Depuis sa création le 17 janvier 2014, le parti Podemos s’est imposé sur l’échiquier politique espagnol de manière spectaculaire. Quelles en sont les raisons, d’où vient ce parti et quelles sont les perspectives que nous pouvons dresser ?
(Résumé d'un article publié en février 2015 sur
In Defence of Marxism).


Misère et chômage pour la population, profits et opulence pour la classe dirigeante

Depuis 10 ans, les attaques contre la classe ouvrière sont sans précédent. Les coupes dans les budgets de la santé, de l’éducation, de la culture et des services publics sont incroyablement violentes, et se doublent d’attaques contre les conditions de travail, le droit du travail et même les droits démocratiques. Une des dernières lois adoptées interdit de prendre en photo ou de filmer la police lors des manifestations, une manière de rendre la répression policière quasi inattaquable.

Le chômage touche plus d’un quart de la population, les emplois nouvellement créés sont payés entre 20 et 40 % de moins que l’année précédente. Pour 34 % des salariés, le salaire est inférieur à 645 euros par mois. La situation est catastrophique pour l’immense majorité de la population. L’Espagne est désormais le deuxième pays de l’UE qui a le plus d’enfants vivant dans la pauvreté. C’est aussi le deuxième pays de l’UE (après la Lituanie) où les inégalités sont les plus importantes. Alors que le pouvoir d’achat a baissé de 17 % depuis la crise de 2008, les 100 espagnols les plus riches ont augmenté leur fortune personnelle de + 9,4 % en une seule année : cela représente 164 milliards d’euros, soit l’équivalent de 15,6 % du PIB de l’Espagne – sans compter l’évasion fiscale qu’on ne connaît pas.

Alors que le marché intérieur se contracte et que le marché extérieur est en stagnation à la limite de la récession, cette opulence scandaleuse contraste violemment avec la misère du reste de la population. Les coupes dans la santé, les allocations et le reste des services publics de plus en plus violentes sont présentées aux Espagnols comme étant justifiées à cause de la dette publique atteignant 100 % du PIB ; mais elles ne font qu’aggraver la pauvreté existante en la généralisant.

Pour sauver l’économie espagnole, il faudrait une croissance mondiale importante, ce qui est exclu. En conséquence, cela signifie davantage de coupes et de misère pour la population, mais davantage de bénéfices pour la classe dirigeante qui, de facto, s’enrichit avec la crise.

4 ans de lutte de la classe ouvrière espagnole

Depuis 4 ans, la classe ouvrière espagnole est mobilisée : contre l’austérité et les coupes qui l’accompagnent, contre la répression policière et judiciaire, contre le chômage de masse, les expulsions et les saisies immobilières. Mouvements sociaux, grèves générales et manifestations de masse ont jeté des millions d’Espagnols dans la rue. Pour certains c’était leur première participation. Aujourd’hui plus d’un quart de la population nationale reconnait avoir participé à une grève ou à une manifestation.

Beaucoup d’expérience a été accumulée grâce à tous les mouvements sociaux de cette dernière période. Que ce soit avec le mouvement des Indignés en 2011-2012, la marche des mineurs et les deux grèves générales de 2012 ; ou encore en 2014 avec la Marche de la Dignité, la manifestation en Catalogne pour le droit à l’autodétermination et le soulèvement du quartier de Gamonal à Burgos. Les plateformes nationales de lutte contre les évictions et les saisies immobilières ou celles contre la répression policière et judiciaire brassent des milliers d’activistes. Or ces organisations n’ont été créées ni par les partis ni par les syndicats. C’est l’indication qu’une couche croissante de travailleurs et de jeunes est à la recherche d’une alternative politique pour la transformation sociale de la société. Au total ce sont plusieurs millions de personnes mobilisées et organisées, qui dès lors ont rompu avec le régime. Ces luttes ont éveillé les consciences. La confiance et les illusions dans le système capitaliste ont été brisées. 

Au final, malgré ces mobilisations de masse, la situation n’a pas changé, et la lutte sociale a montré ses limites. En réalité, la crise économique du système capitaliste est tellement profonde qu’elle ne permet plus de stopper ou même de défendre les conquêtes sociales. Les attaques contre la classe ouvrière — qui touchent aussi la partie inférieure de la petite bourgeoisie — sont impératives pour les capitalistes afin de maintenir leurs profits et leur domination économique. Dans le même temps, ils pillent les caisses de l’Etat grâce à la corruption et aux cadeaux fiscaux qu’ils s’attribuent en passant par leurs représentants politiques.

Dégénérescence des partis socialistes en Grèce et en Espagne

La colère accumulée contre ce système injuste, qui affame et qui exploite violemment, a transformé la lutte sociale en une lutte politique consciente pour la transformation radicale de la société. En général, quand les masses entrent dans l’arène politique, elles ont tendance à se tourner en premier vers les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier. En temps de crise économique profonde, la polarisation des masses se retrouve à l’intérieur des organisations politiques et syndicales de gauche, où un processus interne fait apparaître deux grandes tendances : l’une représente les aspirations de la classe ouvrière, l’autre les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie liée à la classe dirigeante, aux capitalistes. La lutte entre ces deux tendances peut conduire à une scission comme ce fût le cas dans les années 20 pour une grande majorité des partis socialistes, et qui donna naissance aux partis communistes. Des situations similaires se sont produites dans les années 30 et 70, les deux grandes dernières vagues révolutionnaires mondiales avant celle-ci. Mais cette tendance générale n’est pas à prendre en tant que dogme, qui serait valable n’importe où et dans n’importe quelle situation.

Cependant, dans certains pays nous assistons à un phénomène particulier que nous devons expliquer. Les vieux partis socialistes, pendant des décennies, ont eu un soutien électoral écrasant. Mais alors que la Grèce et l’Espagne vivaient une des plus grandes tourmentes économique et sociale de leur histoire contemporaine, les directions des partis socialistes ont pleinement participé aux politiques d’austérité et aux attaques contre la classe ouvrière, refusant d’être l’expression du mouvement de classe. Aucune voix significative ne s’est élevée pour s’y opposer. Et à l’intérieur de ces partis, aucune tendance de gauche n’a émergé de manière significative, ce qui dans le cas du Pasok, a provoqué son effondrement. 

Ce qui veut dire – du moins en ce qui concerne la Grèce et l’Espagne – que ces partis ont tellement dégénéré qu’ils en ont perdu leurs liens avec la classe ouvrière. Ils sont si profondément impliqués dans l’appareil d’Etat qu’ils y ont été avalés. Et ce processus a atteint un tel degré, qu’ils n’ont pas été en capacité d’être le reflet du mouvement des masses et de la rage de la classe ouvrière. Dans le cas de la Grèce, le processus est presque terminé. En Espagne, bien que nous ne puissions l’affirmer de manière certaine, le PSOE [1] semble suivre la même voie que le PASOK.

Rendez-vous manqué pour Izquierda Unida

En 2012, la rapide ascension en Grèce de Syriza, devenue la principale formation politique, a attiré l’attention des travailleurs du monde entier. En Espagne, ils se sont naturellement tournés vers Izquierda Unida (IU) [2]. Avant les législatives de novembre 2011, les intentions de votes pour IU étaient de 7 %. A l’automne 2012, elles étaient de 16 %. C’était là un moment clé pour IU, qui aurait pu émerger comme une force d’opposition claire contre l’establishment, en avançant des revendications radicales, et en portant l’espoir d’un réel changement pour des millions de personnes qui, au même moment, défilaient dans la rue.

Malheureusement, la direction d’IU ignora cette situation nouvelle qui s’ouvrait. Elle ne rompit pas avec ses vieilles habitudes et, au contraire, renforça ses liens avec l’establishment. Les intérêts matériels de ses élus au niveau régional et municipal prirent le dessus. Ainsi, en Andalousie, ils rejoignirent la coalition avec le PSOE, et s’associèrent à la politique d’austérité menée. En Estrémadure, dans le sud-ouest du pays, ils apportèrent leur soutien à la droite, au PP [3], mis en minorité dans le gouvernement local. Enfin à Madrid, un scandale de corruption impliqua les dirigeants locaux d’IU qui avaient été nommés au conseil d’administration de la banque la plus importante de la région (Bankia).

Par conséquent, au début de l’année 2013, le soutien à IU arrêtera de croître dans les sondages d’opinion. Non seulement ce parti fut perçu comme pleinement intégré au système, mais surtout la direction stoppa net le virage à gauche entamé une année plus tôt. Dans ces conditions, le parti fut incapable de lancer un seul slogan radical pouvant inspirer et enthousiasmer les masses. Et l’« aile gauche » à l’intérieur d’IU ne mena pas de bataille idéologique publique sérieuse à l’encontre de la direction nationale. En conséquence, la couche la plus active des masses ne trouva pas dans IU l’alternative qu’elle cherchait. En conséquence, lorsqu’un nouveau parti apparut avec la volonté de transformer radicalement la société et qui exprimait clairement leur état d’esprit, leur haine de classe et leur rage, toutes ces personnes rejoignirent Podemos avec beaucoup d’enthousiasme.

Création et développement de Podemos

Le développement de Podemos est le reflet de la situation économique et sociale pleine de turbulences que traverse l’Espagne. Paradoxalement, ce ne sont pas les meneurs du mouvement social qui sont à l’origine de la création de Podemos. Ce sont des journalistes militants et des universitaires – pour la plupart proches d’IU – et qui se sont regroupés autour de Pablo Iglesias. Ils ont été rejoints par l’Organisation Anticapitaliste de Gauche, par des militants du Front Civique de Julio Anguita (ancien porte-parole national d’IU), et ont bénéficié du soutien du journal en ligne Publico (détenant une large audience dans les rangs des militants de gauche). Ainsi, dès son lancement, Podemos a attiré une large couche de militants (du secteur social et des syndicalistes), ayant participé, sur les réseaux sociaux, à la diffusion des mouvements tels que celui du 15-M des Indignés.  

En fait Podemos a émergé et s’est développé à cause du vide idéologique dans le mouvement ouvrier et la gauche. L’existence de Podemos n’est que la conséquence de l’incapacité pour la direction d’Izquierda Unida d’émerger en tant que point de référence ayant une autorité morale et politique suffisante.

Il faut préciser ici que, si Podemos a réussi à avoir un soutien de masse, dans les conditions politiques et sociales que nous avons décrites, ce n’est pas uniquement grâce aux bonnes intentions du groupe de militants qui l’ont créé. Car sinon, n’importe quel petit groupe de militants courageux pourrait réussir à créer un mouvement de masse à partir de rien. Des éléments déterminants sont nécessaires : un porte-parole, une tribune, une plateforme permettant de toucher des millions de personnes. Comme ces accidents historiques qui arrivent par nécessité, ce porte-parole et cette plateforme réussirent à se retrouver à la télévision. Pendant 18 mois, Pablo Iglesias participa régulièrement aux débats et aux émissions télévisés ayant une large audience. Ses idées radicales pénétrèrent les salons des foyers de millions de familles pendant des mois de manière fréquente, et se connectèrent à l’humeur de rage, de malaise et d’indignation qui existait. En l’espace de peu de temps, Podemos organisa à travers le pays des douzaines de meetings, de réunions publiques, ainsi que des douzaines de sections locales qui rassemblèrent plusieurs milliers de personnes. À la suite de son succès aux élections européennes du 25 mai 2014, le mouvement connut une croissance explosive.

Podemos et la question nationale

L’un des effets les plus positifs de l’émergence de Podemos et de Guyanem à Barcelone, fut de stopper net le dangereux processus de division entre les ouvriers catalans et basques du reste de la classe ouvrière espagnole. La campagne très courageuse et déterminée des dirigeants de Podemos en défense du droit à l’auto-détermination a montré, pour la première fois, aux habitants de la Catalogne et du Pays basque qu’il existe une force politique en Espagne qui soutient et respecte leurs droits démocratiques. Grâce à Podemos, les tentatives de scissions et de divisions au sein de la classe ouvrière soutenues par la droite espagnole et les bourgeois nationalistes basques et catalans, furent déjouées.

Nécessité d’une clarification idéologique

Depuis le départ, les principaux porte-paroles de Podemos ont rendu hommage au formidable mouvement révolutionnaire se déroulant en Amérique Latine de ces dix dernières années. Les expériences de la Révolution Bolivarienne au Venezuela, de la Révolution Citoyenne en Equateur, ainsi que les processus similaires en Bolivie et en Argentine, ont eu un impact important sur le façonnement de leurs idées politiques et organisationnelles.

Comme ces mouvements, ils utilisent le nom de « Cercles » pour leurs sections locales, ainsi que l’idée du « peuple contre l’oligarchie », dans laquelle la classe ouvrière est dissoute dans la « nation opprimée », aux côtés de petits propriétaires et hommes d’affaires qui font face à une oligarchie soutenue par l’impérialisme.

D'autre part, ils ont expliqué qu'ils refusent de décrire leur mouvement comme étant « de gauche » — bien qu'ils se décrivent comme tels au niveau individuel — faisant valoir que la dichotomie « gauche-droite » ne peut pas réunir la majorité de la population et que le terme de « gauche » peut refouler de potentiels partisans issus d’un environnement de droite. Au lieu de cela, ils parlent de « l'unité du peuple ».

De notre point de vue, ces camarades ont une application mécanique des idées et des formes organisationnelles latino-américaines, qui ne sont pas appropriées pour l’Europe et en particulier pour l’Espagne.

Pour commencer, la majorité des pays latino-américains ont une composition sociale plus complexe qu’en Espagne. Ils sont, en général, plus « arriérés » en ce qui concerne le développement économique capitaliste, et dans la plupart des cas, ils sont contraints d’être de simples exportateurs de matières premières de par la division internationale du travail dominée par l’impérialisme. Dans la plupart de ces pays, la principale division de la société en classes, entre les travailleurs et les capitalistes, ne s’est pas développée complètement, et elle est combinée à des formes économiques et sociales qui mélangent des éléments capitalistes et coloniaux. A cela s’ajoute un exode rural important vers les villes, créant une importante population urbaine pauvre, vivant dans les banlieues des grandes villes, au chômage ou sous-employée.

C’est la raison pour laquelle « la gauche » latino-américaine nationaliste a une base matérielle sur laquelle se développer et jouer quand même un rôle progressiste dans la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme. Par conséquent, le nationalisme d’un travailleur ou d’un paysan, vénézuélien ou mexicain, joue un rôle utile dans la mobilisation contre le saccage et le pillage de leurs pays par les multinationales étrangères — aidées par les élites locales.

Cependant l’Espagne reste un pays impérialiste — même de second rang. La classe ouvrière représente près de 80 % de la population active alors que la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine sont une petite minorité de la population. L’Espagne n’a pas de réserves significatives de matières premières ou de ressources naturelles exposées au pillage de multinationales étrangères. Ici la conscience de classe est considérablement développée parmi les travailleurs et n’est pas influencée par des sentiments d’exploitation impérialiste, mais par l’exploitation de « ses propres » capitalistes et banquiers.

En réalité, le nationalisme espagnol se nourrit du vieux passé impérial décadent de l’Espagne du XVIe au XIXe siècle, de l’exploitation et des pillages que les multinationales espagnoles imposent aujourd’hui aux pays latino-américains et nord-africains. Il a comme base une tradition réactionnaire qui a l’habitude de s’opposer aux droits démocratiques des Catalans, des Basques et des Galiciens, et de nier le droit à l’auto-détermination. Jamais dans notre histoire contemporaine, la classe ouvrière ou les couches exclues de la population ne se sont mobilisées pour la justice sociale sous la bannière du nationalisme espagnol. C’est même le contraire.

En vérité, le nationalisme « de gauche » latino-américain ou le nationalisme « des peuples » a également montré ses limites. Malgré tout, dans ces pays, la classe ouvrière est la seule classe pouvant diriger la nation oppimée contre le capitalisme et l’impérialisme, comme ce fût le cas pour la Russie de 1917, qui était aussi un pays arriéré opprimé par l’impérialisme. Au Venezuela, en Equateur, en Bolivie ou en Argentine, le nationalisme des « peuples » ne sera pas capable de faire tomber le joug du capital étranger et national sans l’expropriation de ceux-ci sous contrôle ouvrier.

Par ailleurs, l’idée que la qualification d’un mouvement comme « de gauche » serait un obstacle pour gagner le soutien d’une majorité significative de la population est fausse. Les gens ne se laissent pas guider par des labels dans leurs choix politiques, mais par le contenu concret du programme et des politiques d’une organisation.

Le programme de Podemos

La classe dirigeante espagnole et européenne était déjà dans une panique hystérique avant les élections municipales et régionales, mais depuis, c’est du délire. Elles tentent de terrifier la population en avançant la menace d’un désastre économique si Podemos applique son programme. Celui-ci consiste à revenir sur les contre-réformes réactionnaires du PP sur le travail ; augmenter les taxes pour les riches et faire la chasse aux fuites de capitaux ; ramener l’âge de la retraite à 65 ans ; baisser le prix de l’électricité ; augmenter le budget de la santé et de l’éducation ; diminuer du temps de travail sans perte de salaire afin de favoriser le plein emploi ; condamner à la prison des élus corrompus et la saisie de leurs biens ; ainsi que d’autres mesures de ce type. Toutes ces mesures sont progressistes et nous les soutenons sans réserve ; elles permettront d’aller dans le sens du soulagement de la souffrance de millions de personnes.

Les médias bourgeois sont alarmistes sur une possible crise économique qui serait causée par un gouvernement Podemos. Quand on sait et qu’on voit les ravages causés par ladite crise qui existe déjà depuis plus de 5 ans, c’est une blague de mauvais goût.

5,5 millions de personnes sont sans emploi, 750 000 familles n’ont aucune source de revenus, 300 000 familles ont été victimes des saisies immobilières. 300 000 jeunes ont été contraints d’émigrer. L’écrasante majorité des contrats sont payés 600 euros par mois et occasionnels, de courte durée, parfois de quelques jours ou semaines. N’est-ce pas déjà un désastre économique ?

Des dizaines de milliers d’heures supplémentaires demeurent impayées ; les retraites et minima sociaux sont gelés ; les hôpitaux, les écoles et les universités sont sans moyens. C’est déjà un désastre, mais c’est le « nôtre », celui que nous endurons avec nos familles.

Est-ce que les riches et les puissants doivent affronter un désastre ? Ont-ils peut-être renoncé à leurs bonus de millionnaires et fait le même sacrifice exigé aux familles de la classe ouvrière ? Pas du tout. Les grandes entreprises se portent très bien et dégagent + 64 % de bénéfices, tandis que le secteur bancaire table sur 10 milliards de profits pour 2015, taux le plus haut depuis 2010.

Le programme de Podemos, même avec ses limites, ne peut être mis en œuvre qu’à condition que les riches et grands patrons ne soient forcés de renoncer à leur part prise sur les profits massifs dans le but de régler les besoins sociaux les plus urgents. Voilà « leur » panique et le « désastre » dont ils parlent.

Perspectives pour un gouvernement de Podemos

La perspective d’un gouvernement « d’unité nationale » est avancée (à voix basse) par certaines personnalités membres du PSOE et du PP. Toutefois, il s’agit toujours de la dernière carte avancée par la classe dirigeante et elle fera attention à ne pas l’utiliser trop tôt si elle peut l’éviter. Il pourrait y avoir un gouvernement du PSOE ou du PP minoritaire avec le soutien d’autres partis après les législatives de novembre prochain.

Si un gouvernement minoritaire est formé, il sera certainement faible et instable, et ne durera pas longtemps. Cela pourrait ensuite ouvrir la voie à une grande coalition incluant le PP, le PSOE et peut-être la droite populiste avec UpyD et Cuidadanos, ainsi que le soutien des bourgeois nationalistes basques et catalans.

Un tel gouvernement serait immédiatement très impopulaire. Sa politique ne serait que la continuation des mesures d’austérité, déjà discréditées. Il est peu probable qu’un tel gouvernement puisse terminer son mandat. A coup de mouvements sociaux, de répression, de stagnation économique, de corruption, de scandales, etc., une situation intolérable se développerait qui conduirait à des élections anticipées.

Dans une telle situation, il est quasiment inévitable qu’un gouvernement de gauche ne soit formé avec Podemos, peut-être en coalition avec d’autres forces telles qu’IU.

L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement Podemos, seul ou en coalition avec d’autres forces de gauche, déclencherait une énorme vague d’enthousiasme. Un tel gouvernement devrait faire face aux pressions opposées de la classe dirigeante et des salariés.

Dès le premier jour, la classe dirigeante lancerait des attaques, fuite des capitaux, fermetures d’usines, pour tenter de mettre le gouvernement à genoux. Au même moment, toutes les revendications démocratiques des masses, comme le droit à l’auto-détermination pour la Catalogne et le Pays Basque, un référendum sur la monarchie et la séparation complète de l’Eglise et de l’Etat seraient avancées.

Podemos serait face à un choix : avancer vers un programme socialiste d’expropriation de la classe capitaliste, ou battre en retraite sous la pression du Capital, trahissant ainsi son mandat.

La nécessité d’un courant marxiste – Podemos por el Socialismo

Nous pensons qu’il est absolument vital pour le mouvement d’avoir une clarté politique et idéologique au sujet des tâches que l’histoire nous impose. C’est une nécessité urgente de construire un réseau ou un courant marxiste à l’intérieur de Podemos : un courant marxiste avec l’objectif, non pas de rejoindre la cohue qui se livre bataille pour des postes, mais de contribuer à fournir les outils nécessaires et les propositions les plus utiles dans le but de se battre contre l’exploitation et l’injustice sociale. Les camarades de Lucha de Clases (Lutte des Classes), ont créé la plateforme Podemos por el Socialismo, comme cercle de discussion.


[1] PSOE : Parti Socialiste Ouvrier Espagnol

[2] Izquierda Unida (IU) : coalition créée en 1986 par différents partis de gauche avec le Parti Communiste d’Espagne qui y prédominait

[3] Parti Popular : le principal parti conservateur des capitalistes

 

Amis lecteurs ! Pensez à nous soutenir – soit en vous abonnant à notre journal, soit en faisant un don.