Il est inscrit dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : "Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage". Cette déclaration a été votée par l’Assemblée Constituante le 26 août 1789, et est devenu un principe constitutionnel en 1946.

Aujourd’hui, en France, à l’aube du 21ième siècle, près de 10% de la population active est officiellement au chômage et plus d’un jeune sur quatre est sans emploi. L’embellie économique que connaît aujourd’hui la France a un effet minime là-dessus. La croissance économique crée des volumes importants de richesses qui se concentrent entre les mains de ceux qui détiennent le pouvoir économique, et ceux qui ont la chance d’avoir un emploi en ramasseront quelques miettes. Le capitalisme fonctionne de sorte que la croissance risque d’accentuer les inégalités sociales.

Quant aux personnes qui sont sorties du marché du travail, elles ont été marginalisées par la machine infernale du capitalisme. Leur retour dans le monde du travail ne pourra se faire sans une intervention politique.

Pour traiter le problème du chômage, il faut s’engager dans une politique volontariste. C’est ce que Eric Besson, député socialiste de la Drôme, propose dans un projet de loi intitulé Le droit au travail au service d’une stratégie de cohésion sociale. Ce projet a le mérite de se démarquer de l’idée communément admise selon laquelle le chômage serait une fatalité que seule la croissance du secteur privé est en mesure de résoudre. Pour Besson, être de gauche aujourd’hui, c’est œuvrer pour que le politique reprenne le pouvoir sur l’économique. Il affirme que "le droit au travail est un levier d’émancipation des individus et des peuples". Une politique de gauche doit agir pour donner plus de justice sociale à ses citoyens, et ceci passe par l’accès au travail, par un salaire décent, c’est un droit pour tous qui est de la responsabilité du politique : "Le droit au travail doit être le dernier recours contre la précarité. Il doit incarner la solidarité minimale à laquelle s’obligent nos sociétés modernes, fondées sur la compétition économique, la recherche du profit et de la productivité."

La proposition du député de la Drôme est claire, relativement simple et semble applicable à court terme. Toute personne étant sortie durablement du marché du travail, les chômeurs de longue durée et les bénéficiaires des minima sociaux se verraient proposer un plan personnalisé de réinsertion. Un million et demi de personnes marginalisées par l’économie libérale seraient concernées par ce plan.

Les structures d’aide à l’emploi existent déjà. Il y a l’ANPE bien sûr, mais aussi des organismes et associations dépendant des collectivités locales. Elles devront être capables de proposer à chaque bénéficiaire un plan personnalisé de retour à l’emploi. Eric Besson nous fournit en annexe à sa proposition des chiffres précis sur ce que coûteraient 1,5 millions d’emplois : 55 milliards de francs.

La somme est importante, mais bien inférieure aux richesses additionnelles créées par la croissance actuelle et ne représente que la moitié de la somme que le gouvernement versera au patronat dans le cadre de la loi sur les 35 heures. Le gouvernement réfléchit à des réformes fiscales, diminution de l’impôt sur le revenu ou suppression de la taxe d’habitation ; ces réformes coûteraient à l’État jusqu’à 70 milliards de francs. La France a donc les moyens d’offrir à tous un emploi !

Les règles proposées par le député sont :

(a)Tout adulte privé durablement d’emploi a droit à un "emploi d’utilité sociale".

(b) Le salaire des bénéficiaires serait pris en charge par l’État.

(c) Les entreprises privées ne pourront pas bénéficier de ces emplois d’utilité sociale.

(d) Chaque bénéficiaire d’un emploi d’utilité sociale se voit doté d’un projet personnel d’insertion.

(e) 4 jours de travail par semaine et 1 journée de formation.

(f) Rémunération sur les bases de 4/5ième du SMIC.

Même si le propos d’ Eric Besson n’est pas de remettre en cause le système capitaliste, sa proposition fondamentalement sociale est positive, elle va dans le bon sens, dans le sens d’une meilleure distribution des richesses. Au lieu de verser de l’argent public aux patronat, il vaut mieux développer un programme de travaux publics pour répondre aux besoins sociaux. On peut discuter des modalités, et notamment en ce qui concerne le salaire proposé. Un salaire à 80% du SMIC n’est pas un salaire décent. Ce qui est sûr, c’est que ce projet mérite d’être débattu sérieusement. Et si, au bout du compte, c’est une réussite, quel exemple pour tant d’autres pays, tant de citoyens du monde qui n’ont pas accès au travail.

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