En France, une hausse des prix entraîne une baisse du pouvoir d’achat et de plus en plus de difficultés pour boucler les fins de mois. Mais dans certains pays, c’est de famine et de morts qu’il s’agit.

Une personne meurt de faim toutes les quatre secondes. 1,1 milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour (« extrême pauvreté »). Ils en dépensent 90 % pour leur nourriture. Pour eux, l’augmentation des prix de la nourriture est une catastrophe.

Quatre multinationales se partagent 90 % du commerce mondial des céréales. Selon le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), chaque vache de l’Union Européenne reçoit 3 dollars de subvention par jour, alors que 40% des Africains vivent avec moins de 1 dollar par jour.

Fin mars, les prix du blé et du riz avaient doublé par rapport à ceux relevés un an plus tôt. Le prix du maïs a augmenté de plus d’un tiers. Le prix des denrées alimentaires a augmenté de 53 % au cours des quatre premiers mois de l’année 2008 par rapport à la même période de 2007. « Pour la seule année 2007, les chiffres de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO) montrent une hausse de 80 % pour les produits laitiers et de 42 % pour les céréales. » (L’Humanité, mai 2008).

Les gens mangent des galettes d’argile pour se remplir le ventre. Des manifestations violemment réprimées ont éclaté dans les pays les plus pauvres. A Haïti, où en une semaine le sac de riz est passé de 35 à 70 dollars, des scènes de pillage ont eu lieu, des commerces ont été dévastés, les émeutes ont provoqué des morts et des blessés. Le gouvernement n’a pas pu résister : le Premier ministre, Jacques Edouard Alexis, a démissionné.

En avril 2008, les « émeutes de la faim » ont secoué plus de 35 pays : l’Egypte, le Maroc, l’Indonésie, les Philippines, Haïti, le Nigéria, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mozambique, la Mauritanie, le Sénégal, le Burkina-Faso, Madagascar, etc.

Les instances internationales (l’ONU, la Banque Mondiale, l’OMC ...) ne s’y sont pas trompées. La révolution russe de 1917 a commencé par des manifestations de femmes réclamant « du pain ». Elles ont entraîné tout le peuple... Déjà Flaubert, au XIXe siècle, disait : « Ah ! La faim ! La faim ! Ce mot là, ou plutôt cette chose-là, a fait des révolutions ; elle en fera bien d’autres ! ». Au Mexique, en 2007, la flambée des cours du maïs a provoqué la « révolte de la tortilla », base de l’alimentation nationale.

Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations-Unies, expliquait récemment : « Dans les pays pauvres, la situation était déjà épouvantable en temps normal. A présent, je redoute une colère populaire qui rappellerait la prise des Tuileries pendant la Révolution française. Tout peut arriver. »

Donc, la menace – pour leur système – a été prise au sérieux par les capitalistes. Mais ils sont impuissants à régler le problème. Le 3 juin, un Sommet mondial sur la sécurité alimentaire s’ouvrait à Rome, au siège de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). En trois jours, les 192 états membres devaient s’accorder sur des réponses à la crise. Mais chacun a défendu ses propres intérêts ! Ainsi va le capitalisme. Le sommet s’est achevé sans engagement concret. Il a juste permis de beaux effets d’annonce, en versant des larmes de crocodiles. « Dans certains pays parmi les plus pauvres au monde, l’augmentation des prix peut faire la différence entre avoir un repas quotidien et devoir se passer de nourriture », a dit M. Bush. Il a promis un milliard de dollars – lui qui en a déjà dépensé 3000 milliards dans la guerre en Irak !

De son côté, le directeur de la Banque Mondiale a annoncé que cette institution avait l’intention de porter à six milliards de dollars son « effort » dans le secteur de l’agriculture, l’an prochain. Quand on connaît les sommes perçues par le remboursement de la dette de tous les pays pauvres ! L’ensemble de la dette du « tiers-monde » s’élève à plus de 2500 milliards de dollars, avec des taux d’intérêt de 16 %...

En outre, toutes ces aides sont intéressées. Elles ont des contreparties. Comme l’écrivait L’Alsace à propos du Programme Alimentaire Mondial, qui a débloqué 1,2 milliard de dollars, « même l’aide est “calibrée” pour bénéficier avant tout aux producteurs du Nord : par exemple, les Américains paient le Programme Alimentaire Mondial en nature, ce qui leur permet d’écouler leurs surplus, de continuer à subventionner leurs agriculteurs... et ainsi de concurrencer les pays producteurs pauvres sur le marché mondial ».

On comprend aisément que ces « aides » n’enrayeront pas le processus engagé. C’est un système en faillite qui se révèle ici. Seul un système socialiste permettra d’en finir avec les famines et toutes les manifestations de l’extrême pauvreté.

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