Ces dernières années, en Pologne, le gouvernement réactionnaire du PiS (Parti Droit et Justice) a mené des offensives répétées contre le droit à l’avortement, sous la pression de l’Eglise catholique. Chaque fois, la résistance à ces attaques a pris la forme de manifestations massives, composées pour l’essentiel de jeunes femmes et de travailleuses.

La date du 22 octobre, cependant, a marqué un tournant. La Cour Constitutionnelle a déclaré illégaux les avortements dus à une anomalie fœtale, soit 95 % de ceux pratiqués dans le pays. Dans le même temps, sous prétexte de pandémie, le gouvernement interdisait tout regroupement de plus de cinq personnes. L’objectif, bien sûr, était d’empêcher la mobilisation.

La tactique du gouvernement a complètement échoué. Depuis le 22 octobre, de gigantesques manifestations – composées de femmes et d’hommes – balayent le pays sans discontinuer.

Ce mouvement dépasse de loin celui de 2016 (pour l’accès à l’avortement), à la fois quantitativement et qualitativement. Le 28 octobre dernier, lors d’une journée de « grève nationale des femmes », la police elle-même dénombrait 430 000 manifestants répartis dans 460 rassemblements.

Cette explosion de colère s’explique par l’humiliation continue que le gouvernement du PiS inflige aux femmes, aux personnes LGBT, à la jeunesse et aux travailleurs en général. A cela s’ajoute la profonde récession qui frappe le pays.

Partie des grandes villes, la mobilisation a gagné les petites villes rurales, malgré la répression policière. On y scande : « C’est la guerre ! » et « J’aimerais pouvoir avorter mon gouvernement ! ». Les travailleurs participent massivement à la contestation, y compris sous la forme de grèves.

Jaroslaw Kaczynski, dirigeant du PiS, a lancé un appel à « défendre l’Eglise à tout prix ». Il incite l’extrême droite – dont le parti Konfederacja (Confédération) – à attaquer les manifestations. Plusieurs agressions fascistes ont eu lieu. Cependant, l’extrême droite est très minoritaire. 74 % de la population s’oppose à l’arrêt anti-avortement. Le niveau de conscience des masses grandit à vue d’œil.

Strajk Kobiet, l’organisation à l’origine de la mobilisation, demande la démission du gouvernement et la formation d’un « conseil consultatif » composé « d’experts » et de « démocrates ». Cela peut sembler raisonnable, à première vue. Mais qui seront les « experts » en question ? Les mêmes qui ont dirigé la restauration du capitalisme en Pologne à partir de 1990 ? Des libéraux et des universitaires qui ne jouent aucun rôle dans le mouvement actuel ?

Les véritables « experts » sont les travailleurs eux-mêmes : ils savent comment faire fonctionner leur entreprise ; ils sauront diriger la société – aux côtés des étudiants, des retraités, des chômeurs et de toutes les couches opprimées de la population. Dans l’immédiat, le mouvement de protestation doit être organisé en un grand parti indépendant, soutenu par l’ensemble du mouvement ouvrier.

Le gouvernement compte sur l’usure du mouvement. L’arrêt liberticide a été suspendu le 4 novembre. Mais à la réouverture du Parlement, le 18 novembre, une version édulcorée de projet de loi contre l’avortement sera de nouveau à l’ordre du jour. Le combat n’est pas terminé !

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