internationalisme contre la théorie du « socialisme dans un seul pays ». Sedov prend en charge l’organisation matérielle de la vie des déportés et l’organisation des liens entre les militants en exil. Après l’expulsion de son père vers la Turquie, en février 1929, Sedov s’occupe de la collecte d’informations et de la correspondance en provenance des prisons et des lieux d’exil des communistes qui s’opposent à la dérive bureaucratique du régime soviétique. Il s’occupe également de la rédaction du Bulletin de l’Opposition et de son expédition clandestine en URSS.

En février 1931, Sedov quitte la Turquie pour gagner Berlin. Dans le contexte extrêmement dangereux de la montée du fascisme hitlérien, il jouera un rôle central dans l’organisation de la section allemande de l’Opposition. Il organise, dans ces mêmes conditions, un réseau clandestin de liaison et de transport de documents entre Berlin et l’URSS. A plusieurs reprises, il échappe de justesse aux griffes des miliciens fascistes.

Il s’installe à Paris en avril 1933, et prépare la venue de son père, qui séjourne en France entre juillet 1933 et juin 1934, date à laquelle il est de nouveau expulsé du territoire, cette fois-ci vers la Norvège. Sedov poursuit son travail pour le Bulletin et participe à la section française de l’Opposition. Il fonde le Comité de lutte contre la répression en URSS.

Le premier « procès de Moscou » s’ouvre en août 1936. Sedov, avec son père, occupe une place centrale dans l’échafaudage de calomnies et de mensonges construit autour des accusés. Dans son Livre Rouge du procès de Moscou, Sedov démonte, point par point, la toile de falsification tissée autour des victimes du procureur Vychinsky. Mais l’étau meurtrier de Staline se resserre autour de Sédov. Et il le sait. « En faisant de moi l’un des principaux accusés des deux procès, écrit-il peu avant sa mort, Staline poursuit un but précis. Il est probable qu’il ne s’en tiendra pas à des accusations. Je veux donc prévenir l’opinion publique que je ne suis nullement enclin à me suicider ou à disparaître. Si quelque chose m’arrivait, c’est du côté de Staline et non ailleurs qu’il faudrait en rechercher la cause. »

En 1935, un certain Mordka Zborowski, connu sous le nom d’Etienne, s’infiltre dans la section française des partisans de Trotsky, avec pour mission de se rapprocher de Sedov et de surveiller ses mouvements. Un autre agent du GPU, Lola Estrine, assure à mi-temps le secrétariat de Sedov, qui est traqué jour et nuit. Deux autres agents du GPU, Smirenski et Ducomet, occupent un appartement au 28 rue Lacretelle (Paris 15e), qui jouxte celui de Sedov, au 26. En janvier 1937, informés par Zborowski, les agents Smirenski, Ducomet et  Renata Steiner attendent Sedov dans un hôtel à proximité de la gare de Mulhouse, où ce dernier a pris rendez-vous avec un avocat. Mais finalement, Sedov ne se rend pas à Mulhouse. Il échappe sans doute ainsi à la première tentative de l’assassiner. Mais ce n’est que partie remise. Un an plus tard, suite à d’intenses douleurs abdominales et suivant les conseils d’« Etienne » Zborowski, Sedov commet l’erreur de se faire opérer dans une clinique russe du 16e arrondissement de Paris. La clinique abrite plusieurs agents du GPU, dont le directeur de l’établissement. L’intervention chirurgicale se déroule bien. Mais étrangement, après quatre jours de convalescence normale, Sedov sombre brusquement dans un état de délire. Son état de santé physique se dégrade brusquement. Il meurt le 16 février 1938.

Peu après la mort de son fils et camarade, Trotsky écrivit : « De cette génération aînée, dans les rangs de laquelle nous sommes entrés à la fin du siècle dernier, sur la route de la Révolution, tous, sans exception, ont été balayés de la scène. Ce que n’ont pu faire les bagnes du tsar, la déportation rigoureuse, les besoins des années d’émigration, la guerre civile et les maladies, Staline l’a fait au cours des dernières années, comme le fléau le plus malfaisant de la révolution. Après la génération aînée, a été anéantie la meilleure partie de la génération suivante, c’est-à-dire celle qu’a suscitée 1917 et qui a reçu sa formation dans les 24 armées du front révolutionnaire. Léon lui-même n’y a échappé que par miracle : grâce au fait qu’il nous a accompagnés en déportation et ensuite en Turquie. […]

« Avant de le tuer, ils firent tout pour calomnier et noircir notre fils aux yeux des contemporains et des générations à venir. Staline et ses acolytes essayèrent de transformer Léon en agent du fascisme et en partisan secret d’une restauration capitaliste en URSS, en organisateur de catastrophes de chemin de fer et en assassin d’ouvriers. Grands furent les efforts de ces crapules ! Des tonnes de boue thermidorienne tombent sur sa jeune image sans y laisser une seule tache. Léon était essentiellement un être humain d’une propreté et d’une honnêteté transparentes.

« II n’avait rien à se reprocher, rien à cacher. L’honnêteté morale était le fil conducteur de son caractère. II servait sans fléchir la cause des opprimés et, en cela, il restait fidèle à lui-même. Des mains de la nature et de l’histoire, il est issu homme d’une trempe héroïque. Face aux grands et terribles événements qui s’approchent, nous aurons besoin de tels êtres. »

Léon Sedov est enterré au cimetière de Thiais, en banlieue parisienne. Révolution rend hommage à son combat, à son exemple, à sa vie consacrée tout entière à la cause du socialisme.

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