Aux origines de la Marche des Fiertés


En France comme dans de nombreux pays du monde, le mois de juin est celui de la Marche des Fiertés, parfois appelée Pride, un nom qui met en valeur les origines américaines de cet évènement. C’est en effet aux Etats-Unis qu’ont eu lieu pour la première fois ces Marches : le 28 juin 1970, 2000 personnes se rassemblent dans la ville de New York pour manifester. D’autres rassemblements ont lieu dans quelques villes américaines. Ils commémorent tous l’anniversaire des émeutes de Stonewall, un an auparavant, et sont avant tout une manifestation de la colère des Américains homosexuels, bi ou transgenres, en lutte pour leurs droits.

Dans les années 1960, les lois américaines sont extrêmement homophobes. A New-York, il est interdit de se travestir, de danser entre hommes dans les bars ou de servir de l’alcool aux homosexuels. Les rares lieux où la communauté LGBT+ peut se retrouver sont souvent tenus par la mafia et sont fréquemment le théâtre de descentes de police. C’est le cas du Stonewall Inn, un bar situé dans le quartier de Greenwich Village.

Radicalisation

Le 28 juin 1969, à plus d’une heure du matin, la police entre dans le Stonewall Inn pour procéder au contrôle de toutes les personnes habillées avec des vêtements féminins. Mais ce soir-là, les clients refusent ces contrôles humiliants et s’opposent aux consignes des agents. Alors commencent deux jours d’émeutes où la police fait face à la résistance et à la colère d’une foule qui atteint plus de 1000 personnes, notamment des personnes transgenres et des travestis d’origine portoricaine ou afro-américaine, particulièrement frappés par la pauvreté et le racisme – en plus des lois homophobes et transphobes.

On ne sait pas qui a lancé la première pierre lors des émeutes de Stonewall. Ce qui est certain, c’est leur caractère révolutionnaire et leur influence dans le militantisme LGBT+ : un mois plus tard, des activistes américains fondent le Front de Libération Gay (GLF), qui défend des positions anticapitalistes et soutient la lutte du Black Panther Party. De manière générale, la société américaine de l’époque est marquée par d’importants mouvements de masse contre la ségrégation raciale, en faveur des droits des femmes et contre la guerre au Vietnam. A la fin des années 60, ils se radicalisent – notamment en réaction à la répression qu’ils subissent.

Ces luttes s’inscrivent dans un rejet massif du capitalisme et de ses conséquences, partout dans le monde. Le mouvement LGBT+ ne fait pas exception. Des organisations similaires au GLF voient le jour dans plusieurs pays, comme le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR), fondé à Paris en 1971. On peut certes critiquer le programme et la stratégie de ces organisations, qui étaient confus. Mais ils mettaient en évidence la dimension révolutionnaire des luttes LGBT+. Des militants se sont également employés à tisser des liens avec la classe ouvrière, passant outre les préjugés et l’hostilité plus ou moins affichée des grandes organisations du mouvement ouvrier.

Solidarité de classe

L’exemple de Mark Ashton, rendu célèbre par le film Pride, en 2014, est particulièrement intéressant. Lors de la Marche des Fiertés de Londres, en 1984, ce militant communiste lance une caisse de grève au profit des mineurs britanniques, alors engagés dans une lutte massive. Ashton insiste sur la nécessité d’un combat commun contre le gouvernement Thatcher et contre le capitalisme. A travers le Royaume-Uni se développe alors une forte mobilisation des gays et des lesbiennes en soutien aux mineurs en grève, qui réciproquement envoient une importante délégation de mineurs à la Marche de 1985. Suite à ces événements, les syndicats britanniques ajoutent à leur programme la défense des droits LGBT+.

La lutte des groupes LGBT+ a permis quelques avancées, en contraignant le système bourgeois à adopter certaines réformes : en France, par exemple, l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie depuis 1981, et le mariage est possible pour les couples homosexuels depuis 2013. Mais de nombreuses discriminations – dans les lois, les administrations et la vie quotidienne – persistent et font chaque jour des victimes : les jeunes LGBT+ ont ainsi 2 à 7 fois plus de risques d’effectuer une ou plusieurs tentatives de suicide au cours de leur vie que le reste de la population. Par ailleurs, les actes homophobes ont également augmenté, ces dernières années.

Dans la société capitaliste, aucun droit n’est définitivement acquis. En période de crise, la classe dirigeante n’hésite pas à s’appuyer sur les éléments les plus réactionnaires de la société, qui cherchent toujours des boucs émissaires. Pour conserver nos droits et en gagner de nouveaux, il faut radicalement changer de système. L’homophobie n’a pas toujours existé et il n’y a aucune raison qu’elle perdure dans une société débarrassée de l’exploitation et fondée sur la coopération. Le mouvement LGBT+ doit renouer avec son passé révolutionnaire. Dans la même approche de classes, la lutte contre l’homophobie et la transphobie doit être une préoccupation de l’ensemble du monde ouvrier.