Au mois de mars, le Québec a été secoué par un puissant mouvement étudiant contre les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement. Nous publions ci-dessous un article d’une camarade de la section québécoise de la TMI, publié le 4 avril sur marxiste.qc.ca.


Le mouvement étudiant québécois a une fois de plus montré sa force et sa détermination. Environ 55 000 étudiants se sont mis en grève le 23 mars, pendant deux semaines, pour protester contre les coupes budgétaires. Plus de 130 000 étudiants ont voté la grève pour la grande manifestation du 2 avril. La tradition des manifestations de nuit a été relancée avec des milliers de manifestants dans les rues, plusieurs fois par semaine. C’est la première « grève politique » dans l’histoire de l’ASSE – le principal syndicat étudiant, qui avait déjà initié le mouvement de 2012. Surtout, les étudiants ont systématiquement cherché à déclencher un mouvement de la classe ouvrière.

Dans le contexte des mobilisations étudiantes, de plus en plus de syndicats de travailleurs font pression pour une grève générale de 24 heures le 1er mai, qui au Québec n’est pas férié. C’est notamment le cas des enseignants de plusieurs collèges. Leur proximité avec les élèves et leur situation plus précaire que les professeurs des universités les rendent particulièrement aptes à faire le pont entre les mouvements étudiant et ouvrier. Malheureusement, même si les dirigeants des principales centrales syndicales ont affirmé leur « solidarité » avec les étudiants, aucun plan d’action n’existe pour le moment. Malgré cela, plusieurs syndicats ont voté en faveur d’une grève. Les infirmiers et infirmières de Sept-Îles et les cols bleus de la ville de Québec ont même appelé à une action de grève illégale.

Cela a forcé la direction de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN) à ouvrir une page Web traitant spécifiquement de la question de la grève générale et expliquant pourquoi les travailleurs n’y seraient « pas prêts ». La perspective d’avoir à mener une véritable lutte provoque des sueurs froides chez ces « dirigeants » syndicaux. Ils ont également écarté toute action de grève illégale, alors que le gouvernement a déjà déclaré son intention de légiférer pour obliger les grévistes à reprendre le travail. Les dirigeants syndicaux se déclarent vaincus avant d’avoir livré bataille.

Lors des évènements de 2012, le moment le plus important fut l’entrée dans l’action de nouvelles couches de la société, lors du mouvement spontané des « casseroles ». C’est à ce moment-là que la classe ouvrière est descendue dans les rues en solidarité avec les étudiants : les parents avec leurs poussettes, les grands-parents munis de leurs casseroles… Les manifestations nocturnes ont alors pris un nouveau cours.

La classe ouvrière constitue le pouvoir réel dans la société. Des travailleurs participent individuellement au mouvement, cette année, mais une grève générale de travailleurs aurait un poids bien plus important. Elle permettrait de paralyser l’ensemble de la société. C’est la tâche centrale qui incombe au mouvement : entraîner dans la lutte les travailleurs en tant que classe.

Cette lutte est aujourd’hui à la croisée des chemins. Après deux semaines de grève étudiante, la question se pose de l’opportunité de poursuivre cette action. Reporter la grève à l’automne risquerait de faire perdre son élan au mouvement et, par ailleurs, aiderait les directions syndicales à reprendre le contrôle de leur base, qui se radicalise. Il faut également tenir compte du fait que la plupart des étudiants ne désirent pas se lancer dans une longue grève étudiante si elle demeure isolée – à juste titre, car les étudiants ne peuvent pas vaincre l’austérité s’ils sont coupés des travailleurs organisés.

En conséquence, les comités de solidarité étudiants-travailleurs doivent être consolidés sur chaque campus et se charger d’envoyer des délégations étudiantes dans chaque syndicat local et dans chaque lieu de travail afin de tisser des liens avec les travailleurs. C’est seulement de cette manière que ces délégués pourront se lier aux travailleurs les plus motivés et lutter en commun pour une grève le 1er mai, suivant l’exemple donné par de nombreux syndicats locaux.
Cette tâche ne peut pas être laissée aux directions syndicales. Les étudiants et les travailleurs en lutte doivent entrer directement en contact. Les comités de mobilisation sur les campus, en lien avec les salariés et les enseignants du campus, devraient s’organiser pour visiter tous les lieux de travail dans leur quartier – en commençant par les travailleurs du secteur public, puis ceux et celles d’autres secteurs.

Le mouvement vers une grève générale s’accélère et pourrait donner lieu à une grève de 24 heures le 1er mai, journée internationale des travailleurs.

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