L’instabilité permanente – économique, politique, diplomatique et militaire – est la caractéristique centrale de notre époque. Au fond, cette instabilité découle de la profonde crise d’un système, le capitalisme, qui ne joue plus aucun rôle progressiste. Il a depuis longtemps dépassé ses propres limites ; il n’est plus compatible avec le progrès social. A vrai dire, il n’est même plus compatible avec le maintien des éléments de protection sociale qui ont été conquis dans la foulée de la Deuxième Guerre mondiale, tout au moins dans les pays les plus industrialisés.

Karl Marx, qui a exposé scientifiquement les contradictions inhérentes au système capitaliste, résumait le problème d’une formule simple : les forces productives développées par le capitalisme finissent, à un certain stade, par se heurter aux limites de ce même système, c’est-à-dire aux rapports de production bourgeois – dont la course aux profits est la loi suprême, quoi qu’il en coûte aux hommes et à l’environnement. Et dès lors, expliquait Marx, « les forces productives se révoltent contre les rapports de production ». Telle est bien, en dernière analyse, la cause fondamentale du chaos qui règne à travers le monde.

Tous les équilibres – entre les classes et entre les Etats-nations – subissent des pressions colossales. Tôt ou tard, ces équilibres se brisent. Prenons deux exemples récents.

En Russie, après des années de relative stabilité sociale, la contre-réforme des retraites annoncée par le gouvernement a poussé des centaines de milliers de personnes dans les rues. La popularité de Vladimir Poutine chute rapidement, au point que les instituts de sondages ont renoncé à la rendre publique. C’est un tournant dans la vie politique de ce pays.

En Turquie, c’est la monnaie nationale qui a rapidement chuté. La banque centrale turque peut bien « prendre des mesures », elle aura du mal à empêcher le pays de sombrer dans la récession, car cette crise monétaire est la conséquence des profonds déséquilibres de l’économie turque. Une récession porterait un coup sévère au régime d’Erdogan – et aurait d’importantes répercussions internationales (économiques et politiques).

On pourrait multiplier les exemples à partir de l’actualité de ces derniers mois. Nous en donnons plusieurs dans notre compte-rendu du Congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale, qui s’est tenu fin juillet. Ici, mentionnons encore les conséquences de plus en plus évidentes – et inquiétantes – du réchauffement climatique, dont les classes dirigeantes se demandent avec angoisse comment elles vont pouvoir... en tirer de nouveaux profits. Lénine disait : « les capitalistes vous vendront la corde pour les pendre ». En l’occurrence, il ne s’agit plus seulement de leur cou, mais aussi – et d’abord – du nôtre. Le capitalisme mène la civilisation humaine au désastre : ce fait joue et jouera un rôle important dans la politisation de la jeunesse et des travailleurs.

Macron benallisé

En France, Macron annonce une nouvelle série de coupes budgétaires et de contre-réformes. La destruction du système des retraites est à l’ordre du jour. L’assurance chômage est aussi dans le viseur. Quant au projet de budget pour 2019, il prévoit (entre autres) de ponctionner les revenus annuels des plus pauvres de plus de 500 euros, tout en précisant qu’ils pourront en récupérer 200 s’ils font des heures supplémentaires. Ceci fera une belle jambe aux chômeurs et aux retraités ! Le gouvernement se justifie : « on favorise le travail ». Mais aucun travailleur n’en sortira gagnant. Seul le Capital est « favorisé », choyé, arrosé d’allègements fiscaux et de subventions en tous genres.

Macron veut aller vite, enchaîner les attaques, comme il l’a fait depuis son élection, non sans succès. Il table, une fois de plus, sur l’incapacité des directions syndicales à organiser sérieusement la lutte – et, notamment, à sortir de l’impasse des « journées d’action » sans lendemain (et sans effets). Il table aussi sur la complicité pure et simple de certains dirigeants syndicaux, du genre de Jean-Claude Mailly, qui a quitté la tête de Force Ouvrière pour rejoindre une officine patronale, avec la facilité et l’insouciance d’un voyageur qui change de compartiment de train.

Cependant, la modération ou la trahison des directions confédérales ne sont pas un obstacle absolu au développement de la lutte des classes. L’histoire de notre pays ne manque pas de mouvements de masse échappant au contrôle des chefs syndicaux. Les conditions d’un tel scénario sont de nouveau réunies ; chacune des offensives du gouvernement en renforcera la possibilité. Les nombreuses grèves combatives de ces 12 derniers mois, dans différents secteurs, ont déjà signalé une nette élévation de la température sociale. Par exemple, la situation dans le secteur de la santé est explosive – ce qui ne dissuade pas la ministre de la Santé d’annoncer de nouvelles coupes dans les hôpitaux.

En outre, les affaires Benalla et Kohler ne peuvent qu’alimenter la combativité de notre camp, à terme. Dans la jeunesse et le salariat, ces affaires renforcent le rejet, voire le dégoût, des institutions de la « démocratie » bourgeoise. Elles alimentent donc l’idée – correcte – qu’un changement radical de régime est nécessaire. Ceci jouera un rôle non négligeable dans le développement des luttes à venir. D’ores et déjà, l’affaire Benalla complique le projet de réforme de la Constitution, dont l’objectif est de limiter les capacités de l’opposition parlementaire à ralentir le rythme des mauvais coups. Car enfin, un chef de barbouzes, même jupitérien, semble bien mal placé pour imposer un « meilleur fonctionnement démocratique » !

Une époque révolutionnaire

Au début de cet article, nous avons mentionné l’une des plus importantes découvertes scientifiques de Karl Marx. Citons quelques lignes célèbres où il résume cette découverte : « A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. » [1] (nous soulignons).

Telle est bien l’autre caractéristique centrale de notre époque : elle est révolutionnaire. Cela ne signifie pas, bien sûr, que des révolutions éclatent partout et tout le temps. Mais cela signifie que partout des révolutions se préparent, mûrissent, comme une conséquence inévitable de la crise organique du capitalisme. En fait, ce processus a déjà commencé. Une vague révolutionnaire a balayé le continent latino-américain dans les années 2000. Puis, en 2011, la révolution a gagné le monde arabe. Et désormais, elle frappe aux portes de l’Europe.

La France ne fera pas exception. Mais comme l’expliquait Marx, une crise révolutionnaire ne permettra pas, en elle-même, de résoudre les problèmes des masses. Celles-ci auront besoin d’une organisation déterminée à renverser le système capitaliste, à porter les travailleurs au pouvoir et à réorganiser la société sur des bases socialistes. La construction d’une telle organisation est la tâche la plus urgente du moment. C’est notre tâche.


[1] Préface de la Critique de l’économie politique (1859).


Sommaire

Une leçon de Karl Marx - Edito du n°27
Ma journée comme conseiller de vente chez Castorama
L’hôpital public en ébullition
Marseille : la résistance exemplaire des travailleurs du McDonald’s des quartiers Nord !
Jean-Claude Mailly rejoint ses maîtres
Parcoursup : « en marche » vers une université fermée
Forces et faiblesses de la France insoumise
Congrès du PCF : des oppositions, mais pas de solutions
Où va le Mexique ?
Les migrants, otages de la bataille navale des dirigeants européens
Succès du Congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale
Pourquoi les marxistes s’opposent au terrorisme individuel (Trotsky)
La « révolution mondiale » : une utopie ?

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