Après l’interpellation et le viol de Théo à Aulnay-sous-Bois, le 2 février dernier, l’« enquête » de l’IGPN – la police des polices – a conclu qu’il n’y avait pas eu viol : elle parle d’un « accident ». Le policier n’aurait pas eu l’intention de violer Théo avec sa matraque. Pour le reste, l’IGPN parle de « violence volontaire ».

Ce rapport écœurant n’influe que sur les éventuelles sanctions administratives. Le choix de la qualification reste entre les mains du juge d’instruction. Pourtant, depuis le rapport de l’IGPN, les médias appliquent à la lettre la présomption d’innocence. Au mieux, ils parlent « viol présumé », en mettant des guillemets. Certains journalistes évoquent une « interpellation musclée » ou « brutale », corroborant implicitement l’aberrante version de « l’accident ».

Violence institutionnelle

Cette couverture médiatique a contribué à faire monter l’indignation. Les manifestations et rassemblements se sont multipliés en soutien à Théo – et plus généralement contre les violences policières. Cette affaire n’est pas un fait divers. Ce n’est pas un cas isolé, une bavure ou un dérapage. Elle révèle un problème plus profond, ce que les banderoles des manifestants rappellent en réclamant justice pour Théo, mais aussi pour Adama Traoré, mort en juillet dernier, et pour Zyed et Bouna, morts en 2005.

Le policier qui a violé Théo n’est pas une brebis galeuse au sein d’une institution globalement irréprochable. La violence et le racisme des policiers sont omniprésents. Le contrôle au faciès est une pratique institutionnalisée, en particulier dans les « zones urbaines sensibles ». Les interpellations y commencent généralement par un tutoiement et des insultes racistes. Elles se finissent souvent par des violences, des abus de pouvoir – et parfois par des meurtres [1].

La jeunesse des banlieues apprend à ne pas répondre aux provocations de la police. En cas de réplique, les policiers se donnent le droit d’être violents. Ils usent et abusent ensuite de la plainte pour « outrage » et/ou « rébellion », qui leur permet de justifier a posteriori l’usage de la force et de disqualifier toute plainte à leur encontre. Ainsi, le policier qui a violé Théo a porté plainte contre sa victime [2].

Racisme et capitalisme

Le racisme fait aujourd’hui partie intégrante du fonctionnement de la police, au point qu’un représentant syndical croit pouvoir déclarer publiquement que « bamboula », ce n’est pas une injure raciste ; ce serait même « à peu près convenable », expliquait-il. Les policiers savent qu’en cas de « bavure », ils seront soutenus par leur hiérarchie, le gouvernement et les médias. Le racisme est de facto encouragé par les campagnes du gouvernement contre les immigrés. Ces campagnes poursuivent un objectif ancestral : nous diviser, pour mieux régner.

A plusieurs reprises, Amnesty International a mis en cause les pratiques de la police française. Mais aucun rapport statistique n’est publié en France sur cette question. Or les cas de Théo, Adama, Zyed et Bouna ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Combien n’osent pas porter plainte ? Comment aller déposer plainte auprès d’une police qui vient de vous agresser ? Les jeunes savent que les médias et le pouvoir défendront les policiers. Il y a une justice à deux vitesses : les policiers qui poursuivaient Zyed et Bouna ont été acquittés. Par contre, Bagui et Youssouf Traoré, qui réclament la vérité sur la mort de leur frère, ont été condamnés.

La police n’est pas dans ces quartiers pour protéger la population. Elle n’y défend pas la liberté, l’égalité et la fraternité. Sous couvert de lutter contre les trafics, elle provoque et réprime. Depuis 2002, elle est armée de Flash-Balls, qui ont déjà éborgné 23 personnes et en ont tué une.

Face aux violences policières, les politiciens bourgeois proposent, au mieux, des larmes de crocodile et des appels au calme. D’autres accusent les victimes. Mais tous se taisent sur la misère qui règne dans les banlieues populaires. En 2015, le taux de chômage y était de 6,5 points supérieur à la moyenne nationale – et culminait à 45 % chez les 15-24 ans. Plus de la moitié des moins de 18 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Le racisme sert, entre autres, à masquer cette réalité économique et sociale.

Malcolm X disait : « On ne peut avoir le capitalisme sans le racisme ». On sait ce qu’il nous reste à faire ! 


[1] Pratiques décrites par Didier Fassin dans son étude de terrain : La force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, Seuil, 2011

[2] L’usage abusif de ces plaintes a été mentionné dans un rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA), le 20 décembre 2013.

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