Un nouvel « accord » a été proposé en janvier par Donald Trump, élaboré avec son conseiller (et gendre) Jared Kushner. Cette « Vision pour la paix », annoncée en grande pompe comme l’« Accord du siècle », n’est pas un accord – et n’a rien à voir avec la paix. Il vise à donner toute latitude à la classe dirigeante israélienne dans sa colonisation des terres palestiniennes.

Cet « accord » a reçu l’assentiment enthousiaste du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, mais aussi du principal opposant politique de Netanyahou : Benny Gantz. Si Netanyahou et Gantz sont des rivaux sur la scène politique israélienne, ils tombent parfaitement d’accord lorsqu’il s’agit d’opprimer les Palestiniens.

Par contre, aucun représentant palestinien n’a été reçu par Trump, en amont de « l’accord ». Et pourtant, les gouvernements israélien et américain exigent des autorités palestiniennes qu’elles le soutiennent ! C’est très improbable, compte tenu de son contenu extrêmement défavorable aux Palestiniens. Le secrétaire général de l’OLP, Saeb Erekat, résume ainsi la situation : « Ce plan va transformer l’occupation temporaire en occupation permanente. »

Un plan inacceptable

La « Vision pour la paix » concoctée par l’administration de Trump n’est qu’une longue liste d’exigences et de mesures humiliantes et scandaleuses, du point de vue des Palestiniens. Selon ses termes, les dirigeants palestiniens devront reconnaître les annexions de terres palestiniennes par les Israéliens ; ils devront aussi renoncer à toutes réclamations ou objections sur la façon dont Israël en prendra le contrôle. En fait, ils devront renoncer à toute revendication territoriale.

Les meilleures terres de la vallée du Jourdain, la mer Morte et la rivière du Jourdain seront contrôlées par Israël. La poursuite de la colonisation des terres expulsera 360 000 Palestiniens vivant en Israël, les privant de leur citoyenneté et de leurs droits. Ceci pourrait provoquer un exode massif de Palestiniens vers la Jordanie.

En outre, Jérusalem devra être reconnue comme la capitale « indivisible » d’Israël, après l’annexion totale de Jérusalem-Est par Israël. En « échange », Israël donnera aux Palestiniens le village d’Abus Dis – cantonné dans les faubourgs de Jérusalem-Est –, qui deviendrait la nouvelle capitale de la Palestine.

La Palestine ne sera qu’une succession de parcelles dispersées sur le territoire israélien (comme c’est déjà le cas), mais connectées par un réseau de tunnels. Le plus important tunnel sera celui reliant la Cisjordanie à Gaza. La Palestine ne pourra pas disposer d’armée, y compris pour contrôler ses propres terres, et devra imposer le désarmement de toutes les factions palestiniennes. Dans les faits, « l’accord » exige que les Palestiniens reconnaissent et approuvent le régime d’occupation militaire par Israël.

Cependant, dans sa grande bonté, Israël consent à donner aux Palestiniens un accès aux ports d’Haïfa et d’Ashdod. Mais dans les faits, ces ports seront totalement sous le contrôle des autorités israéliennes, donnant de facto le pouvoir au gouvernement israélien de les ouvrir ou de les fermer à sa guise.

Les dirigeants palestiniens devront accepter une clause de « non-retour » des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967. Et comme si tout cela ne suffisait pas, les dirigeants palestiniens devront supprimer les allocations versées aux familles de prisonniers politiques palestiniens – ou de Palestiniens qui ont été tués ou mutilés par l’armée israélienne, lorsqu’ils résistaient à l’occupation israélienne.

Si les dirigeants palestiniens acceptaient un tel « plan », ce serait perçu comme une trahison totale par les masses palestiniennes. Par conséquent, les dirigeants palestiniens ne peuvent pas accepter cet accord. Ou alors, on doit s’attendre à une révolte générale dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, qui pourrait même se répandre jusqu’en Israël.

Quelle solution ?

Ce soi-disant accord, comme les précédents, montre l’impasse totale de la solution dite des « deux Etats », sur la base du capitalisme. Deux Etats totalement indépendants basés sur le capitalisme ne verront jamais le jour. La classe dirigeante israélienne ne le permettra pas. La solution du problème ne peut résider que dans le renversement du capitalisme israélien et des régimes arabes despotiques environnants, c’est-à-dire par une politique révolutionnaire capable d’unir les classes ouvrières juive et arabe contre leur ennemi commun.

Sur la base d’une telle perspective, il serait possible de construire une Fédération socialiste du Moyen-Orient, au sein de laquelle chaque nation aurait à la fois l’autonomie la plus complète et le droit à l’auto-détermination. Une patrie pourrait être garantie à la fois aux Juifs et aux Palestiniens.

Sur une période de plusieurs années, une Fédération socialiste permettrait un développement économique rapide. L’élévation du niveau de vie des masses formerait la base matérielle d’une collaboration et d’une coopération harmonieuses entre tous les peuples du Moyen-Orient. Comme l’expliquait Lénine, la question nationale est, en dernière analyse, une question de pain. Une fois les problèmes économiques éliminés, le conflit national disparaîtra progressivement.