A Chypre, qui compte un peu plus d’un million d’habitants, la crise du système bancaire européen a franchi une nouvelle étape – vers l’abîme. Après la Grèce, c’est ce paradis fiscal élu par les mafias russes qui fait figure de nouveau maillon faible de l’UE. La crise des banques de l’île n’est d’ailleurs pas sans rapport avec le « plan de sauvetage » grec, en 2012, puisque la décote imposée aux créanciers obligataires de la Grèce a fait perdre aux banques chypriotes la bagatelle de 4,2 milliards d’euros, soit près de 25 % du PIB du pays. La « contagion » tant redoutée a donc pris une forme particulièrement brutale. Et ce n’est pas fini. Un effondrement du système bancaire chypriote affecterait gravement les systèmes bancaires russes, ukrainiens, tchèques, bulgares, roumains, slovaques et… grecs.

L’accord trouvé en mars avec l’UE, en échange d’une aide de 10 milliards d’euros, prévoyait que les épargnes de moins de 100 000 euros seraient taxées à hauteur de 6,75 % – et celles de plus de 100 000 euros à hauteur de 9,9 %. Les travailleurs et les classes moyennes d’Europe découvraient, choqués, que leur épargne n’était pas aussi « garantie » qu’on le leur assurait solennellement, jusqu’alors. Pour justifier cette mesure extrême, Jeroen Djisselbloem, le président de l’Eurogroupe, expliquait que la « stabilité financière de Chypres » étant en jeu, il était « juste » qu’elle repose sur « une contribution de tous les titulaires de comptes bancaires ». Autrement dit, ce serait au peuple de payer les pots cassés d’une orgie spéculative dont il n’est en rien responsable !

Face à la panique des épargnants et aux pressions de la rue, le Parlement chypriote a voté contre l’accord. Même des députés du parti présidentiel (droite) se sont abstenus. La résolution de la crise bancaire a été remise à plus tard, mais on en connait d’avance les victimes : la jeunesse, les travailleurs et les retraités de l’île, qui subissent déjà de plein fouet des coupes drastiques et une chute du PIB estimée à 3,5 % en 2013, après un recul de 2,4 % en 2012. La question du maintien de Chypre dans la zone euro est posée.

Plus généralement, la décomposition du système monétaire européen est bien illustrée dans les leçons que tirent Jean-Jacques Legendre, conseiller financier d’Orfeo Finance, et l’avocat Christophe Caffarddans, dans le journal Le Monde : « L’école chypriote nous enseigne donc que les investisseurs et même les déposants ont intérêt à prendre des mesures rapides pour protéger leurs avoirs en les transférant dans des établissements ressortissants de pays de la zone euro plus sûrs, et ce, dès les premiers signes de tension sur la dette d’un Etat ou de son secteur bancaire afin d’anticiper les mesures de contrôle des changes et les mesures d’expropriation ». La confiance règne !

La faillite du PC chypriote

La Riposte explique souvent que dans le contexte actuel, tous les partis au pouvoir qui ne prennent pas des mesures décisives contre la propriété capitaliste sont condamnés par les logiques du système à capituler et mettre en œuvre des politiques d’austérité. Chypre en est une triste et flagrante illustration. N’oublions pas, en effet, que jusqu’aux élections de février 2013, le pays était présidé par Demetris Christofias, un dirigeant du Parti Communiste (l’AKEL), qui est de très loin la première force de gauche du pays, avec une base de masse. Face à la crise financière qui secouait l’île, Christofias expliquait en novembre 2012 que « la pilule serait amère » pour le peuple, dans la période à venir. Il annonçait alors un plan de rigueur sévère, le justifiant par la nécessité de gagner du temps pour renégocier la dette à l’égard de la Russie – et de faire preuve de bonne volonté vis-à-vis de la BCE. De nombreux travailleurs chypriotes se sont alors demandé : à quoi sert un Parti Communiste si, face à la crise du capitalisme, ce qu’il propose ne diffère en rien, fondamentalement, de ce que proposent les partis de droite ? C’est une excellente question. Et elle mérite d’être méditée pour tous les partis de gauche en Europe et dans le monde.

Outre l’UE, la Russie renforce sa pression sur Chypre. Et pour cause : il y a environ 20 milliards d’euros placés par les investisseurs russes dans les banques de l’île, qui leur fait bénéficier d’une législation très souple et idéale pour blanchir de l’argent sale. Le géant russe Gazprom propose à présent de restructurer la dette bancaire chypriote contre l’exploitation des ressources de gaz récemment découvertes sur l’île. Dans ce contexte, la nationalisation des banques, sans indemnisation pour les grands actionnaires, est une mesure d’urgence qui devrait être au centre du programme de l’AKEL. Toute tentative de trouver un compromis avec les requins de la finance et leurs fonctionnaires, à Bruxelles et ailleurs, ne peut que se retourner contre le peuple, qui n’est en rien responsable de la situation.

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