Quatre mois de présidence Macron ont suffi pour chasser les illusions des plus naïfs : « Jupiter » est bien à la tête d’un gouvernement de droite, engagé dans une défense intransigeante des intérêts de la classe capitaliste française. C’est normalement le rôle des Républicains, parti traditionnel de la bourgeoisie. Et malgré son enfumage « anti-système », le FN a le même programme. En conséquence, ces deux partis – Républicains et FN – sont en crise.

Scission

Après l’élection présidentielle, des dirigeants des Républicains ont reconnu l’évidence : ils sont d’accord avec Macron sur l’essentiel. Certains ont carrément sauté dans le char du vainqueur et formé un petit groupe dissident des députés Républicains, les « Constructifs ». Cette fraction parlementaire est la prémisse d’une scission du parti lui-même. Elle ouvre la voie à tous les « modérés » de la droite, autour de Juppé et consorts.

Au-delà des ambitions et calculs personnels des uns et des autres, cette droite « modérée » participe à la tentative de constituer un « centre » solide, susceptible de garantir la stabilité politique du pays malgré les contre-réformes et le mécontentement qu’elles suscitent. Du point de vue de la bourgeoisie, c’est le scénario le plus prudent. Pour cela, elle peut compter non seulement sur les juppéistes et les macronistes venus de la droite, mais aussi sur des dirigeants du PS et des Verts. Au nom de la lutte contre « les extrêmes » (et pour l’austérité), tout ce beau monde rejette les vieilles étiquettes, les vieilles démarcations artificielles, et monte sur le bateau du macronisme. Au risque de couler avec lui...

Surenchère

D’autres dirigeants de droite – dont Wauquiez – sont aussi d’accord avec la politique de Macron, au fond, mais tirent une toute autre conclusion de la situation. Ils observent que la base militante et électorale des Républicains s’est déportée bien plus à droite que sa direction. Elle n’a plus d’objections de principe à une alliance avec l’extrême droite. 20 % des électeurs de Fillon au premier tour ont voté pour le FN au deuxième ; 32 % ont voté blanc/nul ou se sont abstenus. Face à la crise, aux grèves et au terrorisme, une fraction significative de l’électorat des Républicains – surtout dans les classes moyennes – exigera des mesures « radicales » pour en finir avec la « chienlit ». La base militante des Républicains pourrait bien consacrer Wauquiez, qui veut engager son parti dans une recomposition droitière sur la durée.

Ceci posera, tôt ou tard, la question d’une alliance d’une partie de la droite traditionnelle avec l’extrême droite (ou une partie de celle-ci). Certes, pour le moment, Wauquiez s’en défend. Il veut d’abord prendre la direction des Républicains et attend que le FN se « refonde » d’une façon qui le rendrait apparemment plus fréquentable. C’est loin d’être fait, mais la tendance générale est bien l’émergence d’un bloc de droite incluant l’extrême droite, d’une façon ou d’une autre. Dupont-Aignan a joué en la matière un rôle d’éclaireur. La tendance de fond à la recomposition se développera toujours plus à mesure que le discrédit du gouvernement Macron s’aggravera, que le « centre » s’effondrera et qu’une alternative de droite sera nécessaire à la classe dirigeante.

La crise du FN

Un gros problème qui se pose aux Républicains et au FN, c’est l’émergence d’une solide opposition de gauche à Macron : celle de la France insoumise (FI). A la présidentielle, déjà, la polarisation s’est exprimée plus nettement sur la gauche que sur la droite : au premier tour, Marine Le Pen a recueilli 1,3 million de voix de plus qu’en 2012 ; Mélenchon, 3 millions de voix de plus. Et désormais, les sondages soulignent que Mélenchon et la FI sont considérés comme les « meilleurs opposants » à Macron. L’intensification de la lutte des classes devrait confirmer ce potentiel. En outre, la FI peut gagner une fraction croissante de l’électorat populaire du FN, jusqu’alors séduit par la démagogie « sociale » de Marine Le Pen.

Cette situation explique la crise interne au FN, malgré ses progressions constantes sur le plan électoral. Un certain nombre de cadres du FN s’oppose à la direction de Marine Le Pen et Florian Philippot, car ils comprennent que la démagogie « sociale » et « anti-UE » a atteint ses limites électorales. Frustrés de voir les portes du pouvoir se fermer à eux, ces opposants souhaitent un ancrage du parti « à droite », dans la même base petite-bourgeoise que veut gagner Wauquiez. Cela suppose de chercher des alliances avec la droite traditionnelle, comme le propose ouvertement Robert Ménard, le maire de Béziers.

Le rapport de forces entre les classes leur est cependant largement défavorable. Si la France insoumise se montre capable de mobiliser le salariat autour d’un programme de gauche radical, elle sera en mesure de balayer la droite sous toutes ses variantes, de Macron au FN.

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