Après la vague de dénonciations liées au mouvement Metoo l’an dernier, le gouvernement a lancé une campagne de communication contre les violences envers les femmes. Cette campagne se décline à travers des spots publicitaires sur différents médias et incite les gens à réagir face à ces violences et les femmes victimes à en parler. Si cette initiative peut paraître louable, elle comporte de sérieuses limites et beaucoup d’hypocrisie.

Etat, justice et sexisme

Pour commencer, les mesures du gouvernement contre les violences envers les femmes sont en complète contradiction avec la fermeture des services publics, les baisses de dotation aux associations qui aident ces femmes et, plus généralement, avec la détérioration de nos conditions de vie. Tout ceci prive les victimes d’une aide cruciale alors qu’au contraire il faudrait multiplier les espaces qui fournissent un soutien psychologique et un accueil aux victimes de violences. Ces espaces font actuellement cruellement défaut et aucune mesure n’est prévue par le gouvernement pour y remédier. Il est pourtant nécessaire d'assurer la protection des victimes ainsi que celle de leurs enfants, et ce d’autant plus que la police s’en montre trop souvent incapable.

En effet, même si le site gouvernemental « stop-violences-femmes.gouv.fr » annonce aux femmes que « l’État les protège », beaucoup de victimes hésitent à déposer plainte, parce qu'elles craignent de nouvelles agressions et que police et justice semblent souvent au contraire protéger leur agresseur. En France, 69 % des plaintes pour viol sont classées sans suite et 34 % des mises en examen débouchent sur un non-lieu. Les raisons de cet état de fait sont nombreuses, des très faibles moyens alloués à ces cas à l’absence de formation des policiers, quand ce n’est pas la complaisance pure et simple de l’appareil judiciaire avec les agresseurs. Le récent acquittement de Georges Tron, maire Les Républicains de Draveil (Essonne) et ancien secrétaire d’Etat sous Sarkozy, ne risque pas de redonner confiance aux victimes de viol.

Liberté économique

Mais le problème est en fait bien plus profond que le sexisme de l’appareil d’Etat ou de la justice, et ne peut se résumer à un problème « d’éducation », comme on l’entend souvent. Le sexisme touche l’ensemble de la société et trouve dans la famille « traditionnelle » un terrain propice. Ainsi, en France, un tiers des viols sur des femmes majeures enregistré par les forces de police sont commis par le conjoint ou ex-conjoint et une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son partenaire. Pour combattre efficacement les violences domestiques, il est nécessaire de s’attaquer aux racines même du problème : les femmes ne pourront être libérées des violences domestiques qu'à partir du moment où elles pourront matériellement échapper à une relation abusive. Or, actuellement, ce sont elles qui occupent les emplois les plus précaires et les moins bien payés (pour rappel, l'écart salarial moyen entre homme et femmes est de 19 %). Ce qui veut dire que nombre d’entre elles restent dépendantes financièrement de leur agresseur. Changer cela ne suffira pas à faire disparaître ces violences mais c’est une condition incontournable.

D’autant plus que cet attachement des femmes aux travaux domestiques est indispensable au système capitaliste. C’est en effet le travail domestique des femmes dans la famille « traditionnelle », impayé, qui permet la reproduction de nouvelles générations de travailleurs.

De plus, toutes les oppressions (sexisme, racisme, homophobie, etc.) sont utiles à la bourgeoisie, car elles divisent les travailleurs et les opposent. Le capitalisme ne pourrait survivre une semaine sans ces divisions, s’il devait faire face à une classe ouvrière unie et consciente de son unité. C’est pour toutes ces raisons que la bourgeoisie est incapable de lutter réellement contre le sexisme.

L’oppression des femmes n’est pas spécifique à la société capitaliste, elle traverse l’histoire humaine depuis l’apparition des classes sociales et modèle profondément nos représentations, notre psychologie. C’est un phénomène complexe. Mais il est impossible de le combattre sans lutter de fait contre la société de classe qui perpétue et légitime oppressions et inégalités, et dont l’État est le garant.

Nous avons besoin d'une société où les femmes sont émancipées, socialement intégrées, protégées contre les violences qui portent atteinte à leur intégrité morale, psychologique et physique. Nous devons nous battre en faveur d'une société qui fournisse toutes les conditions matérielles pour en finir avec les violences liées au genre et les discriminations. Nous avons besoin d'une société socialiste !

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