Introduction

La publication des Perspectives pour la France constitue une étape importante dans notre lutte pour faire avancer les idées du socialisme authentique. L’évaluation des évolutions économiques, sociales et politiques de notre époque constitue, avec le programme et la méthode analytique du socialisme scientifique, l’une des pierres angulaires de cette démarche. En effet, un mouvement sérieux et efficace dans la lutte contre le capitalisme ne saurait se construire sur la seule base d’un programme politique. Il lui est également indispensable de se doter d’une appréciation du contexte concret dans lequel il mène son action, et d’analyser les événements passés et présents afin de dégager ce qu’il estime être le cours le plus probable des événements à venir. Une organisation qui néglige cette tâche, ou qui sous-estime son importance, se condamne à chavirer, tel un navire sans gouvernail, au gré des turbulences épisodiques de l’"actualité".

L’élaboration des perspectives est une science, sans être, toutefois, une science exacte. Il est naturellement impossible de prévoir exactement les évènements futurs. Heureusement, cela ne nous est pas non plus nécessaire : il suffit de dégager les processus de fond qui sont à l’œuvre et qui "animent", pour ainsi dire, tout le reste. Dans le domaine des sciences sociales, comme dans toutes les autres sciences, le général doit l’emporter sur le particulier. Cette méthode nous met à l’abri de l’impressionnisme superficiel qui, dans les années 80, poussait l’extrême-gauche à voir dans la montée du Front National la menace imminente du fascisme. C’est la même méthode superficielle qui, pour prendre un exemple actuel, incite les dirigeants de la Gauche Socialiste à annoncer la fin de la crise et l’entrée du capitalisme dans une "onde longue" de croissance économique, simplement parce que la courbe de la production, en France, s’est légèrement et temporairement infléchie à la hausse. Se confier à de tels dirigeants n’est pas plus avisé que d’embaucher un guide de montagne qui n’a jamais quitté la Hollande.

En matière de perspectives, nous avons à faire à des processus et à des transformations, ce qui ne saurait convenir à des gens qui ont appris à raisonner au moyen de catégories fixes et immuables. Lorsque l’on rencontre, par malheur, l’un de ces "r-r-r-révolutionnaires" d’extrême-gauche sur une manifestation, il vous expliquera sa pensée sans se faire prier et dans toute sa profondeur : "Le Parti Socialiste applique une politique pro-capitaliste. Donc c’est un parti capitaliste. Donc c’est la même chose que le RPR - si ce n’est pas pire, parce que le RPR, lui, au moins, "ne cache pas" qu’il est de droite. Donc, pas question de soutenir le PS dans les élections, ni de lui accorder un quelconque attribut positif, qui ne ferait que "renforcer les illusions" des travailleurs." A l’opposé de ce raisonnement en boucle, nous avons tenté d’examiner le Parti socialiste et le Parti Communiste dans leur évolution réelle, c’est-à-dire en tant qu’organisations subissant les pressions contradictoires et, en dernière analyse, inconciliables, du salariat d’une part, et de la classe capitaliste de l’autre. A certaines époques, le Parti Socialiste, par exemple, a été propulsé à grande vitesse vers la gauche, alors qu’à d’autres il a été presque totalement dominé par des représentants endurcis du capitalisme. Quelle est la tendance actuelle ? Quelles en seront les conséquences, pour la direction du PS, pour le PCF, ou encore pour la droite ? Nous avons tenté de fournir des réponses à ces questions qui, pour le sectaire d’extrême-gauche, ne se posent même pas. Son analyse est vite faite, et tout aussi vite énoncée : "Le PS est un parti capitaliste, un point c’est tout !"

Selon notre façon d’appréhender l’histoire, nous considérons, avec Marx et Engels, que "ce sont les conditions matérielles d’existence qui façonnent la pensée des hommes". Nous avons une manifestation de cette loi historique sous nos yeux : ce sont les conséquences matérielles de la crise du capitalisme, ses répercussions sur la vie quotidienne des salariés, des jeunes et des retraités, qui sont en train de transformer la conscience de ceux-ci. L’expérience des gouvernements de gauche et de droite, mais aussi l’expérience des grèves, au cours desquelles on apprend énormément, ont contribué à l’élévation du niveau de conscience politique du salariat, élévation dont les différentes manifestations sont évoquées dans le présent document. Les mouvements sociaux qui se déroulent actuellement, sous un gouvernement de gauche, auraient été inconcevables dans la foulée des élections de 1981. Mais c’est largement grâce à l’expérience de 1981-1986, puis à celle des gouvernements de gauche de 1988 à 1993, que de tels mouvements ont lieu aujourd’hui. Les dirigeants socialistes ont épuisé l’autorité morale et politique dont ils jouissaient - et dont ils ont largement abusé - dans les années 80.

On peut objecter que les travailleurs et les jeunes ne sont pas pour autant devenus des marxistes. Certes, il faut reconnaître que l’expérience du stalinisme - qui, soit dit en passant, n’aurait pas été si démoralisante si les dirigeants du PCF n’avaient pas, pendant des décennies, fait l’apologie de ses crimes - a considérablement terni l’image du marxisme. Mais, en réalité, le régime qui existait en Union Soviétique n’avait rien à voir avec le socialisme. Au contraire, il était la conséquence d’une contre-révolution bureaucratique, rendue inévitable par l’isolement d’une révolution socialiste dans un pays arriéré et misérable. Ici, en France, la pénible expérience du comportement des dirigeants du PCF qui, au cours de son histoire, ont commis d’innombrables bassesses et trahisons, n’a pas contribué à améliorer la réputation du marxisme.

Cependant, là n’est pas l’essentiel. Les actes des travailleurs comptent infiniment plus que ce qu’ils peuvent eux-mêmes penser du rapport entre ces actes et une idéologie qu’ils connaissent mal. La situation actuelle, en France, fait penser à une remarque d’Engels, le collaborateur de Marx, au sujet des travailleurs britanniques, à l’époque ou ceux-ci commençaient à s’organiser en syndicats, à s’affranchir de la tutelle du Parti Libéral et à défendre leurs intérêts en tant que classe sociale distincte et indépendante. A l’époque, le "socialisme" ou le "communisme" étaient considérés comme des doctrines d’origine étrangère, donc forcément nocives, et qui n’avaient aucun rapport avec la réalité britannique. "Les travailleurs anglais", écrivait alors Engels, "refusent sans appel le concept du socialisme, mais en absorbent admirablement bien la substance".

Le document Perspectives pour la France est destiné à un public international. Le lecteur qui connaît l’enchaînement des événements, ainsi que les organisations et les personnalités auxquelles nous avons fait allusion, ne s’étonnera donc pas s’il trouve quelques explications superflues. Autre remarque formelle : nous avons retenu un format de paragraphes numérotés, à la manière de "thèses", afin de faciliter la discussion du texte.

GO
Le 12 janvier 2001.


Perspectives pour la France

1. Actuellement, parmi tous les pays européens, c’est en France que la lutte des classes a le plus d’intensité et de profondeur. Contrairement à ce que prétendent les médias capitalistes, il n’y a rien de spécifiquement "français" dans ce phénomène, pas plus que dans ses causes immédiates. Dans toute l’Europe, les travailleurs et les jeunes font face aux mêmes difficultés. La reprise économique qui s’essoufflera prochainement n’en aura pas résolu une seule. Au contraire, à bien des égards, elle n’aura fait qu’aggraver la situation. Ce n’est donc plus désormais qu’une question de temps avant de voir éclater des conflits sociaux de même envergure dans le reste du continent, comme le laisse présager la grève générale qui vient d’avoir lieu en Grèce. Nos perspectives pour la France font donc partie intégrante de nos perspectives générales pour toute l’Europe.

2. La grève générale du secteur public, en 1995, a eu de profonds effets sur la conscience des travailleurs français. La grève a duré cinq semaines et impliqué plusieurs centaines de milliers de salariés. Elle était le mouvement social le plus important depuis la crise révolutionnaire de 1968. La classe dirigeante n’a évité que de justesse l’extension de la grève au secteur privé, ce qui aurait immédiatement donné au mouvement un caractère pré-révolutionnaire. De fait, c’était précisément la menace d’une telle évolution qui a finalement acculé le gouvernement Juppé au recul - et ce malgré la trahison du mouvement par les dirigeants syndicaux.

3. Etant donné le rôle réactionnaire joué par les bureaucraties syndicales, socialistes et communistes, des secteurs différents du salariat se sont lancés dans l’action en ordre dispersé. Avec une direction correcte, la société tout entière aurait pu être mobilisée contre le capitalisme en 1995. En l’occurrence, des catégories sociales qui n’étaient pas directement impliquées dans la grève générale en ont néanmoins retenu des enseignements, et s’en sont inspirées pour se mobiliser dans sa foulée.

4. L’un des aspects les plus importants de la lutte des classes en France depuis la grève de 1995 consiste dans la mobilisation de catégories sociales qui étaient auparavant relativement inertes. Les routiers, les salariés du commerce, le personnel hôtelier, les contrôleurs des transports publics, les gardiens de prison, les agents des parcs et jardins, les pompiers et les pilotes d’avion, pour ne citer que quelques exemples, se sont mobilisés. De nombreuses usines et lieux de travail ont connu la grève pour la première fois de leur histoire. Souvent, ces grèves ont été victorieuses. Un élément déterminant dans cette situation a été le soutien que la population accorde aux grévistes. La grève de 1995 elle-même a bénéficié du soutien de 65% des Français, et ce malgré la gêne et les perturbations que le mouvement a occasionnées et qui ont affecté la vie quotidienne de la population tout entière. Tout ceci dénote une radicalisation su salariat, une volonté de lutter plus affirmée et une élévation du niveau général de la conscience des salariés et de la jeunesse.

5. Les couches intermédiaires de la société ont, elles aussi, été affectées par la crise. La Confédération Paysanne, qui organise ce qui reste des exploitants agricoles modestes, a lancé une série d’actions, parfois spectaculaires, pour protester contre la politique des banques et les firmes géantes qui dominent le secteur agroalimentaire. Ces actions ont été largement soutenues par l’opinion. Environ 30 000 manifestants se sont réunis à Millau pour soutenir José Bové, l’un des dirigeants de la confédération, jugé et incarcéré pour son rôle dans ces protestations. Un peu plus de deux ans après que Le Monde Diplomatique fondait l’association ATTAC, dont l’objectif explicite était de lutter contre la domination des marchés financiers, elle comptait près de 25 000 adhésions. Le programme de l’association est un mélange confus de revendications plus ou moins progressistes et d’autres qui sont franchement réactionnaires, comme par exemple la revendication de mesures protectionnistes1. Néanmoins, le développement d’ATTAC et la mobilisation de Millau ne peuvent se comprendre que comme l’expression d’un déplacement de l’opinion des couches intermédiaires de la société vers des positions radicalement "anti-capitalistes". Des médecins, des pharmaciens, des avocats2, des magistrats et bien d’autres catégories professionnelles qui faisaient partie autrefois des réserves sociales du capitalisme, ont manifesté dans la rue pour défendre leurs intérêts, imitant les méthodes de lutte traditionnelles du mouvement ouvrier.

6. Un autre symptôme du processus en cours est le réveil de la "sous-classe" des sans-domicile, les plus démunis et des travailleurs illégaux. Des associations militantes regroupant ces catégories sociales ont été créées. Régulièrement, des immeubles inoccupés ont été pris d’assaut et occupés de force. Le soutien populaire dont bénéficient ces associations est d’une telle ampleur que même Chirac a cru nécessaire de leur apporter son soutien. De la même façon, des chômeurs ont occupé des bureaux de l’ANPE et des ASSEDIC pour revendiquer une augmentation des allocations et la création d’emplois. Les travailleurs sans papiers qui, dans le passé, se cachaient pour éviter des contrôles d’identité qui risquaient de les mener à l’expulsion vers leur pays d’origine, manifestent désormais au grand jour, chaque semaine, en revendiquant des papiers et l’égalité des droits. De nombreuses tentatives de déportation ont été empêchées, dans les aéroports, par les protestations spontanées des passagers et des équipages.

7. L’ensemble de ces processus ¾ la radicalisation du salariat en général, le réveil de catégories sociales habituellement inertes, et le déplacement vers la gauche du monde rural et des classes moyennes ¾ indique que la société française évolue nolens volens vers une nouvelle et colossale confrontation entre les classes. La grève de 1995 n’était que la répétition générale de cette future explosion, de même que la grève générale de 1963, d’une ampleur relativement modeste, était la répétition générale des événements révolutionnaires de 1968.

8. Les protestations organisées par les organisations patronales du transport routier, au début du mois de septembre dernier, soulignaient la grande instabilité sociale et politique qui caractérise la situation sociale de la France. Par suite d’une forte augmentation du prix des carburants, le pays a été subitement plongé dans une crise. Des barrages ont été dressés devant les raffineries, les entrepôts de carburants, des aéroports, des autoroutes, des tunnels, des ponts et bon nombre de chemins de fer. A ce rythme, au bout de seulement trois jours, les réserves de carburants étaient complètement épuisées dans de nombreuses villes, et huit stations-service sur dix étaient à sec. Cette action, dirigée par le patronat des grandes entreprises du transport routier et de l’industrie agroalimentaire, avait en soi un caractère réactionnaire. Néanmoins, elle s’inscrivait dans un contexte plus large de profonde crise sociale et économique. Indépendamment des véritables intérêts de classe qui animaient les manifestations, elles étaient une nouvelle illustration irréfutable de l’efficacité d’une action militante collective. Ceci explique l’extrême réticence du MEDEF à l’égard des initiatives de ses propres organisations affiliées.

Les partis de droite

9. Tous les partis capitalistes, qu’il s’agisse du RPR, de l’UDF ou du Front National, ont subi des scissions au cours des dernières années, et des divisions subsistent dans chacune des nouvelles structures. La classe dirigeante française n’a jamais pu jouir des avantages qu’aurait apporté un parti unique et stable pour représenter ses intérêts. Mais ses organisations n’ont jamais été aussi radicalement divisées qu’elles le sont à l’époque actuelle. Tibéri, le Maire RPR de Paris, vient d’être exclu de son parti, pour faire place à un candidat rival dans le RPR, Philippe Séguin. Chirac, Juppé et de nombreuses autres personnalités dirigeantes de la droite sont sous le coup de poursuites judiciaires concernant la fraude électorale, la corruption, le financement illégal des partis et d’autres affaires à scandale.

10. Le Front National a émergé sur fond de désillusion profonde à l’égard des gouvernements de gauche des années 80. A son apogée, le Front National obtenait de 10% à 15% des suffrages, et a pu remporter un petit nombre d’élections municipales. Face à la montée des mouvements sociaux, le Front National s’est divisé en deux, entre le Front National de Jean-Marie Le Pen et le MNR de Bruno Mégret. Depuis cette scission, un nouveau parti bonapartiste parlementaire3, le RPF, sous la direction de Charles Pasqua et Philippe de Villiers, s’est également scindé en deux. L’éclatement du Front National et du RPF montre que la réaction bonapartiste ne dispose d’aucune base sociale viable. Les scissions et les désaccords qui traversent les partis de droite sont la conséquence de l’impuissance des représentants directs du capitalisme face aux mouvements sociaux et, en particulier, du fait que le gouvernement Juppé de 1995 a très rapidement provoqué une confrontation majeure avec le salariat. Les événements de 1995, suivis de la débâcle électorale de 1997, ont mené à une profonde démoralisation et à la désorientation de la classe dirigeante.

La modification du rapport de forces entre les classes

11. Ces développements se déroulent sur fond de modification fondamentale du poids social relatif des différentes classes sociales, modification qui s’est opérée au cours des dernières décennies. A l’époque de la grève générale de 1936, 50% de la population habitait encore les régions rurales. La grande majorité de cette population rurale était active dans un type ou un autre d’agriculture. Aujourd’hui, 87% de la population active est composée de salariés. Seulement 18% de la population habite ce que l’on pourrait qualifier des régions rurales. Parmi ceux-là, seulement une famille sur dix compte ne serait-ce qu’une seule personne qui travaille dans l’agriculture. De plus, sur les 5% de la population active qui travaillent dans ce secteur, 85% sont des salariés. La modification de la composition sociale de la population au cours du siècle dernier a augmenté de façon très importante le poids social du salariat au détriment des couches sociales intermédiaires, lui conférant ainsi une puissance économique, sociale et politique colossales. Il ne s’agit pas seulement du nombre de salariés, mais aussi du pouvoir économique accru dont disposent les différentes catégories du salariat, du fait de la concentration des capitaux et de la plus importante interdépendance des différents secteurs de l’économie. Même la grève récente des convoyeurs de fonds a commencé, au bout de quelques jours de grève seulement, à avoir des répercussions importantes sur l’activité économique en général. La grève de 1995 n’était pas une mobilisation de l’ensemble du salariat. Elle impliquait, directement ou indirectement, peut-être moins d’un vingtième de l’ensemble des salariés. Elle n’en a pas moins pratiquement paralysé l’économie toute entière.

12. Le nouveau rapport de forces entre les classes fixe des limites quant aux possibilités ouvertes à la réaction politique en France. Marx disait que la France était un pays où la lutte des classes allait toujours "jusqu’à son terme". Il voulait dire que si la classe révolutionnaire, à savoir le salariat (ou "prolétariat" comme on disait à l’époque), n’arrivait pas à mener sa lutte "jusqu’à son terme" par la conquête du pouvoir politique et économique, alors la classe dirigeante, s’appuyant sur une paysannerie massive et sur la petite bourgeoisie urbaine, parviendrait toujours à l’écraser. Quelle qu’en soit la manière, la crise devait être résolue de façon décisive dans l’intérêt de la révolution ou de la contre-révolution. L’amère justesse de cette appréciation s’est révélée dans le sort tragique réservé à la Commune de Paris, en 1871. De même, dans les années 1930, une fois la montée révolutionnaire épuisée dans les entraves du "Front Populaire", la réaction a très rapidement repris le dessus. Une série de mesures quasi dictatoriales a été prise en 1938, ouvrant la voie au régime de Pétain et à l’occupation allemande de 1940.

13. L’érosion continue des réserves sociales de la réaction signifie que ce genre de dénouement rapide n’est de nos jours plus possible. Durant la dernière période, lorsque la pendule politique est passée à droite, comme c’était le cas en 1983-86 ou encore au début des années 90, la classe dirigeante s’est montrée incapable d’en profiter pleinement. En 1986, Chirac a tenté de le faire mais il a échoué. Il a nommé au Ministère de l’Intérieur Charles Pasqua, l’ex vice-président du Service d’Action Civique, une organisation paramilitaire responsable de nombreux assassinats politiques. Pasqua a tenté d’intimider la population en utilisant la police de la manière forte, sous prétexte de "rétablir l’ordre", et le gouvernement a engagé une politique de contre-réforme sociale, à l’instar de Margaret Thatcher, le Premier Ministre britannique de l’époque. Avant la fin de l’année, des centaines de milliers d’étudiants descendaient dans la rue pour protester contre la politique gouvernementale. Lorsque des policiers, encouragés par la démagogie guerrière de Pasqua, ont frappé un étudiant jusqu’à la mort, un million de personnes ont participé à une manifestation dans la capitale et la CGT a organisé une grève générale de vingt-quatre heures. Chirac s’est soudainement souvenu que la révolution de mai 1968 avait commencé dans des circonstances très similaires. Il a fait brusquement volte-face, abandonnant les réformes contestées, avant d’être battu dans les élections de 1988. Encore une fois, lors de la victoire de Chirac aux élections présidentielles de 1995 et la nomination de Juppé au poste de Premier Ministre, il n’a fallu au nouveau gouvernement que quelques mois pour se trouver face à une grève générale illimitée des transports publics. Juppé a dû faire marche arrière, et son gouvernement a été balayé aux élections législatives de 1997. Chaque tentative de mener une offensive réactionnaire a provoqué une nouvelle montée de contestation de la jeunesse et des salariés en général.

14. A notre époque, il ne faut plus compter sur la victoire rapide et décisive de l’un ou de l’autre camp. Nous sommes dans une situation où ni la classe dirigeante, ni le salariat, n’est capable de porter un coup décisif à son adversaire. D’un côté, la classe dirigeante est paralysée par l’érosion de sa base sociale, à savoir la paysannerie et les petits propriétaires, qui ont presque complètement disparus. De l’autre, le salariat est bloqué par la dégénérescence politique des dirigeants socialistes et communistes. Ainsi, les classes se tiennent mutuellement en échec. Les appareils bureaucratiques des partis de gauche et des organisations syndicales constituent l’obstacle principal au renversement du capitalisme. Sans le concours de ces bureaucraties, le capitalisme aurait été aboli il y a bien longtemps.

15. Entre 1981 et 2002, c’est à dire en vingt et un ans, les partis de droite n’auront disposé d’une majorité des sièges à l’Assemblée Nationale que durant six ans. L’expérience de la gauche au pouvoir a grandement contribué à l’élévation du niveau de la conscience politique de travailleurs. Le salariat, au prix de défaites et d’erreurs, a acquis une meilleure conscience de sa puissance et est en train d’assimiler les enseignements des luttes qu’il a menées. Dans ce processus, les travailleurs deviennent non seulement une classe "en soi", mais aussi une classe "pour soi", pour reprendre l’expression de Marx. Plus loin sur ce même chemin, qui passe par d’inévitables revers et déceptions, se trouve l’émergence d’une conscience authentiquement socialiste et révolutionnaire.

Le gouvernement Jospin

16. A l’étranger, Jospin a pu se faire la réputation d’être plus "à gauche" que ses homologues sociaux-démocrates, ailleurs en Europe. En réalité, Jospin a mis en oeuvre la même politique générale que Blair en Grande-Bretagne ou que Schröder en Allemagne. Le gouvernement actuel a privatisé bien plus que les privatisations accumulées des trois précédents gouvernements de droite (Chirac 1986-1988, Balladur 1993-1995, Juppé 1995-1997)4. Les services publics ont été minés par des restrictions budgétaires, par les "restructurations" et par le recours à des entreprises sous-traitantes du secteur privé. La loi qui réduit la semaine de travail à 35 heures contient des concessions majeures aux employeurs, et a servi de prétexte pour accorder des subventions publiques massives aux entreprises capitalistes, pour un montant se situant entre 105 et 130 milliards de francs, pour la seule année 1999. Le plan Juppé, qui a provoqué la grève de 1995, et que Jospin a soutenu à l’époque, a été maintenu, tout comme la législation raciste de Charles Pasqua. La lancée générale de la politique de ce gouvernement est de poursuivre une politique de contre-réforme, suivant l’exemple des gouvernements socialistes précédents de Fabius, de Rocard, de Cresson et de Bérégovoy. Cependant, la différence entre Blair ou Schröder et Jospin est que ce dernier est arrivé au pouvoir sur les épaules de la plus forte mobilisation des travailleurs français depuis la révolution de 1968. La gauche "plurielle" au pouvoir a dû faire face à une classe salariale en éveil, militante, confiante, de plus en plus expérimentée et qui, de surcroît, bénéficie d’un soutien majoritaire de "l’opinion publique". En 1999, le nombre de journées de travail perdues pour cause de grèves avait augmenté de 43% par rapport à 1998. Dans le secteur privé, la hausse était encore plus importante (+60%). Parmi ces grèves, un peu moins d’un tiers étaient motivées par les conditions de mise en application de la loi sur les 35 heures, dont les employeurs ont tenté d’exploiter les brèches qu’elle laissait ouvertes. Les salariés d’Air France ont organisé cinq grèves majeures sur cette seule question. Les grèves des services publics ont eu lieu à La Poste, au Ministère des Finances, au Ministère de la Culture, dans les hôpitaux, dans l’Education Nationale, à la SNCF, dans les métros et les transports publics de plusieurs villes. Dans le privé, également, de nombreux secteurs de l’économie ont été touchés par des mouvements de grève.

17. Les luttes contre le démantèlement du secteur public et les contre-réformes ont atteint un point culminant en mars 2000, lorsque les mobilisations simultanées des enseignants et des salariés du Ministère des Finances ont provoqué une crise gouvernementale majeure. Les salariés du Ministère des Finances refusaient de collecter des impôts jusqu’à ce que le gouvernement abandonne un projet de réforme qui menaçait leurs conditions de travail. Craignant une généralisation des mouvements sociaux, Jospin a été acculé au retrait d’une série de projets gouvernementaux et au renvoi des ministres les plus étroitement associés à ces projets, dont le Ministre de l’Education Nationale, Claude Allègre, et le Ministre des Finances, Christian Sautter. Cette défaite sérieuse, infligée par le mouvement syndical sur un gouvernement socialiste-communiste, a marqué en tant que telle une étape nouvelle et très importante dans l’évolution de la lutte des classes en France.

18. Les ministres les plus droitiers du gouvernement ont été constamment jetés sur la défensive par le cours des événements. Après le départ de Strauss-Kahn, puis de Sautter et d’Allègre, Laurent Fabius, qui a remplacé Sautter au Ministère des Finances, tombe actuellement sous le feu de la critique pour ses "réformes" fiscales, qui favorisent les plus riches. Reprenant à son compte les revendications de la Banque de France et du MEDEF, il préconise une réduction des dépenses publiques, une révision de la loi sur les 35 heures dans l’intérêt des employeurs, et la poursuite du blocage des salaires de la fonction publique. Poussé par le mécontentement des syndicats et de la population, Jospin a été obligé de s’opposer à Fabius. Ce dernier, quant à lui, s’efforce, dans ses manœuvres contre Jospin, de s’assurer le soutien des milieux financiers et des grands industriels.

19. Venant de la droite du PS, Jospin n’a pu parvenir à sa position dirigeante qu’en se présentant comme un candidat de "rupture" par rapport à la corruption et au népotisme qui caractérisaient le "mitterrandisme". L’introduction de la semaine de 35 heures dans le programme du PS a renforcé l’impression qu’il était un dirigeant plus sensible que ses prédécesseurs aux attentes du mouvement social. Au gouvernement, Jospin fait figure d’équilibriste balançant entre la gauche du PS et les ministres du PCF d’un côté, et les porte-parole les plus endurcis des intérêts capitalistes tel que Fabius, de l’autre. Ce n’est pas par hasard que Jospin a confié les ministères des transports et de la jeunesse aux communistes, et la tutelle des lycées professionnels à un représentant de la Gauche Socialiste. Ces ministres ont pour mission de servir de soupape de sécurité, en protégeant le flanc gauche du gouvernement de l’offensive des travailleurs des transports, des enseignants et des lycéens.

20. Au gouvernement, les tensions entre la gauche et la droite - Jospin jouant le rôle d’arbitre entre les deux camps - ont été contenues dans certaines limites par la reprise économique. Jospin s’efforcera d’éviter une confrontation avec les organisations syndicales dans l’année à venir, afin d’augmenter ses chances de remporter les élections présidentielles. Cependant, un ralentissement de la croissance du PIB est actuellement indiqué par certaines statistiques, et pourrait peut-être se traduire par une nouvelle augmentation du nombre de chômeurs avant la fin de 2001. En France, le nombre officiel de chômeurs augmente, en règle générale, lorsque la croissance du PIB tombe en dessous de 2,4%. Malgré le ralentissement de la croissance, elle se situera aux alentours de 3,2%5 pour l’an 2000. La croissance, en 2001, sera sans doute plus faible. Si la Bourse américaine subissait un crash, la situation économique, en France, changerait de façon dramatique dans un laps de temps très court, faisant brusquement augmenter le nombre de chômeurs. Ceci ouvrirait une période de conflits sociaux à une échelle massive.

21. De même que Juppé a été jeté sur la défensive par les grèves de 1995, Jospin est aujourd’hui sur la défensive face aux luttes qui se sont développées depuis 1997. Il est dans une position particulièrement délicate depuis sa défaite au mois de mars dernier et en raison de l’approche des élections présidentielles. La reprise économique lui a fourni une certaine marge de manœuvre, que Juppé n’avait pas. La forte croissance du revenu de l’État par le biais de la TVA, de l’impôt sur le revenu, des impôts sur les bénéfices et des autres taxes dont la recette est liée au niveau général de l’activité économique, ont permis de financer les emplois-jeunes et des ristournes financières massives au profit du patronat. Quelque 400 000 jeunes ont été embauchés en emplois-jeunes, c’est à dire avec des contrats de cinq ans et un bas salaire. L’augmentation des revenus de l’État a réduit la pression tendant à restreindre les budgets de la santé, de l’éducation et des allocations sociales. Cependant, du même coup, la croissance de l’économie a eu pour effet de mettre davantage en relief les inégalités flagrantes qui existent dans la société française. C’est pour cette raison que Strauss-Kahn et Sautter ont délibérément menti, à l’Assemblée Nationale et dans la presse, à propos du montant de l’excédant fiscal, prétendant qu’il n’était que de l’ordre de 13 milliards de francs, et que cette somme était "déjà allouée". Or en réalité, l’excédant se situait aux alentours de 60 milliards de francs.

22. Depuis la crise du mois de mars dernier, le nombre de grèves offensives a eu tendance à augmenter, notamment sur la question des salaires. La grève de vingt-quatre heures à la SNCF, le 28 septembre, a été suivie massivement. La hausse du prix des carburants, et surtout la chute, face au dollar, de la valeur de l’euro, actuellement en baisse de 30% par rapport à sa valeur d’origine, se traduisent par une hausse générale des prix qui ronge le pouvoir d’achat des salariés. Le 1er novembre, le prix du gaz a augmenté de 13%. Cette reprise de l’inflation stimule les revendications salariales.

L’économie

23. De manière générale, les indicateurs économiques de ces six derniers mois tendent à confirmer que l’apogée de l’actuelle phase de croissance est déjà derrière nous. La production industrielle se ralentit. La hausse des valeurs boursières a été ramenée à une moyenne de 4% depuis le début de l’année, chiffre qu’il faut comparer aux 13% environ des années précédentes. Le solde mensuel du commerce extérieur, qui est demeuré positif depuis 1994, a récemment basculé dans le négatif. L’augmentation des taux d’intérêt, la hausse importante du prix des carburants (dont les importations sont payées en dollars) et un taux d’inflation de 2,2% qui tend à la hausse, sont autant de facteurs qui freinent la demande du marché intérieur. La croissance s’affaiblira courant 2001. En outre, la production chuterait brutalement si une crise majeure des bourses internationales devait se produire.

24. Les taux de croissance du PIB en France depuis vingt ans ont été les suivants :

1981 1.2%
1982 2.6%
1983 1.5%
1984 1.6%
1985 1.5%
1986 2.4%
1987 2.5%
1988 4.6%
1989 4.2%
1990 2.6%
1991 1.0%
1992 1.5%
1993 -0.9%
1994 2.1%
1995 1.8%
1996 1.1%
1997 2.0%
1998 3.4%
1999 2.9%
2000 3.2% (estimation)

A partir de la fin de la première de ces deux décennies, que nous prenons en compte afin de montrer les cycles successifs de reprise et de récession sur une longue période, les chiffres témoignent d’une croissance particulièrement faible entre la fin de 1990 et 1997, avec une "mini-pointe" à peine supérieure à 2% en 1994, et une baisse absolue de la production en 1993. La courbe ne repart à la hausse que dans le deuxième semestre de 1997. En outre, les statistiques mensuelles de l’année 2000 indiquent un ralentissement du taux de croissance au fur et à mesure que nous avançons vers la fin de l’année.

25. La chute de l’euro a stimulé les exportations, qui ont augmenté de 10% en 12 mois. Cependant, les importations augmentent à un taux encore plus élevé, et ceci malgré une hausse du prix des produits importés de 25% à 30%, laquelle est due à la dépréciation de la monnaie européenne. La hausse des importations est particulièrement marquée pour les machines-outils. La réticence des capitalistes à investir, dans le passé, et leur lutte obsessionnelle contre la "surcapacité" font que l’industrie française tourne actuellement à 89% de sa capacité et ne peut pas faire face à la croissance de la demande engendrée par la reprise, ce qui oblige les industriels français à importer des machines de l’étranger.

26. La Banque Centrale Européenne a tenté d’empêcher le déclin de l’euro en augmentant les taux d’intérêt. Cette politique n’a pas marché. De nouvelles hausses des taux d’intérêt freineront la croissance économique à travers la zone euro. Par contre, si les taux n’augmentent pas, l’euro sera encore plus affaibli face au dollar. A un certain stade, la Réserve Fédérale interviendra, comme elle l’a déjà fait, afin de renforcer la monnaie européenne, puisque la chute de l’euro signifie des pertes énormes en termes de profits réalisés en Europe par des firmes américaines, lorsque qu’ils sont rapatriés aux États-Unis. Désormais, ce sont les banques américaines qui vont largement déterminer la valeur d’échange de l’euro. C’est là un atout que l’impérialisme américain s’efforcera d’exploiter.

27. Si la croissance de l’économie française se ralentit, comme il nous semble probable, cela aura des conséquences importantes sur le plan de la lutte des classes. La reprise a eu lieu au détriment de la majorité de la population. La rémunération moyenne des salariés a baissé, en partie en raison des emplois-jeunes, mais aussi à cause de la généralisation de l’emploi précaire. Aujourd’hui, 80% des conventions collectives comportent des clauses fixant un salaire minimum inférieur au SMIC, contre 50% il y a dix ans. Les salaires représentaient en moyenne 52% de la "plus-value" des entreprises (selon la définition patronale de celle-ci) contre 58% en 1997 et 70% en 1983. Il y a aujourd’hui 650 000 travailleurs intérimaires, soit trois fois plus qu’il y a sept ans. Le nombre de travailleurs devant accepter des CDD et des emplois à temps partiel a augmenté de façon spectaculaire, faute d’offres d’emploi en CDI et à temps plein. Sept embauches sur dix font l’objet de contrats précaires. La population vivant en dessous du seuil officiel de la pauvreté se situe entre 5,5 et 6,1 millions de personnes. Plus de deux millions de personnes sont mal logées et plus de 200 000 personnes n’ont pas de foyer. Et ces statistiques ne se sont pas améliorées durant les trois dernières années de reprise économique.

28. Dans les secteurs public et privé, les salariés subissent de fortes pressions visant à les rendre plus productifs. La mise en oeuvre de nouvelles technologies a augmenté le taux d’exploitation des salariés, mais n’explique pas la totalité des gains de productivité. Ceux-ci ont très souvent été réalisés par le biais de pressions morales et psychologiques sur les travailleurs, qui doivent travailler plus dur et plus vite. Une grève significative a eu lieu récemment à Paris dans une agence de la sécurité sociale, où les salariés, principalement des femmes, ont revendiqué le départ du directeur pour cause de "harcèlement, cruauté et intimidation".

29. La croissance économique n’a eu aucun impact positif significatif sur les problèmes sociaux les plus graves. Le sentiment que les "fruits de la croissance" n’ont pas profité aux salariés est largement répandu. La reprise a donc aggravé le mécontentement social. Fabius a été vivement critiqué pour sa réforme fiscale qui fait la part belle aux plus riches. Le quart des contribuables qui ont les revenus les plus modestes ont bénéficié de 19 milliards de francs de réduction d’impôt, les deux quarts au dessus ont obtenu respectivement 20 et 23 milliards de francs, et le quart le plus favorisé a reçu 79 milliards de francs, soit plus que tous les autres contribuables réunis6. Si l’économie se ralentit de manière significative, les milieux financiers et patronaux feront encore plus pression pour que Jospin réduise davantage les dépenses sociales. Cependant, les premiers signes tangibles d’une politique budgétaire plus restrictive donneront lieu à de nouvelles contestations. Même sans de nouvelles restrictions, des luttes importantes sont à l’ordre du jour sur la question de la mise en application des 35 heures dans la fonction publique. Des grèves sur la question des salaires éclatent déjà dans ce secteur, comme par exemple celle du 26 octobre dans les hôpitaux. Des évènements tels que la grève du 28 septembre à la SNCF sont un avertissement au gouvernement.

Le Parti Socialiste

30. Conformément aux perspectives que nous avons élaborées précédemment, le Parti Socialiste a été affecté par la résistance du salariat aux pressions du capitalisme et par la bipolarisation de la société dans son ensemble. Les échelons supérieurs de la bureaucratie socialiste ont été transformés en un agent conscient des intérêts capitalistes. En même temps, cependant, la base du parti évolue graduellement vers la gauche. Une partie significative des adhérents du PS, dont les enseignants et les salariés du secteur public, a subi de plein fouet les mesures restrictives appliquées par les gouvernements de droite et de gauche depuis de nombreuses années. Ceci explique l’émergence de tendances oppositionnelles importantes. Le principal courant réformiste de gauche dans le PS, la Gauche Socialiste, est dirigé par Dray, Mélenchon, Lienemann et Filoche, et s’appuie sur environ 15% des adhérents du parti. Un autre courant de gauche, autour d’Henri Emmanuelli, représente peut-être 8% des adhérents7. Une nouvelle vague de mouvements sociaux ne manquera pas d’exacerber les tensions à l’intérieur du parti et poussera la base encore plus vers la gauche.

31. En capitulant, à chaque étape, face à l’aile droite du parti, les dirigeants de la Gauche Socialiste ont entravé le développement d’une opposition de gauche puissante au sein du PS. Ils ont soutenu le traité de Maastricht, en appelant à voter "oui" lors du référendum, et se plaignent maintenant des conséquences de ce même traité. Ils n’ont opposé aucune résistance sérieuse aux privatisations. Ils acceptent ouvertement "l’économie de marché", ajoutant seulement que celle-ci doit co-exister avec une "république sociale". La faiblesse de leur programme est symbolisée par la place centrale qu’y occupe la revendication d’une "taxe Tobin" de 0,05% sur des transactions financières spéculatives, idée qu’ils ont empruntée à l’association ATTAC. Ils ont soutenu l’intervention militaire dans les Balkans, regrettant seulement la quantité de bombes larguée sur les Serbes. Pendant les grèves des enseignants contre les projets de Claude Allègre qui ont mené à la crise gouvernementale du mois de mars dernier, Julien Dray a dénoncé les enseignants qui refusaient, disait-il, de saisir "la main tendue" par le ministre discrédité. Les dirigeants de la Gauche Socialiste n’ont finalement pris leurs distances à l’égard d’Allègre qu’après sa défaite et sa démission.

32. Dans la foulée de la crise de mars, les ministres les plus directement associés aux contre-réformes contestées ont été limogés. Julien Dray a rejoint l’instance dirigeante du PS et Jean-Luc Mélenchon est entré au gouvernement. Les projets les plus contentieux de Claude Allègre ont été mis de côté. Après la défaite qu’il a subie en mars, Jospin veut surtout éviter, avant les élections présidentielles, une nouvelle confrontation avec les syndicats des enseignants ou avec les étudiants. Pour éviter de nouveaux conflits, il s’appuie sur le conciliateur Lang et sur la Gauche Socialiste, qui domine le plus grand syndicat étudiant (UNEF-ID) et le syndicat lycéen (FIDL). A la nomination de Mélenchon, les dirigeants de la Gauche Socialiste ont immédiatement annoncé qu’ils étaient désormais en "alliance objective" avec Jospin, puisque l’ennemi principal était désormais Fabius. De son côté, Mélenchon s’est récemment défini comme "un ministre totalement dépourvu de toute idéologie".

33. La forte hausse des revenus fiscaux engendrée par la reprise a fourni la base économique de ce compromis. Toute tentative de relancer les contre-réformes dans l’éducation nationale provoquera une crise au sein du Parti Socialiste et au sein de la Gauche Socialiste. Malgré l’entrée de Mélenchon au gouvernement, la Gauche Socialiste va probablement progresser dans les années à venir. Les dirigeants voudraient pouvoir capituler devant Jospin mais ils sont sous la pression de la base de leur courant. Gérard Filoche, qui a mené une lutte importante contre les dispositions initiales du projet de loi sur les 35 heures, est en train d’émerger comme une personnalité dirigeante plus à gauche que Dray, Mélenchon et Lienemann. Le développement de la Gauche Socialiste en tant que tendance réformiste de gauche au sein du PS reflète les luttes des travailleurs et la conscience politique plus affirmée du salariat. Le déclin du PCF, et tout particulièrement de son soutien par la jeunesse, aura tendance à renforcer davantage les courants réformistes de gauche au sein du PS.

Le Parti Communiste

34. Depuis que ses dirigeants ont trahi la révolution de 1968, le Parti Communiste Français est en déclin continu. Ce processus s’est récemment accéléré. Les chiffres officiels publiés par le PCF font état d’une baisse des effectifs à un rythme de 4% par an en moyenne depuis 1995. Au cours des derniers huit mois, 20 000 adhérents ont quitté le parti. La fête de l’Humanité, qui attirait 250 000 personnes par jour dans les années 80, n’en a attiré cette année que 80 000 par jour.

35. Les militants du PCF ont été écœurés par le comportement de la direction du parti à l’égard du gouvernement Jospin. Chaque nouvelle contre-réforme, presque sans exception, a été votée par le groupe communiste, après quelques protestations verbales sans suite et "pour la forme". Robert Hue affiche ouvertement son ralliement à l’économie de marché, en déclarant notamment que la privatisation ne doit plus être un "tabou" pour des communistes. Cette démarche a provoqué une réaction hostile de la part d’une partie importante de la base, qui se souvient encore de l’expérience douloureuse de la participation du PCF au gouvernement Mauroy, entre 1981 et 1984. Élu avec un soutien populaire massif sur la base d’un programme de réforme sociale, Mauroy est passé à une politique de contre-réforme en moins de douze mois. La direction du PCF n’a quitté le gouvernement qu’en 1984, considérablement affaiblie, après avoir soutenu les contre-réformes et joué les briseurs de grève pendant deux ans au nom de la "solidarité gouvernementale". A l’époque, l’appareil du PCF maîtrisait encore celui de la CGT. Après avoir quitté le gouvernement, les dirigeants du PCF ont tenté de restaurer leur crédibilité en reprenant les mêmes méthodes qu’avait employé Maurice Thorez après l’éjection par le gouvernement Ramadier des ministres PCF en 1947. A partir de 1984, une série de grèves minoritaires et mal préparées ont été commanditées par l’appareil du PCF, qui n’avançait aucune revendication ni aucune perspective qui auraient justifié les sacrifices demandés aux travailleurs. Il s’agissait d’une politique de harcèlement industriel, dictée par les intérêts de la bureaucratie du PCF, qui ne tenait compte ni de l’humeur ni des aspirations des salariés. La direction du parti a avancé une plate-forme axée sur un nationalisme virulent, exigeant une priorité aux "productions franco-françaises" et des mesures protectionnistes à l’encontre des marchandises fabriquées à l’étranger. Un exemple de cette démarche a été la campagne menée par le PCF et par la CGT pour la fermeture des usines Renault en Espagne et pour le rapatriement en France des "emplois français"8. La politique nationaliste et le comportement sectaire de la direction du PCF n’ont fait qu’affaiblir davantage l’autorité du parti aux yeux des travailleurs. La direction de la CGT, voyant que sa crédibilité avait été compromise par son identification avec l’appareil du PCF, a finalement rompu avec lui, le privant d’un réservoir vital de soutiens et d’adhérents.

36. Georges Marchais et la direction du PCF ont tenté de justifier la chute de la popularité du parti en expliquant que la société française dans son ensemble "glissait vers la droite". Il était donc naturel que le soutien aux idées communistes soit en recul. Le Parti Socialiste a été désigné en bouc émissaire. Les "traîtres" socialistes avaient viré à droite, et le PCF, qui leur avait fait confiance, en payait le prix. Entre 1984 et 1997, les dirigeants du PCF ont nourri leurs militants d’une propagande anti-PS accablante, et ce afin de masquer leur propre responsabilité dans le recul du parti. Dans ces conditions, la volte-face de 180°, effectuée par Robert Hue, en faveur d’une nouvelle participation au gouvernement avec le PS, a inévitablement provoqué une crise majeure et des divisions profondes au sein du PCF. Alors que le gouvernement de Pierre Mauroy, avant de virer à droite, avait mis en oeuvre un programme de nationalisations et de réformes sociales, il n’en est rien du gouvernement actuel, dans lequel Jean-Claude Gayssot, ministre communiste des transports, est directement responsable de la privatisation d’Air France et de l’industrie aérospatiale.

37. La perspective la plus probable pour le PCF est la poursuite de son déclin, avec de possibles scissions vers la gauche ou vers la droite. Les éléments les plus ouvertement réformistes vont probablement graviter en direction du PS, suivant l’exemple de Charles Fiterman, qui était un ministre PCF dans le gouvernement Mauroy. Après une série de crises et de ruptures, il est possible que certains éléments nationalistes de la "gauche" du PCF finissent par rejoindre le Mouvement des Citoyens. Le syndicat étudiant communiste, l’UNEF, est en train de s’unifier avec l’UNEF-ID (dirigée par la Gauche Socialiste), ou plutôt de s’y effondrer. Quelques dirigeants de l’UNEF seront confortablement installés dans les instances du syndicat unifié, mais probablement peu d’adhérents de base de l’ancienne UNEF les suivront.

Les élections

38. Il est difficile de prévoir les résultats des élections législatives et présidentielles qui auront lieu dans dix-huit mois, en 2002. Dans les législatives, qui auront lieu juste avant les présidentielles, le nombre de voix pour les listes socialistes-communistes sera sans doute moins important qu’en 1997. La base électorale du PCF se rétrécira davantage. Cependant, l’état pitoyable des partis de droite signifie que ceux-ci ne seront pas en mesure de profiter pleinement de la désillusion de l’électorat à l’égard de la gauche. Cette désillusion s’exprimera plutôt par un taux d’abstentionnisme élevé, et peut-être aussi par des reports de voix sur les Verts ou sur le Mouvement des Citoyens de Jean-Pierre Chevènement. Ceci dit, des variations minimes dans le partage des voix peuvent mener à des modifications importantes dans la représentation parlementaire des partis. Les résultats des élections municipales de mars 2001 fourniront des indications sur les perspectives pour les élections nationales de l’année suivante. Au demeurant, nous ne pouvons que prudemment avancer cette prévision : les élections législatives pourraient bien aboutir à un nouveau gouvernement de gauche s’appuyant sur une majorité réduite à l’Assemblée Nationale. Aux élections présidentielles, Jospin est bien placé face à Chirac, qui a été personnellement remis en cause dans plusieurs scandales financiers. Le vote communiste ne dépassera probablement pas les 8% aux présidentielles, et pourrait bien descendre à 6%, c’est-à-dire au niveau des listes de l’extrême-gauche. Aux élections présidentielles, le score du PCF ne sera pas masqué par son alliance avec le PS.

L’extrême-gauche

39. La France est l’un des rares pays dans le monde où il existe des organisations d’extrême-gauche d’une certaine importance. A vrai dire, la politique de la LCR et du PCI n’est pas "gauchiste", mais plutôt opportuniste et réformiste. Le "gauchisme" de ces organisations ne concerne que leur attitude envers les organisations traditionnelles du salariat, et notamment envers le PS et le PCF. Une troisième organisation, Lutte Ouvrière, a réduit le "trotskysme" à une litanie stérile d’observations rudimentaires à propos de la division de la société en classes. Chacune de ces organisations doit compter entre 800 et 1500 adhérents. En pratiquant pendant des décennies un sectarisme pernicieux, tout en épousant toutes les "modes" politiques passagères - Maoïsme, Titoisme, Castroisme, guérilla rurale et urbaine, terrorisme individuel, "étudiantisme" et ainsi de suite - elles ont malheureusement réussi à discréditer la réputation du "trotskysme" aux yeux des travailleurs et de la jeunesse. Certes, un certain nombre de militants, repoussés par la dégénérescence des dirigeants socialistes et communistes, peuvent être attirés par les groupes d’extrême-gauche. Cependant, dès lors que, sous la pression du mouvement social, se développeront des courants oppositionnels importants au sein des partis de gauche, et notamment dans le Parti Socialiste, ouvrant ainsi, aux yeux de la population, la perspective de balayer la direction droitière de celui-ci, l’extrême-gauche perdra d’emblée sa raison d’être. Les perspectives pour les groupements d’extrême-gauche, considérées collectivement, sont donc conditionnées par les développements au sein des partis socialiste et communiste. L’extrême-gauche nous a compliqué la tâche à un certain degré dans le passé et pourrait la compliquer encore pendant un certain temps. Cependant, une fois que notre tendance aura émergée comme un mouvement plus fort et plus "visible" dans le mouvement ouvrier français, la clarté de nos idées et notre orientation envers les syndicats et les principaux partis de gauche nous permettront de dépasser l’extrême-gauche très rapidement.

Les syndicats

40. Les organisations syndicales regroupent environ 9,2% des salariés. Ce chiffre peut paraître faible et donner une idée fausse du véritable poids du syndicalisme en France. L’histoire de ces dernières décennies a démontré à plusieurs reprises que les syndicats ont incontestablement une assise de masse et constituent, en réalité, la force la plus puissante de la société. La confédération la plus implantée est celle de la CGT, avec environ 640 000 adhérents, suivie par la CFDT, qui compte environ 500 000 adhérents. La CGT a rompu avec l’appareil du PCF. Dans les années 80, des grèves menées par la CGT contre un ministre communiste auraient été inconcevables, alors qu’aujourd’hui de telles grèves se produisent régulièrement, comme en témoignent les nombreuses grèves dans les transports depuis 1997. La grève générale de 1995 a radicalisé la CGT. Ce n’est pas un hasard si Bernard Thibault, qui dirigeait les cheminots en 1995, se trouve aujourd’hui à la tête de la confédération. Les effectifs de la CGT sont actuellement en augmentation, dans les transports et dans la métallurgie, ce qui inverse la tendance à la baisse de la période précédente. Une nouvelle structure syndicale, le SUD, créée initialement à partir de scissions dans les syndicats CFDT sur l’initiative de la LCR, a acquis une position importante dans certains secteurs. Ceci est le cas, par exemple, à la Poste, où le SUD a gagné du terrain. Le net recul de FO à la Poste reflète la radicalisation des salariés de ce secteur.

41. La CFDT est dirigée par Nicole Notat. Elle a soutenu le "plan Juppé" en 1995 et s’est opposée à la grève des transports. Notat a pu consolider sa position grâce à une série de facteurs, dont une certaine recomposition des effectifs de la confédération. De même a-t-elle été confortée par le comportement myope et sectaire de la LCR. Suite à sa trahison flagrante de la grève de 1995, Notat était fragilisée au sein de la confédération. Mais au lieu de mener une lutte au sein de la CFDT pour la faire éjecter, les adeptes de la LCR, qui avaient une certaine influence parmi les cheminots de la CFDT, ont préféré saisir l’occasion de créer un syndicat "à eux", et ont fait sortir de la CFDT des centaines de cheminots oppositionnels. Une scission similaire avait été orchestrée par la LCR dans les services sociaux, dans les années 80 ; elle avait abouti à la création du SACER. En même temps, Notat s’efforce de rendre la vie impossible aux syndicats oppositionnels. Une partie des adhérents de la CFDT, à l’ANPE, a quitté la confédération, laissant l’ancienne structure entre les mains des pro-Notat. Il y a quelques semaines, le Syndicat du Commerce de Paris (SYCOPA), un syndicat modèle à beaucoup d’égards, et qui compte plusieurs luttes importantes à son actif, a rompu avec la CFDT après la signature d’un accord entre les acolytes de Notat et le patronat du secteur qui s’est réalisée par-dessus de la tête du syndicat. La majorité du SYCOPA a quitté la CFDT et cherchera sans doute à s’affilier à la CGT. L’opposition à Notat grandit au sein de la confédération. Parmi les structures oppositionnelles figure la puissante fédération de la métallurgie. Mais Notat a profité du départ d’une partie de l’opposition, ainsi que de l’apport de nouvelles adhésions de son cru, pour consolider temporairement sa position.

42. Force Ouvrière s’est traditionnellement située sur la droite du mouvement syndical français. Cependant, la lutte des classes a aussi eu son impact à l’intérieur de cette organisation. Le positionnement "non politique", cultivé de façon démagogique par sa direction, a permis à FO de se développer pendant les années 80 au détriment de la CGT et de la CFDT, lesquelles s’étaient compromises en acceptant de servir de relais au gouvernement socialiste-communiste et en cherchant à étouffer toute opposition à la "politique de rigueur" appliquée à partir de 1982. Dans ce contexte, FO pouvait se présenter comme la seule confédération syndicale réellement "indépendante". A cette époque, FO a pu s’implanter parmi les catégories de travailleurs les moins expérimentés. Or, au cours de la dernière période, ce sont justement ces catégories qui ont commencé à se mobiliser, mettant ainsi les dirigeants dans l’obligation de tenir compte de leurs revendications. Depuis à peu près cinq ans FO est entrée dans une phase de déclin. La confédération prétend avoir un million d’adhérents. Cependant, une récente enquête parlementaire a déterminé que ses effectifs n’étaient pas supérieurs à 180 000 adhérents. Ce sont les "Lambertistes", une secte corrompue et opportuniste qui a réussi à infiltrer les structures de FO, qui tiennent la "gauche" de la confédération. C’est sur l’insistance de cette secte que FO refuse de défiler conjointement avec les autres confédérations lors des manifestations du 1er mai, car les Lambertistes ont décidé que la CGT et la CFDT, à la différence de FO, n’étaient pas des organisations authentiques de travailleurs.

43. Dans le contexte général de grèves et d’instabilité sociale, les travailleurs s’efforceront de transformer les organisations syndicales en des instruments fiables de leur lutte. Le Parti Socialiste, le Parti Communiste et les organisations syndicales seront tous sujets à la pression de leur base sociale. Au fur et à mesure que les jeunes et les salariés commenceront à tirer des conclusions radicales à partir de leurs expériences, des tendances réformistes de gauche et centristes10 s’affirmeront dans la société en général et au sein même de ces organisations.

44. Pour l’heure, le PS, le PCF et les syndicats ne sont des organisations "de masse" que dans le sens où elles reposent sur les immenses réserves sociales que constituent les salariés et la jeunesse. Le programme politique interne de ces organisations, surtout des partis mais aussi des syndicats, est à la traîne par rapport à l’évolution du niveau de conscience politique à l’œuvre dans leur base sociale. Les développements importants qui se déroulent à l’intérieur du PS et la crise dans le PCF ne sont qu’un avant-goût de ce qui se passera à l’avenir. Au Parti Socialiste, la Gauche Socialiste progressera, malgré les carences de ses dirigeants. L’avènement d’une nouvelle grève comparable, par exemple, à celle de 1995, renforcerait énormément l’opposition à la politique droitière de la direction du parti.

45. Les développements auxquels nous pouvons nous attendre et les opportunités énormes qui s’ouvriront à nous sont indiqués par ce qui est arrivé à l’ancienne SFIO dans la foulée des événements de 1968. Le mouvement révolutionnaire de cette année-là a mené à une transformation radicale de la SFIO, qui avait été réduite, à la veille des événements, à un résidu parlementaire sclérosé. Suite à la trahison de la révolution par la direction stalinienne du PCF, la SFIO réformée, et renommée Parti Socialiste, est devenue le foyer des aspirations révolutionnaires des jeunes et des travailleurs éveillés à l’action politique par la grève générale. Une partie du PSU, une organisation centriste, a été incorporée dans le PS, dont l’ensemble a rapidement évolué vers la gauche. Dans sa lutte pour asseoir son autorité dans le parti au congrès d’Épinay, en 1971, François Mitterrand, un ancien politicien de droite, devait mettre ses discours en conformité avec l’humeur révolutionnaire de l’époque. Devant le congrès, il a déclaré que même si des divergences pouvaient exister sur comment la révolution socialiste devait s’accomplir, "celui ou celle qui n’est pas en faveur de cette révolution n’a pas sa place au Parti Socialiste". La Déclaration de Principes adoptée par le congrès définissait le parti comme étant "d’inspiration marxiste" et précisait que son objectif était de rompre avec le capitalisme et de mener à bien la transformation socialiste de la société. Une puissante aile gauche s’est développée autour du courant CERES, qui était largement majoritaire chez les jeunes socialistes.

46. La France entre désormais dans une période de luttes de classes et d’instabilité sociale similaire à celle qui a précédé la crise révolutionnaire de 1968. Cette époque est donc notre époque. Le programme, la théorie, les méthodes et les traditions de notre organisation sont la clé de la destinée historique du salariat en France et à l’échelle internationale. Notre devoir est de développer l’implantation de notre organisation le plus rapidement possible. Dans la situation actuelle, de larges possibilités nous sont ouvertes. Nous devons trouver les ressources qui nous permettront de saisir les occasions qui se présentent. Dans un pays comme la France, où il existe deux partis de gauche fortement implantés, nous aurons nécessairement une présence dans chacun de ceux-ci. Dans les deux partis, nous avons déjà un potentiel de développement à l’heure actuelle, mais ce sera encore plus le cas à l’avenir. Il en va de même dans les syndicats. Mais surtout, à ce stade, notre priorité doit être de développer notre influence dans la jeunesse. Nous devons construire une organisation forte et active, fondée sur une compréhension solide de nos idées. A condition de faire preuve d’une attitude sérieuse envers tous les aspects de l’organisation, envers son journal, son financement et l’amélioration de ses moyens matériels, nous pouvons, créer une base militante solide dans les années à venir. Les développements décrits dans ce document indiquent que la France se dirige vers une confrontation majeure, ou plutôt une série de confrontations majeures, entre les classes. Notre tâche est de faire avancer les idées du socialisme authentique, et de préparer ainsi les prémisses d’une victoire décisive du mouvement social, qui mettrait le socialisme à l’ordre du jour en France, en Europe et dans le monde entier.

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