Avec la mise en place du « plan étudiant » et du projet de réforme du bac, si les portes de l’université n’étaient déjà pas ouvertes à tous, elles vont demeurer closes pour une partie encore plus importante de la jeunesse.

Cette réforme s’inscrit dans un processus de casse de l’université à l’œuvre depuis plus de dix ans. Jusqu’ici, les gouvernements successifs n’avaient pas osé s’attaquer frontalement aux étudiants. La mise en place de processus de sélection assumés et l’augmentation brutale des frais d’inscription semblaient exclues. Mais avec le gouvernement Macron, fini le temps des demi-mesures.

Avec le cynisme qui le caractérise, le gouvernement affirme que le plan étudiant a pour objectif « l’accompagnement et la réussite » de tous. Il est pourtant difficile de comprendre comment la mise en place d’attendus préalables (parfois ubuesques), à l’entrée de l’université, favorisera la réussite du plus grand nombre.

Dans les faits, il s’agit bien d’une sélection. En plus de ces attendus, les conseils de classe des lycées auront un droit de regard sur les choix d’orientation des nouveaux bacheliers et pourront émettre un avis conditionnant leur admission dans l’enseignement supérieur. La possibilité est également donnée aux universités de refuser des inscriptions dans une formation dès lors que ses capacités d’accueil sont atteintes. La priorité sera alors donnée aux profils les plus en « adéquation » avec la formation demandée.

Surtout, les capacités d’accueil seront dorénavant fixées en fonction des « perspectives d’insertion professionnelle ». Il s’agit en clair d’aligner l’université sur les besoins du patronat. Mais ce n’est pas tout : la loi prévoit également de modifier l’organisation du cycle de licence. Chaque université proposera des licences « à la carte ». Non seulement cela renforce les inégalités entre étudiants, mais cela préfigure de nouvelles attaques sur les conventions collectives. Avec des diplômes « à la carte », impossible de faire valoir les mêmes droits. Enfin, cerise sur le gâteau, la loi prévoit un renforcement du contrôle des boursiers.

Perspectives

Face à ces attaques, la mobilisation étudiante a du mal à prendre de l’ampleur – sauf à la fac de Jean Jaurès, à Toulouse, où elle se combine à une lutte contre un projet de fusion de facs locales (lire ici). Sur nombre d’universités, il y a eu des Assemblées Générales plus ou moins importantes, mais elles n’ont pas débouché sur de sérieux mouvements de grève ou d’occupation. Il y a à cela plusieurs explications, selon nous. D’une part, les méthodes de mobilisation ne sont pas toujours adéquates : on cherche trop souvent à « bloquer » les facs avant que le mouvement ne se soit massifié, ce qui est une impasse. De manière plus générale, les organisations militantes des étudiants sont dans un état de faiblesse historique – à commencer par l’Unef, discréditée par ses liens avec le PS.

Tout cela pèse sur le mouvement. Mais l’absence d’organisations militantes solides, armées de méthodes et mots d’ordre corrects, se fait d’autant plus sentir que les étudiants ne sont pas disposés à se mobiliser « à la légère », sans perspective claire de victoire. Ils sont majoritairement opposés à la loi Vidal, mais ils sont aussi nombreux à comprendre – plus ou moins confusément – qu’ils ne pourront pas gagner ce combat sans un vaste mouvement social impliquant les travailleurs. Or les travailleurs ont subi défaite sur défaite, ces dernières années, notamment lors des deux dernières lois Travail (2016 et 2017). Dans ce contexte, un certain attentisme des étudiants est compréhensible.

Les universités les plus mobilisées ne le seront pas indéfiniment si elles demeurent isolées. Les semaines et les mois qui viennent seront déterminants. Il est tout à fait possible que le mouvement trouve un second souffle après les vacances scolaires, en particulier dans un contexte d’offensive du mouvement ouvrier. Il arrive souvent qu’une mobilisation des étudiants déclenche une mobilisation des travailleurs. Mais l’inverse arrive aussi !

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