En mai dernier, le Parti populaire au pouvoir en Espagne a décidé de réduire de plus de 60 % les subventions à l’industrie minière, alors que l’Espagne importe le double de sa production en charbon et que des stocks importants stagnent dans le port de Gijon, à la disposition des spéculateurs. Après les 40 000 emplois déjà détruits dans l’industrie minière au cours des 20 dernières années, 8000 emplois directs sont menacés dans le secteur – et plus de 30 000 autres dans les secteurs dépendants.

La réalisation du plan des capitalistes espagnols signifierait la mort économique des régions des Asturies et du León, où le chômage atteint déjà le taux de 24 %. Au plan national, 52 % des jeunes sont privés d’emploi.

La grève des mineurs espagnols déclenchée le 23 mai est devenue une grève illimitée le 1er juin. 10 000 travailleurs ont manifesté à Madrid pour défendre leur emploi. Le 18 juin, les travailleurs étaient appelés par les CCOO et l’UGT à une grève générale. Le 11 juillet, la marche noire sur Madrid rassemblait plusieurs centaines de milliers de personnes.

La lutte des mineurs une question de survie. La revendication première des grévistes est le maintien de leur emploi et donc de leurs conditions de vie. Mais le mot d’ordre de nationalisation était présent sur beaucoup d’affiches et dans les manifestations.

Durant ces évènements, les Asturies et le León sont devenus le théâtre de véritables combats quotidiens entre, d’un côté, les mineurs et leurs familles, et de l’autre, la police dépêchée par le pouvoir pour mater la grève. Après les premiers affrontements qui ont fait reculer les forces de « l’ordre », un retour en force de la répression s’est abattu sur plus de cent villages. Ils y ont mis les grands moyens : matériel anti-émeute, brouillages des communications téléphoniques, tirs directs contre les grévistes, arrestations musclées, violences physiques pendant les incarcérations. Le soutien de la population a exposé femmes, enfants et personnes âgées aux mêmes brutalités. En face, les travailleurs ont mis en place des barricades, ont bloqué des routes et les chemins de fer, et ont répondu avec fusées et explosifs de fabrication artisanale. Leurs savoir-faire professionnels se sont retournés contre leurs exploiteurs et transformés en armes de défense.

Un certain nombre de grévistes arrêtés ont été relâchés suite aux manifestations devant les tribunaux, mais ils se verront appliquer des amendes d’un montant exorbitant.

A l’approche des vacances, l’entreprise a décidé la mise en congé de tous les salariés. Le 2 août, la réponse de la direction réformiste de l’UGT, suivie de celle des CCOO, a été de décréter la reprise du travail afin de « réorienter » la lutte. Après 67 jours de sacrifices, une majorité de grévistes, totalement ruinés, ont cessé leur mouvement avec une colère accrue envers les directions syndicales. Sous condition d’une extension de la lutte, la détermination des mineurs pouvait mettre en échec la décision conjointe de l’Union Européenne et de l’Etat espagnol de supprimer toutes les subventions pour 2018. La pérennisation des emplois était possible. Mais tous les travailleurs n’ont pas accepté la décision des deux principaux syndicats. Plusieurs puits restent occupés.

La lutte des mineurs asturiens, aragonais et castillans est un acte majeur de résistance de la classe ouvrière espagnole. D’autres luttes se poursuivent en Espagne. L’exemple de l’Andalousie n’est pas le moindre, qui témoigne d’une effervescence qui prend de l’ampleur. L’exaspération de la population s’y manifeste sous des formes d’actions directes, telles que réquisitions d’aliments de base dans les supermarchés (avec le syndicat des travailleurs andalous, SAT), la transformation de terrains de l’armée en coopératives agricoles, l’organisation des journaliers contre le harcèlement policier suite à leurs grèves et rassemblements (syndicat des journaliers andalous, SOC).

Le gouvernement espagnol est en train de mettre en œuvre tout un arsenal de mesures administratives (dont la suppression des conventions collectives) et se livre à une répression féroce. Les efforts et les sacrifices des grévistes exigent de nous la solidarité internationale. Les médias du système capitaliste ne feront pas état de ces batailles exemplaires autrement qu’en de rares commentaires. A nous de briser le silence, de soutenir nos camarades grévistes jusqu’à leur victoire et de nous préparer aux mêmes luttes. Et dans ce combat, la CGT doit se placer en première ligne.

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