En remportant la primaire de son mouvement, Yannick Jadot a douché les espoirs d’une candidature « radicale » d’Europe Ecologie les Verts (EELV) à la présidentielle d’avril 2022. Jadot insiste sur son attachement « à la libre entreprise et à l’économie de marché ». Il s’oppose férocement à la « planification écologique » que défend Mélenchon ; il lui préfère « une écologie positive et pragmatique ». En clair, c’est du « capitalisme vert » : une contradiction dans les termes.

Jadot a déclaré vouloir être « le président du climat ». S’il remportait la présidentielle, il serait surtout le président des banques et des multinationales – lesquelles dominent cette « économie de marché » à laquelle il est tellement attaché. Or ce sont ces mêmes banques et multinationales qui sont les principales responsables du dérèglement climatique. Bien sûr, le candidat d’EELV va dérouler une série de mesures programmatiques censées résoudre la crise environnementale, dont certaines – mais pas toutes ! – seront même un peu désagréables aux oreilles du grand patronat : quelques taxes par-ci (un peu désagréables), quelques allègements fiscaux et subventions par-là (possiblement très agréables).

Lorsqu’ils arrivent au pouvoir, les politiciens de l’espèce de Yannick Jadot abandonnent toute velléité de se fâcher avec le grand patronat. Le bilan des ministres « verts », ces dernières décennies, le montre suffisamment. De manière générale, EELV n’est qu’une machine à exploiter, électoralement, les préoccupations environnementales de la population. Pour le reste, la direction de ce mouvement est fermement pro-capitaliste.

Au passage, c’est ce qui explique qu’EELV accueille aussi facilement, en son sein, nombre d’anciens députés macronistes en rupture de ban : Matthieu Orphelin, Aurélien Taché, Cédric Villani... Le secrétaire général d’EELV, Julien Bayou, déclarait à ce propos : « On est heureux de les accueillir. (…) Pour nous, ça permet une dynamique » [1] – une dynamique vers la droite, assurément. Les transferts sont d’ailleurs à double sens : nombre d’anciens dirigeants d’EELV ont rejoint LREM.

Il est difficile d’estimer le potentiel électoral de Yannick Jadot. D’un côté, son extrême modération ne va pas susciter beaucoup d’enthousiasme dans les couches les plus radicalisées de la population. Mais d’un autre côté, l’environnement va occuper une place majeure dans la campagne électorale. L’un des facteurs décisifs sera la capacité de Mélenchon à défendre une alternative radicale au « capitalisme vert » de Jadot. A défaut, cela pourrait ouvrir un espace à ce dernier, sans le moindre profit pour la planète et le climat.


[1] Le Figaro du 21 septembre.

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