Depuis les élections d’avril et mai 2007, nombre de responsables nationaux du PCF avancent toujours les mêmes arguments pour expliquer l’effacement électoral du parti. Ils mettent la responsabilité de l’échec sur le dos de jeunes et des salariés. Les travailleurs auraient perdu leurs « repères ». Ils « glissent vers la droite », se seraient « américanisés » – quoi que cela puisse bien signifier ! –, et seraient tombés dans « le piège du vote utile », etc. La conclusion de ces « analyses », c’est que même si de vagues « mutations sociologiques » œuvrent contre le PCF, tout va bien en interne. Il n’y a rien à changer, ni dans le programme, ni dans la composition de la direction.

La question du programme du parti ne figure pratiquement pas dans les « questionnements » que la direction soumet aux militants. C’est pourtant une question de la plus haute importance. Avant d’être une organisation, le PCF est d’abord un programme, des objectifs, un projet de société, et la raison fondamentale du déclin du PCF – qui n’est pas seulement électoral – réside précisément dans la faiblesse de son programme.

De nombreux communistes sont convaincus que ce sont les alliances électorales avec le Parti Socialiste qui ont fait perdre son identité propre au PCF. La Riposte ne partage pas ce point de vue. Rien n’empêche le PCF de conclure des alliances avec le PS, ou avec d’autres formations de gauche, tout en conservant son propre programme et ses propres objectifs. Ce qui a coûté très cher au parti, par contre, c’est premièrement que son programme, dans ses traits essentiels, ne se distingue pas suffisamment de celui du Parti Socialiste. Il s’agit clairement d’un programme réformiste, qui ne remet nullement en cause la propriété capitaliste. Deuxièmement, même ce programme extrêmement timide n’a trouvé pratiquement aucune traduction dans l’action du PCF quand il était au gouvernement, notamment entre 1997 et 2002. Sur de nombreuses questions, les représentants du parti au gouvernement ont appliqué une politique exactement contraire à leurs engagements. Alors que le programme du PCF prône une extension des services publics et s’oppose aux privatisations, de nombreuses entreprises – et non des moindres – ont été privatisées directement sous la responsabilité de Jean-Claude Gayssot. La direction du PCF n’a opposé aucune action à la mise en œuvre de ce qui fut le plus grand programme de privatisation jamais entrepris par un gouvernement dans toute l’histoire de France.

Le PCF avait un discours plus à gauche que le PS – mais, dans la pratique, il s’est aligné sur la politique pro-capitaliste de la droite du PS. En conséquence, il ne pouvait que perdre une bonne partie de son électorat.

Mais il faut comprendre que la source de ces renoncements se trouve dans le programme du parti. Il se qualifie d’« anti-libéral ». Qu’est-ce que cela veut dire, au juste ? Si l’on considère que le « libéralisme » – un terme que nous n’utilisons pas dans ce journal, car beaucoup trop vague – est une politique qui répond aux besoins des capitalistes, qui correspond le mieux au fonctionnement du capitalisme, alors l’anti-libéralisme serait une politique qui va à l’encontre des intérêts capitalistes – mais qui laisse le pouvoir économique entre les mains de ces derniers, puisque le programme actuel du PCF ne contient pratiquement aucune nationalisation, aucune mesure d’expropriation. En effet, l’idée qui sous-tend tout le programme du PCF, c’est de faire fonctionner le capitalisme selon une « logique anti-capitaliste ». Ceci est tout bonnement impossible, et c’est pourquoi les dirigeants du parti eux-mêmes ne le prennent pas au sérieux.

Prenons un exemple concret. Actuellement, face à la crise économique, la direction du parti réclame une politique de taxation particulièrement lourde à l’encontre des capitalistes. Dans L’Humanité du 26 septembre dernier, par exemple, le député communiste Jean-Claude Sandrier dénonce, à juste titre, les baisses d’impôt qui profitent massivement aux riches, au moment où les inégalités et la pauvreté s’aggravent. Il présente ensuite une série de mesures fiscales qui permettraient, selon lui, de faire une « autre politique » : taxation des actifs financiers, cotisations sur les revenus boursiers, suppressions des exonérations patronales, annulation du « paquet fiscal » de Sarkozy, augmentation de l’impôt sur les revenus des plus aisés et doublement de l’ISF. Le solde de ces opérations serait de l’ordre de 80 milliards d’euros, selon les estimations de Jean-Claude Sandrier, soit l’équivalent de 80% des bénéfices des entreprises du CAC40.

Autrement dit, ce qui est proposé ici, c’est ni plus ni moins qu’une baisse massive de la rentabilité du capital en France. Or, sous le capitalisme, c’est précisément la rentabilité du capital qui constitue la justification et la force motrice de toute activité économique. Un gouvernement qui tenterait de prélever une somme aussi importante aux revenus des capitalistes se trouverait immédiatement confronté à une chute dramatique du taux d’investissement, une fuite massive de capitaux, une vague de délocalisations et une brusque montée du chômage. Telle est, justement, la « logique » implacable du capitalisme, qui ne changera pas pour faire plaisir aux dirigeants communistes. Et que peuvent faire nos « anti-libéraux » contre ces actions visant à défendre la rentabilité du capital ? Le programme du PCF ne dit absolument rien sur ce point. Ce n’est pourtant pas un détail ! Un gouvernement qui tenterait d’appliquer ce programme serait obliger de l’abandonner aussitôt – ou alors de procéder à l’expropriation des capitalistes. Un programme qui veut nuire aux capitalistes à ce point mais qui, au nom de la « modernité » ou d’on ne sait quel communisme « réinventé », exclut des mesures contre la propriété capitaliste des secteurs décisifs de l’économie – est tout simplement inapplicable.

Pour justifier l’abandon de toute propagande en faveur du socialisme et l’exclusion de toute mesure visant à mettre fin au pouvoir des capitalistes, l’argument préféré des dirigeants du parti consiste à dire que le PCF ne doit pas rester « les bras croisés en attendant la révolution ». Cet argument est fallacieux. Il ne s’agit pas d’attendre passivement l’abolition du capitalisme. Mais il ne faut pas, non plus, présenter des fausses solutions en « attendant » les vraies ! Certes, il faut lutter pour défendre les acquis, et si possible en arracher d’autres. Mais en même temps, le PCF doit mener un travail constant de popularisation et d’explication des idées du socialisme. Il faut expliquer aux travailleurs et à la jeunesse la nécessité impérieuse d’en finir avec le capitalisme, faute de quoi ils ne pourront pas maintenir les acquis, quelle que soit l’ampleur des luttes qui seront menées. Le socialisme ne deviendra une possibilité réelle et immédiate que lorsque la masse des travailleurs s’engageront dans la lutte contre le système, et lorsque les jeunes et les travailleurs comprendront les idées du socialisme. Sans ce travail de propagande et d’éducation politique indispensable, PCF ne joue pas son rôle, se prive de sa raison d’être, s’empêche de reconquérir le terrain perdu et se condamne à en perdre davantage.

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