Dans sa plus grande majorité, la jeunesse actuelle n’a connu que la crise, « la guerre contre le terrorisme », la précarité de la vie et la destruction de nombreuses conquêtes sociales du mouvement ouvrier. Elle n’a pas connu la guerre froide et la chute du stalinisme. Elle constate tous les jours que les belles promesses du système – la paix, la prospérité et le progrès social garantis par une croissance infinie du marché – n’étaient que des mensonges, tout au moins des illusions. Elle est témoin de la faillite d’un système incapable de lui offrir autre chose que l’inquiétude du lendemain, la précarité et le racisme institutionnalisé. Ce n’est certes pas le cas pour tous les jeunes. Pour une petite minorité de jeunes bourgeois, « le système fonctionne bien ». Mais pour l’immense majorité des jeunes, l’avenir est sombre et angoissant.

Etudes et précarité

Depuis de nombreuses années, le nombre d’inscriptions dans l’enseignement supérieur ne cesse d’augmenter. Cette année, 65 000 étudiants supplémentaires se sont inscrits à l’université. Malgré tout, il existe toujours une forte ségrégation sociale touchant les enfants des classes les plus pauvres, auxquels les portes de l’université demeurent en grande partie fermées. Pour ceux qui les franchissent, toutes sortes d’obstacles – dont la faiblesse des bourses et des aides diverses – débouchent sur des taux d’échecs importants : près de 50 % dès la première année. Si une grande partie de la jeunesse a effectué un passage dans l’enseignement supérieur (université, IUT, BTS, etc.) ou dispose au moins d’un diplôme de niveau BAC, moins de 50 % des jeunes de 20 ans sont encore scolarisés.

N’en déplaise aux partisans du « c’était mieux avant », le niveau de connaissances générales a augmenté et intègre de plus en plus de compétences spécifiques (langues, informatique). Alors pourquoi ce sentiment – justifié – que les diplômes valent de moins en moins sur le marché du travail ? Ce n’est pas parce qu’ils sont « bradés » et moins sélectifs, comme on nous le répète à longueur de journée ; c’est parce que le système capitaliste, qui jusqu’à récemment avait besoin d’une main-d’œuvre toujours plus qualifiée, n’en a plus besoin d’autant. Le système recule aussi dans ce domaine.

Confrontée à la plus grave crise du capitalisme depuis les années 30, si ce n’est de son histoire, la bourgeoisie doit licencier massivement pour maintenir ses taux de profits. Le patronat organise donc la concurrence entre formations, entre futurs salariés. De ce fait, le niveau de diplôme n’est plus une protection efficace contre le chômage, qui explose chez les moins de 30 ans. Ceci explique en partie les hausses d’inscription dans l’enseignement supérieur (majoritairement des nouveaux bacheliers), mais ce n’est pas le seul facteur. En effet, avec l’explosion du chômage de masse, l’immense majorité des jeunes ayant fini le cycle secondaire (à 16 ou 18 ans) n’ont que peu de choix : parvenir à trouver un emploi au terme d’une formation ; tenter leur chance à l’université où ils pourront éventuellement bénéficier d’aides sociales (bourses) et du statut étudiant ; enfin la galère des petits boulots et de la précarité permanente. Pour la plupart, ce choix n’en est même pas un ; beaucoup d’étudiants sont contraints de se débrouiller entre les petits boulots, le chômage et les bourses. Près d’un étudiant sur deux est ainsi contraint de travailler pour financer ses études, se loger et se nourrir pour, au final, n’être même pas sûr de trouver un emploi stable et correspondant à son niveau de qualification. La frontière entre études et salariat est donc de plus en plus mince – et avec elle la frontière entre salariat et précarité.

Une révolte qui couve

L’ambiance morose et l’idéologie cynique et résignée que diffuse ce système pourrissant ont un effet sur la jeunesse comme sur l’ensemble de la société. Il leur semble souvent qu’il n’y a pas d’alternative. La chute de l’URSS n’a-t-elle pas montré qu’il était impossible de sortir du capitalisme, de changer la société en profondeur ? Pourtant la révolte gronde parmi les jeunes. Dans une enquête publiée par Le Monde en 2014, la question était posée à des milliers de jeunes : « Est-ce que vous participeriez à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? ». 61 % d’entre eux répondaient par l’affirmative. Chez les intérimaires, ce chiffre passait à 66 %, à 60 % chez les étudiants et à 54 % chez les salariés en CDI.

De même, les explosions de colère sociale dans les quartiers, les mobilisations de solidarité contre la violence policière ou le racisme d’Etat, montrent que la résignation n’est que « de façade ». Sous la surface, la remise en cause du système est de plus en plus fréquente et explique aussi l’abstention massive parmi les jeunes. Ainsi, au premier tour des dernières élections régionales de décembre dernier, 76 % des 18-24 ans et 65 % des 25-34 ans ne se sont pas déplacés pour voter. (D’après une enquête Ifop et Fiducial). Cela n’exprime pas un désintérêt des jeunes pour la politique en général, mais plutôt un rejet du système politique actuel, de ses représentants – ou du moins une méfiance à leur égard.

En France, pour le moment, la colère de la jeunesse couve ; elle ne s’exprime pas dans des mobilisations de masse. Mais cela peut changer du jour au lendemain. Ce qui manque, c’est l’occasion de se rallier à une cause juste et un mouvement qui semble déterminé à balayer le vieux monde, comme Podemos en Espagne ou le mouvement autour de Corbyn en Grande-Bretagne. Une telle force peut naître de mobilisations de masses sur le terrain électoral ou dans les rues. Tous les combats isolés doivent être réunis, liés dans une lutte commune, menés aux côtés de toutes les victimes du capitalisme, à commencer par les travailleurs. C’est à cette condition que la jeunesse pourra trouver sa place, aux premiers rangs de la lutte contre un système agonisant.  

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