Le PS termine en crise le quinquennat de François Hollande. Bon soldat, la direction du parti a soutenu toutes les mesures pro-capitalistes du gouvernement – et souffre donc du même discrédit, dans la population.

En dernière analyse, la crise du PS découle de la crise du capitalisme, qui s’est aggravée depuis 2008. Tout gouvernement – de droite ou « de gauche » – qui accepte le système, et donc ses lois, est contraint de déclarer une guerre sans merci aux travailleurs pour sauvegarder les profits de la classe dirigeante. Par le passé, les partis socio-démocrates distribuaient aux salariés les « miettes » de la croissance économique. Mais il n’y a plus de croissance ; les capitalistes exigent des contre-réformes drastiques. La crise du capitalisme provoque celle du réformisme. En Grèce, le PASOK a été marginalisé. En Espagne, le déclin du PSOE s’accélère. En France, le PS pourrait, dès 2017, perdre sa place de première force électorale de la gauche.

Compétition entre ex-ministres

La primaire du PS est une vaine tentative d’enrayer cette spirale négative. Le renoncement de François Hollande ne règle rien, puisqu’il n’était que l’arbre cachant la forêt. La primaire offre le spectacle d’une compétition entre ex-ministres et auxiliaires du PS qui, tous, ont promu une politique réactionnaire massivement rejetée par la population.

Manuel Valls, ex-Premier ministre et matador en chef, a repris le flambeau avec l’enthousiasme crispé qui le caractérise. Mais sa stratégie de « recentrage » l’a fait rapidement tomber dans le ridicule. Sa proposition de limiter le recours au « 49-3 », dont il s’est lui-même servi pour ses contre-réformes, relève exactement du type de promesses creuses dont la masse de la population est plus que lasse. Pour des millions de jeunes et de travailleurs, Valls reste l’arrogante incarnation de la « droitisation » du PS. Malgré cela, il n’est pas complètement exclu qu’il remporte la primaire, ce qui en dirait long sur le discrédit des autres candidats.

Face à la candidature de Valls, un autre secteur de l’appareil du PS a sorti de son chapeau Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education de Hollande. Il dit assumer « l’essentiel » du bilan de Hollande – autrement dit, de sa politique réactionnaire.

Montebourg et Hamon

Les ex-ministres Montebourg et Hamon, eux, critiquent ce bilan, dont ils sont pourtant comptables. Ils ont le soutien des députés « frondeurs ». Mais ces derniers ont voté tous les budgets d’austérité depuis 2012 – et même la confiance au gouvernement de Cazeneuve, mi-décembre !

Montebourg fut ministre du « redressement productif » entre 2012 et 2014, deux années marquées par le déclin de l’appareil productif et des destructions d’emplois massives, en particulier dans l’industrie. A présent, il déroule un programme très modéré, parfois même réactionnaire. Par exemple, il propose une privatisation de facto des HLM. Il parle d’augmenter les salaires, en France, lorsque le patronat européen sera prêt à les augmenter dans tous les pays de l’UE – autrement dit, jamais. Pour bien souligner sa propre modération, il reproche à Mélenchon sa « radicalité ».

Dès lors, il est possible que Benoît Hamon réalise un score significatif, aux primaires, car son programme est le plus à gauche. Il propose, entre autres, l’abrogation de la loi Travail, une hausse du SMIC de 10 % et la semaine de 32 heures. Problème : il a accepté et soutenu tout le contraire pendant deux ans, au gouvernement ! Ici, le contraste avec Jeremy Corbyn, en Grande-Bretagne, est saisissant. Le succès de ce dernier s’explique notamment par la constance de son opposition à l’aile droite du Labour. Corbyn n’a participé à aucun gouvernement dirigé par l’aile droite du parti travailliste. A l’inverse, les vastes oscillations politiques de Hamon, ces dernières années, ne manqueront pas de limiter sa percée – si percée il y a.

Perspectives

Même s’il venait à gagner la primaire, Benoît Hamon aurait encore deux problèmes : 1) Le programme de Mélenchon est plus à gauche et sa campagne bénéficie déjà d’un soutien massif ; 2) Hamon aurait besoin, lui, de composer avec l’appareil du PS. Son opportunisme passé (et récent) nous permet d’anticiper la suite : il chercherait l’appui le plus large possible dans l’appareil socialiste, quitte à faire des concessions programmatiques à l’aile droite. Cette perspective vaut a fortiori dans le cas d’une victoire de Montebourg.

Une victoire de Hamon ou de Montebourg accélèrerait la crise au sommet du PS. Elle pousserait sans doute vers Macron un certain nombre d’élus du PS. Mais réciproquement, une victoire de Valls ou de Peillon placerait les « frondeurs » dans une situation intenable. Quoi qu’il en soit, le fait principal est que la crise du PS est trop profonde pour que le parti soit re-légitimé grâce à la primaire. Le candidat qui en sortira, quel qu’il soit, se trouvera à la tête d’un parti en crise, divisé et profondément discrédité dans l’opinion.

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