Des millions de jeunes et de travailleurs se préparent à chasser la droite du pouvoir, en 2007. La Riposte soutiendra les candidats du PCF. Nous pensons que le PCF fera un meilleur score qu’en 2002, notamment du fait de son implication dans les luttes contre le gouvernement de droite. Mais comme les sondages l’indiquent, la masse de la jeunesse et du salariat considère la victoire du PS comme le chemin le plus court et le plus sûr vers le rejet de l’UMP. Et cette tendance sera renforcée par le souvenir des élections de 2002.

Il est absolument indispensable de battre l’UMP. Il faut rejeter sans appel la démarche irresponsable des groupements d’extrême gauche qui refusent de soutenir le PS face à la droite. La Riposte appellera à voter pour les candidats du PS aux deuxièmes tours des présidentielles et – lorsque le PS sera seul face à droite – des législatives. Cependant, battre la droite est une chose, mais régler les problèmes qui accablent les victimes du capitalisme en est une autre. Le programme du PS est-il à la hauteur de cet enjeu ? A la lecture du document programmatique adopté lors de son dernier congrès, en novembre 2005, la réponse est clairement négative. En fait, le programme actuel du PS est l’un des plus droitiers de toute l’histoire de ce parti.

Le chômage et les 35 heures

Le programme se fixe pour objectif de parvenir au « plein emploi » en 2012. Cependant, il y a un décalage énorme entre cet objectif et les mesures avancées pour y parvenir. Le texte propose d’abord « de réactiver les emplois jeunes ». Admettons. Mais cela n’aurait qu’un effet marginal sur le taux de chômage. Or, malheureusement, c’est absolument la seule mesure concrète du programme en matière de créations d’emplois. Tout le reste n’est que dérobade. Ainsi, une deuxième mesure parle « de calculer les cotisations patronales sur l’ensemble des richesses produites, et non sur les seuls salaires. » Si des manipulations comptables de ce genre avaient jamais eu le moindre effet sur l’emploi, on le saurait !

La troisième et dernière mesure n’en est pas vraiment une, puisqu’il s’agit « de relancer les négociations sur le temps de travail, pour étendre le bénéfice des 35 heures, avec création d’emplois, à tous les salariés ». Les « négociations entre partenaires sociaux » est un leitmotiv du programme : elles interviennent à chaque fois qu’une mesure touche aux intérêts du patronat. Mais qui peut croire que de véritables 35 heures – sans gel des salaires, sans flexibilité et accompagnées de créations d’emplois massives – puissent susciter autre chose qu’une implacable hostilité des employeurs ? Et à quoi bon, dès lors, organiser de « négociations » avec le patronat, si ce n’est pour se donner la possibilité de ne pas mettre en œuvre la réforme annoncée, sous prétexte que les « partenaires sociaux ne s’entendent pas » ?

Plans sociaux et délocalisations

Le paragraphe concernant les « plans sociaux » est emblématique de l’impuissance réformiste qui frappe l’ensemble du programme. Citons-le intégralement : « Dans le cas de licenciements "boursiers", c’est-à-dire de suppressions d’emplois liées non à une difficulté réelle pour l’entreprise, mais à la seule recherche d’un taux de profit supérieur, ce sont les procédures préalables à la définition du plan social qui seront renforcées, afin d’assurer un véritable contrôle de la part des salariés. »

Le programme ne prévoit donc rien pour les travailleurs victimes de plans sociaux liés à une « difficulté réelle » de l’entreprise. Or, les capitalistes savent très bien arranger leurs comptes de façon à faire valoir une « difficulté réelle ». Dans certains cas, ils vont jusqu’à saborder l’entreprise pour en accélérer la fermeture. Mais plus généralement, c’est le système capitaliste dans son ensemble qui connaît des « difficultés réelles » : c’est un système en crise, incapable de développer sérieusement les forces productives, et qui ne peut se maintenir qu’au détriment des conditions de vie de la masse de la population.

Ceci-dit, le sort que le programme du PS réserve aux salariés victimes de « licenciements boursiers » n’est guère meilleur : le « renforcement des procédures préalables à la définition d’un plan social » fait partie de ces formules vagues dont les dirigeants socialistes ont le secret, et qui en général masquent l’absence de toute mesure sérieuse. Au mieux, cela signifie qu’avant de licencier, les capitalistes concernés devront se soumettre à une plus longue série de procédures juridiques. Mais au final, les licenciements auront tout de même lieu. Voici ce qu’on trouve, dans un autre chapitre du programme : « Les restructurations et cessations d’activité devront comprendre un volet économique territorial et une contribution à la réindustrialisation des sites touchés ». En somme, on demande à des brigands qui pillent une maison de bien vouloir déposer, avant de partir, quelques billets dans la boite aux lettres !

Outre la lutte syndicale, qui peut parfois arracher des sursis, la seule façon d’empêcher un plan social, une fermeture ou une délocalisation consiste àexproprier et nationaliser l’entreprise concernée. Tant que l’entreprise reste entre les mains de propriétaires privés, ceux-ci ont le dernier mot. Il faut donc les déposséder. Et il importe peu, au fond, que l’entreprise fasse des profits records ou connaisse des difficultés, réelles ou supposées : une fois nationalisée, les représentants élus des salariés pourront déterminer l’utilité sociale de ce qu’elle produit ainsi que les effectifs et les éventuelles reconversions nécessaires.

Un réformisme sans réformes

Nous n’avons cité que les mesures du programme du PS concernant l’emploi. Mais sur toutes les autres questions fondamentales qui affectent la vie de millions de jeunes, de travailleurs et de retraités, ce programme se caractérise par le même réformisme extrêmement frileux et limité – un « réformisme sans réformes », pour ainsi dire. Dans le domaine des salaires, du logement, de l’éducation, de la santé et des conditions de travail, on est frappé par la contradiction qui existe entre les besoins criants de la population, attisés par cinq ans d’une régression sociale menée au pas de charge, et les mesures ultra-modérées – qui ont 100 fois prouvé leur impuissance – avancées par la direction du PS.

Cette « modération à outrance » n’est pas le fait du hasard. Elle est une anticipation des énormes pressions que la classe dirigeante exercera sur un gouvernement socialiste pour qu’il s’aligne, dans tous les domaines, sur les intérêts de la Bourse et du monde des affaires. Et ces pressions seront d’autant plus fortes que la crise du capitalisme frappe sévèrement la France, en repli sur le marché mondial. Strauss-Khan a résumé la situation d’une formule cynique : « demain, on ne rasera pas gratis ». Mais la pression des capitalistes ne sera pas la seule à s’exercer sur un gouvernement socialiste. Les travailleurs exigeront que la lourde note sociale laissée par le gouvernement de l’UMP soit payée – et rapidement. Le prochain gouvernement socialiste ne mettra pas un terme, loin s’en faut, à l’instabilité sociale qui a marqué le pays ces dix dernières années. Dans ce contexte, l’aile gauche du PS se trouvera en position de force, à condition de se doter enfin de dirigeants qui ne capitulent pas à la première occasion, comme l’ont fait Emmanuelli, Mélenchon et Montebourg. Quant aux idées et au programme du marxisme, toutes les conditions seront réunies pour qu’ils gagnent du terrain dans le mouvement ouvrier.

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