Candidat titulaire dans la 3ème circonscription du Bas-Rhin, Julien Gorrand, 28 ans, est technicien de maintenance chez BEI-IDEACOD (groupe Schneider Electric). Délégué syndical, membre de l’USTM-CGT 67 (métallurgie) et animateur du collectif jeunes CGT 67, il est également membre du secrétariat du PCF 67 et de La Riposte.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ta circonscription ?

La 3ème circonscription du Bas-Rhin regroupe les quartiers populaires du nord de Strasbourg (Hautepierre, Cronenbourg, cité de l’Ill), les villes de Schiltigheim, Hoenheim et Bischheim, ainsi que le quartier très aisé de la Robertsau (près des institutions européennes). Cette circonscription est donc sociologiquement très hétéroclite. C’est également un fort bassin d’emploi dans le domaine tertiaire. A l’inverse, l’industrie y est sinistrée. Depuis quelques années, les entreprises de la métallurgie (Steelcase-Strafor) et du secteur brassicole (Adelshoffen, Schutzenberger et Kronenbourg) ferment les unes après les autres.

Quels sont tes principaux thèmes de campagne ?

Philippe Escorbiac (mon suppléant) et moi-même sommes tous deux syndicalistes. L’un de nos principaux thèmes de campagne est l’emploi, et notamment l’emploi des jeunes des quartiers populaires. Du fait de la fermeture récente de grandes industries, dans la région, il devient de plus en plus difficile, pour ces jeunes, de trouver un premier emploi proche de leur domicile. Avant, il y avait souvent de la famille ou des amis qui travaillaient sur les sites, et les aidait à y entrer pour un stage, un job d’été ou un premier contrat. Mais depuis leur fermeture, la situation de la jeunesse est dramatique.

Ensuite, il y a bien sûr la lutte contre les discriminations raciales et le harcèlement policier quasi-permanent que subit une partie de la population de cette circonscription. Il y a aussi la question du pouvoir d’achat, qui est un thème important, et celle des services publics dans nos villes. Un autre thème important est celui de nos acquis sociaux « locaux », que nous voulons sauvegarder et étendre à l’ensemble du pays, comme par exemple les 3 jours de carences à la charge de l’employeur en cas d’arrêt maladie ou d’absence imprévue, ou encore le remboursement des frais médicaux à hauteur de 90 % par la sécurité sociale, et à hauteur de 100 % pour les frais hospitaliers.

Quelles mesures préconises-tu contre le chômage et la précarité ?

Ces deux fléaux, qui frappent de très nombreux habitants de ma circonscription, sont une illustration de l’échec de toutes les politiques « réformistes » menées depuis des décennies.

Il faudrait dans un premier temps faire du CDI le contrat de travail de base, en finir avec le CNE, le temps partiel et l’intérim subis, qui sont les principales sources de précarisation du travail. Ensuite, tous les plans sociaux qui se succèdent sont un véritable scandale, lorsqu’on sait les bénéfices exorbitants réalisés par les entreprises françaises. Une revendication qui s’impose, dans ce contexte, c’est la nationalisation des entreprises que les actionnaires veulent fermer ou délocaliser. De façon plus générale, il faut expliquer aux salariés qu’il ne sera pas possible d’en finir avec le chômage sans nationaliser les grands groupes de l’industrie, de la distribution, ainsi que les banques et les compagnies d’assurance.

Que penses-tu du slogan : « travailler plus pour gagner plus » ?

C’est une formule totalement démagogique. Faire travailler plus ceux qui ont un emploi, cela signifie qu’il y aura moins d’embauche. En outre, personne ne choisit de travailler plus : c’est le patron qui dira aux salariés les plus précaires de travailler plus, sans d’ailleurs forcément gagner plus. Imaginez le salarié en CNE pendant sa période d’essai de 2 ans. Il est corvéable à souhait. S’il refuse de travailler plus, ou si, simplement, il réclame le payement des heures supplémentaires, il risque de perdre son emploi.

On a bien vu, avec le lundi de Pentecôte, ce que valait le slogan de Sarkozy. On travaille une journée de plus au nom de la « solidarité », sans toucher quoi que ce soit, alors que le patron, lui, engrange le fruit de notre travail. Cela résume bien la politique de l’actuel gouvernement, comme d’ailleurs du précédent.

Comment expliques-tu la victoire de Sarkozy ?

Face à la démagogie de l’UMP, la direction du PS n’a pas proposé d’alternative crédible aux travailleurs. Ségolène Royal a même tenté de concurrencer la droite sur son terrain, par exemple avec ses discours de « fermeté » à l’égard des sans-papiers et des « délinquants », ou encore ses sorties patriotiques sur le drapeau bleu-blanc-rouge et La Marseillaise. Nombreux sont ceux qui auront préféré l’original à la copie. A quoi bon voter pour la gauche, si elle propose la même chose que la droite ? Le soi-disant « dialogue » avec l’UDF était emblématique de cette dérive droitière.

Que t’inspire la participation de Kouchner et Besson au gouvernement Fillon ?

C’est un début, et j’espère que d’autres vont les rejoindre ! Le Parti Socialiste n’a pas besoin de ce genre d’arrivistes.

Que penses-tu des premières semaines du gouvernement Fillon ?

C’est une vraie mascarade, dont le but est de renforcer l’UMP pour les législatives. On prend des gens de « gauche », du centre et on endort les syndicats pour rafler la mise les 10 et 17 juin prochain. C’est après que les choses « sérieuses » vont commencer. La clique réactionnaire au pouvoir s’engagera dans un véritable jeu de massacres contre nos acquis sociaux.

Beaucoup de gens – même à gauche – considèrent le marxisme comme « dépassé »...

Ont-ils lu Marx ? Ce qui est sûr, c’est que le capitalisme est un obstacle au progrès social. Comment ne pas reconnaître que Marx avait raison sur ce point ? Quant à ceux qui disent que le socialisme n’est plus à l’ordre du jour, je réponds : regardez ce qui se passe en Amérique latine. Des grands événements révolutionnaires s’y déroulent, en particulier au Venezuela et en Bolivie. Et à Cuba, malgré un embargo qui dure depuis des décennies, le taux d’alphabétisation reste supérieur à celui de la France, et le pays a reçu le prix de l’UNESCO pour l’éducation. Tout cela grâce à l’abolition du capitalisme, à la nationalisation et à la planification de l’économie cubaine. Nos « démocraties » bourgeoises n’ont pas de leçon à donner à Cuba !

Comment vois-tu la situation politique et sociale, dans les mois et les années à venir ?

Les acquis sociaux gagnés par nos aînés en 1936, 1944, 1968 seront soumis à une attaque en règle. On risque d’avoir un terrible déferlement bleu à l’Assemblée Nationale. C’est pourquoi il faut préparer la mobilisation pour résister aux attaques réactionnaires que nous allons subir.

As-tu un message particulier pour la jeunesse ?

Syndiquez-vous, investissez-vous dans la politique, ne restez pas passifs ! Nous sommes à un tournant : soyez acteur du changement pour un monde meilleur, plus juste et fraternel. Levez la tête et luttez !

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