Dans Perspectives pour l’économie mondiale, publié par La Riposte en août 2007, le théoricien marxiste Alan Woods écrivait : « Bien avant d’avoir rattrapé les Etats-Unis, l’économie chinoise connaîtra une crise sérieuse – exactement comme ce fut le cas du Japon, par le passé. La quantité massive d’investissement dans l’industrie chinoise ne peut pas être absorbée par le marché domestique (malgré son développement rapide). La Chine se dirige tout droit vers une crise classique de surproduction, qui engendrera des développements politiques et sociaux explosifs, dans ce pays. »

La rédaction de La Riposte a évoqué la question de l’économie chinoise en rapport avec les perspectives pour l’économie européenne et française. Les défenseurs du capitalisme présentaient la restauration de ce système en Chine et l’accès à son marché intérieur comme le début d’une nouvelle ère de croissance soutenue et durable de l’économie mondiale. Cette vision des choses ne tenait compte que d’une facette de cette restauration. En effet, la Chine est certes un marché, qui a permis aux puissances occidentales d’écouler une part non négligeable de leur production, en mal de débouchés. Mais en même temps, les chantres du « nouvel ordre mondial » ne comprenaient pas que la Chine émergerait aussi comme un producteur majeur et que son impact sur le marché mondial se ferait au détriment des puissances occidentales. Pour l’année 2007, le déficit commercial de l’Europe avec la Chine ne sera pas loin des 160 milliards.

Concernant la France, dans Perspectives et tâches des communistes (juin 2007) nous écrivions : « En recul depuis longtemps face aux Etats-Unis et à l’Allemagne, le capitalisme français perd également du terrain face à la Chine, et ce sur tous les continents. La balance du commerce extérieur de la France a connu une dégradation spectaculaire. […] En dehors des ventes de matériel de transport, dont notamment l’Aéronautique, la France enregistre une baisse des exportations de pratiquement tous les types de marchandises. Encore faut-il rappeler – et c’est loin d’être un détail – que cette stagnation et ce déclin économique caractérisent le capitalisme français alors que celui-ci n’a pas encore subi le choc colossal de l’inévitable ralentissement des économies de la Chine et des Etats-Unis ! » Et précisément, ce « choc » est aujourd’hui sur le point de se produire.

La Chine poursuit sa très forte croissance. Elle produit de plus en plus de marchandises à des prix défiant toute concurrence. Pour l’année en cours, sa croissance avoisinera sans doute les 11,5%, contre à peine 1,9% aux Etats-Unis. Le FMI estime qu’entre 2006 et 2007, les investissements en Chine auront augmenté d’environ 25%. Le déséquilibre entre la Chine, d’un côté, et les économies européennes et américaine, de l’autre, ne pourra pas continuer indéfiniment. La Chine est très lourdement dépendante de la capacité d’absorption des puissances occidentales. En ce qui concerne les biens industriels produits en Chine, seuls 30% sont vendus sur son marché intérieur ! Les 70% restants doivent être vendus à l’étranger. Pour les biens de consommation, les proportions sont encore plus alarmantes : 20% de ces marchandises sont achetées en Chine, et 80% sont versées sur le marché mondial – rapport qui se dégrade d’année en année.

Dans ce contexte, le ralentissement actuel de l’économie américaine (qui absorbe 20% de toutes les exportations chinoises) et de l’économie du Japon (deuxième importateur mondial de produits chinois) crée les conditions d’une crise de surproduction en Chine. La contraction des ventes chinoises se traduira par une baisse de la rentabilité des investissements – dont une part non négligeable a été financée à crédit, ouvrant la perspective d’une crise industrielle majeure, doublée d’une crise du secteur bancaire chinois, ce qui affaiblira gravement la monnaie américaine, puisque les banques chinoises jouent un rôle majeur dans le maintien du dollar à son niveau actuel.

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