E n 2009, les cinq plus grandes banques françaises ont réalisé 11 milliards d’euros de profit. Ce chiffre était deux fois plus élevé qu’en 2008. En 2010, le chiffre a encore doublé, ou presque, pour atteindre 21 milliards !

Les banques ne produisent pas de richesses. Elles font de l’argent avec de l’argent, en pratiquant l’usure et la spéculation financière à une échelle phénoménale. Ce sont des parasites. En 2008, lorsque la « bulle spéculative » des crédits bancaires – dans l’immobilier et bien d’autres secteurs – a éclaté, les banques se sont tournées vers les Etats pour se renflouer. Dès son élection, en 2007, Sarkozy justifiait ses attaques contre les retraites, l’éducation, la santé et l’ensemble des services publics par le fait que les caisses publiques étaient « vides ». Mais comme par miracle, des dizaines de milliards ont été trouvés pour les banques. Quand la spéculation génère des profits, les banques les gardent. Quand elle occasionne des pertes, c’est l’Etat qui compense !

Après avoir spéculé sur la dette de la Grèce et de bien d’autres pays, les dirigeants des banques exigent des mesures implacables pour réduire les dépenses publiques. Moins on dépense d’argent sur la santé ou les retraites, plus il y en a pour renflouer les banques. Nous connaissons aussi l’avarice des banques dans la gestion des comptes des particuliers. Les commissions et charges punitives imposées aux particuliers – en hausse constante – leur rapportent des sommes colossales. Chez LCL, par exemple, elles représentent 47 % de son chiffre d’affaires dans ce secteur. Chaque mois, pratiquement tous les salaires des travailleurs sont versés en premier lieu non pas aux salariés eux-mêmes, mais aux banques, qui usent et abusent de cette manne gigantesque pour s’enrichir.

Le programme du Front de gauche

Le programme de Révolution réclame la nationalisation de toutes les banques, des assurances et des organismes de crédit. Ce programme ne fait pas encore l’unanimité dans le mouvement ouvrier, ni même au Parti Communiste. Pendant des années, la direction du PCF n’a plus réclamé de nationalisations. Elle a même approuvé les privatisations réalisées sous le gouvernement Jospin. Jusqu’à un passé récent, les résolutions des sections et fédérations du parti qui réclamaient la nationalisation des banques étaient systématiquement écartées par les instances dirigeantes.

Le programme du Front de gauche, L’Humain d’abord, reprend en substance les idées et propositions du PCF au cours de la dernière période. Ce programme propose de mettre « sous contrôle social » les banques capitalistes qui « ne respecteraient pas la nouvelle réglementation en matière de lutte contre la spéculation… ». C’est une formulation assez saugrenue. Peut-on imaginer une banque capitaliste luttant contre la spéculation ? Le programme propose aussi la « mise en réseau » des banques nominalement publiques – comme la Caisse des Dépôts, la Banque Postale et le Crédit Foncier – ainsi que « la nationalisation de banques et de compagnies d’assurances. » On lit bien : «  de banques  » et pas «  des banques  ». Là encore, c’est trop vague. Après tout, il n’y a pas beaucoup de banques ! L’essentiel du secteur bancaire privé est entre les mains de cinq banques. Lesquelles faut-il nationaliser ? Lesquelles faut-il laisser aux capitalistes ? Et suivant quels critères ?

L’expérience du gouvernement Mitterrand

Des camarades nous rappellent parfois que Mitterrand a nationalisé des banques et que cela n’a « rien changé ». En effet, les nationalisations réalisées sous le gouvernement PS-PCF de 1981-1984 n’ont pas fondamentalement modifié le fonctionnement de l’économie. Mais ceci s’explique par la manière dont ces nationalisations ont été réalisées. Ces banques «  publiques  » fonctionnaient de la même façon qu’avant et étaient dirigées par des serviteurs éprouvés des intérêts capitalistes. Elles étaient en concurrence entre elles et avec les banques demeurées privées. Elles s’engageaient dans des opérations spéculatives et dans des affaires politico-financières – voire militaires, en Afrique et ailleurs – avec autant de cynisme et de rapacité que n’importe quelle autre banque privée.

Effectivement, nous ne voulons pas renouveler cette expérience. Mais elle ne devrait pas nous inciter à jeter le bébé avec l’eau de bain. Il faut nationaliser différemment. Nous devons nationaliser toutes les banques, toutes les compagnies d’assurance et tous les organismes de crédit. Il faut consolider les différentes banques capitalistes en une seule banque nationale, qui, véritablement publique, ne sera pas cotée en Bourse et ne participera pas aux activités spéculatives des marchés financiers. Elle offrira aux usagers un service de haute qualité et supprimera toutes les charges et commissions abusives. L’unification des banques doit se faire avec le maintien intégral des emplois du secteur et mettre un terme à la gestion oppressante des employés, à la précarité des contrats, etc. Par ailleurs, il faudra mettre en place un véritable « contrôle social » des activités et de la gestion de cette banque nationale, en impliquant les pouvoirs publics, les salariés du secteur bancaire et les syndicats. Il faut également exproprier les propriétaires des compagnies d’assurance privées et en faire une seule société d’assurance nationale couvrant tous les types d’assurances, en mettant fin aux arnaques et aux abus qui caractérisent la gestion des assurances capitalistes.

Ces nationalisations doivent se faire sans indemniser les grands propriétaires et actionnaires. Seuls les « petits porteurs » qui en auraient besoin seraient indemnisés. On n’indemnise pas des voleurs. Enfin, à elle seule, la nationalisation du seul secteur bancaire ne permettrait pas de planifier démocratiquement l’économie. Pour cela, il faudrait aussi nationaliser l’essentiel du secteur industriel et commercial, toujours sous contrôle démocratique, et supprimer la Bourse. Sur cette base, on pourrait en finir avec le capitalisme et avancer vers la complète émancipation sociale des travailleurs de ce pays – et donner un bon exemple à suivre au reste de l’Europe !

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