L’université du Mirail (Toulouse) est sous tension depuis plus d’un an à cause du projet IDEX-UT, qui vise la fusion du Mirail avec une fac de sciences et deux écoles d’ingénieurs. Il n’est pas étonnant que les syndicats montent à l’assaut lorsqu’on voit le résultat dans les universités qui ont accepté la fusion : hausse des frais d’inscription, sélection, masters « d’excellence » à plusieurs milliers d’euros l’année, suppression de postes. Les initiateurs du projet tablent sur le manque de moyens, dans les universités, pour qu’elles l’acceptent.

En effet, accepter la fusion est l’unique moyen pour les universités de Toulouse de retrouver leur label « d’excellence » et l’argent qui va avec. Mais cela inclut son lot de joyeusetés. Par exemple, un Conseil d’Administration (CA) de 30 membres – dont 13 « personnalités extérieures » (des patrons locaux) – sera chargé de répartir l’enveloppe commune pour financer les différentes filières. On se doute bien que le patronat préférera investir dans les écoles d’ingénieurs plutôt que dans les sciences sociales enseignées à Jean Jaurès.

Le projet a été imposé le 12 décembre dernier par Daniel Lacroix au CA, grâce à l’utilisation de sa voix prépondérante. Rappelons que Daniel Lacroix avait été élu Président de l’université en assurant qu’il s’y opposerait. Il s’était également engagé à respecter l’issue du référendum qui s’est tenu les 6 et 7 décembre – et qui a donné une large victoire au « non ».

Puisque le Président ne pouvait pas respecter le résultat, il a dû passer en force. Ce déni flagrant de démocratie a mis le feu aux poudres et a mobilisé les étudiants et le personnel de la fac. Cette mobilisation a été grandement dynamisée par le personnel, qui s’est prononcé contre la fusion et s’est massivement mis en grève. Depuis la rentrée de janvier, les Assemblées Générales (AG) rassemblent entre 800 et 1200 personnes. Une grosse partie de l’administration et deux bibliothèques du campus sont en grève.

Fait remarquable : les grévistes ont ajouté à leurs revendications le retrait du plan étudiant (loi Vidal) et de la réforme du baccalauréat. Les étudiants et personnels refusent catégoriquement le principe de sélection et réclament des moyens à la hauteur des enjeux dans les universités. La fac du Mirail se retrouve en position de fer de lance de la mobilisation nationale contre les « réformes » de Macron dans l’éducation. L’université a été totalement bloquée par les grévistes les 1er et 6 février. La manifestation du 1er février a rassemblé pas moins de 2200 personnes à Toulouse, majoritairement des étudiants.

A l’heure où nous bouclons ce journal (fin février), la mobilisation marque le pas. Les AG se succèdent sans perspective de victoire. Le mouvement peine à attirer plus de monde et semble avoir atteint un plafond de verre – alors que, pourtant, la majorité des étudiants soutient les revendications des grévistes. Cependant, les mobilisations à venir, notamment celles des cheminots et des fonctionnaires, pourraient relancer la dynamique, beaucoup d’étudiants comprenant la nécessité d’une convergence des luttes contre le gouvernement Macron.

Les différents projets de loi dans l’Education visent à soumettre le parcours scolaire des jeunes aux attentes du marché de l’emploi. La classe dirigeante ne veut plus payer des études aux futurs chômeurs ; elle veut maximiser ses investissements. Seuls ceux qui pourront servir leurs intérêts sur le marché de l’emploi auront accès à un enseignement de qualité. Les autres seront relégués dans des universités poubelles dites « de proximité », voire n’auront pas accès à l’enseignement supérieur. Tout cela est à remettre en perspective avec le projet plus global du gouvernement de balayer toutes les conquêtes de la classe ouvrière. Seul un front uni étudiants-travailleurs pourra mettre le gouvernement en déroute.

Charles Royer (étudiant au Mirail)

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