Le salaire étudiant fut l’une des revendications avancées lors de la mobilisation contre la loi Travail, dans les AG qui se tenaient sur les facs. Elle est régulièrement défendue par l’UNEF, sous la forme d’une « allocation d’autonomie », mais aussi par Solidaires Etudiants et l’Union des Etudiants Communistes (UEC). Cette revendication rencontre en général un écho positif parmi les étudiants, car elle apparait comme une possible réponse à leur précarité croissante.

Les étudiants et la crise

Pour les étudiants, la perspective de recevoir une allocation financière dès le début des études est naturellement intéressante, en particulier pour les étudiants non boursiers. C’est que la situation financière des étudiants ne cesse de se dégrader, comme le montre l’enquête de l’Observatoire de la Vie Etudiante publiée en décembre dernier. On y apprend qu’un étudiant sur deux est obligé de travailler pour payer ses études. Le salaire est devenu la première source de revenus des étudiants (33 % d’un budget, en moyenne), devant les aides publiques (31 %) et l’assistance des familles (25 %). Les loyers élevés et le manque de logements sociaux contraignent beaucoup d’étudiants à rester au domicile parental (61 % des étudiants en Ile-de-France, 44 % en province). Faute de moyens, 30 % des étudiants renoncent à se soigner au moins une fois par an.

L’embrouille du « salaire universel »

Pour autant, le « salaire étudiant » est-il une bonne revendication ? Cela mérite réflexion. D’abord, il faut relever que l’idée d’un « salaire de base » ou d’un « revenu universel » est reprise, ces derniers temps, par des politiciens réactionnaires tels que Manuel Valls ou Nathalie Kosciusko-Morizet. Il y a donc anguille sous roche ! Et pour cause : ils y voient l’occasion de liquider, au passage, des minimas sociaux ou des aides telles que les APL, les allocations chômage, etc. Ils restent d’ailleurs très vagues sur le montant d’un tel « revenu universel ». On peut parier qu’il serait faible et que cette somme viendrait se substituer aux aides existantes, provoquant une baisse drastique des revenus.

Bien sûr, ce n’est pas du tout la démarche de l’UNEF, de Solidaires Etudiants et de l’UEC. Mais indirectement, cela souligne les limites de la revendication d’un salaire étudiant, qui ne règlerait aucun des problèmes fondamentaux qui sont à l’origine de la précarité des étudiants : manque de logements étudiants, loyers exorbitants dans le privé, faiblesse du système boursier, difficultés d’accès aux soins…

Quelles revendications ?

Il nous faut des revendications qui répondent bien à ces problèmes. Nous devons lutter pour un vaste plan de construction de logements étudiants publics et de qualité. Il faut en finir avec la privatisation rampante de l’enseignement supérieur. L’accès à l’université doit être gratuit, tout comme l’accès au système de santé. Les restaurants universitaires sont souvent bondés, ce qui pousse nombre d’étudiants à manger ailleurs (et mal) ; il faut en accroître les capacités d’accueil et en construire de nouveaux. Enfin, le système boursier doit être revu à la hausse et ouvert à un nombre beaucoup plus élevé d’étudiants. Des centaines de milliers d’étudiants sont exclus du système boursier alors que leurs parents ont des revenus modestes – mais pas assez modestes au regard des barèmes du CROUS. Cela se joue parfois à quelques euros ! C’est absurde et cela doit changer.

Par rapport au « salaire étudiant », ces quelques revendications – parmi d’autres – présentent trois avantages : 1) elles mettent l’accent sur les problèmes structurels du système ; 2) elles permettent de tenir compte de l’inégalité des situations familiales des étudiants, car notre priorité n’est pas de verser un « salaire étudiant » aux enfants de millionnaires – qui, parfois, sont déjà « rentiers » lorsqu’ils arrivent en licence ! ; 3) ces revendications concernent aussi les travailleurs et permettent donc une lutte commune des travailleurs et des étudiants contre l’austérité, le manque de logements publics, les problèmes d’accès aux soins…

Etudiants, travailleurs : unis contre le capitalisme !

Ce troisième point est très important et doit être replacé dans le contexte économique actuel. Du fait de la crise du capitalisme français, la classe dirigeante met à l’ordre du jour des contre-réformes drastiques. A plus forte raison, elle ne cèdera rien de substantiel qui ne sera pas arraché par de grandes luttes. Le mouvement étudiant doit donc chercher sans cesse, dans ses mots d’ordre et ses méthodes d’action, la plus large unité avec le mouvement ouvrier. Enfin, les revendications du mouvement étudiant doivent être liées à la nécessité d’en finir avec le capitalisme lui-même, dont la crise rend impossible une amélioration durable des conditions d’études et de travail.  

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