Voici le document d’orientation politique qui a été adopté lors du dernier congrès national de La Riposte, les 3 et 4 février dernier. Nous invitons nos lecteurs et sympathisants à l’étudier, à nous faire part de leurs remarques et à le diffuser largement dans leur entourage militant.

Les perspectives économiques, sociales et politiques élaborées ici ont nécessairement un caractère général et conditionnel. Mais elles constituent néanmoins un élément indispensable de l’arsenal idéologique d’un marxiste. Il s’agit d’une analyse des processus fondamentaux à l’œuvre dans la société française, et qui nous permet de prévoir, dans la mesure du possible, le cours général le plus probable des événements dans la période à venir. Les perspectives nous servent de boussole pour nous aider à mieux nous orienter dans notre appréciation des événements et dans notre travail militant, à mieux distinguer le fondamental du secondaire, l’essentiel de l’accidentel.

La crise du capitalisme

L’intégration progressive des économies « nationales » en une seule économie internationale, brillamment mise en évidence par Marx et Engels dans leManifeste du Parti Communiste, a été réalisée d’une façon si complète qu’aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut s’y soustraire. La division internationale du travail, le niveau de développement de la technologie – et donc de la productivité du travail – constituent un accomplissement historique majeur, qui forme la base matérielle sur laquelle reposera la future société socialiste. La prépondérance du marché mondial signifie également que les perspectives pour la France sont, plus que jamais, indissociables des perspectives mondiales.

Le système capitaliste est partout en crise. Sur tous les continents, y compris les Etats-Unis, le capitalisme signifie la régression sociale et la généralisation de la « grande pauvreté ». Même dans les pays les plus riches, les statistiques disponibles, prises dans leur ensemble, indiquent une dégradation constante des conditions de vie de la majorité, que ce soit dans le domaine de l’emploi, du logement, de la qualité des services publics et de la protection sociale, des systèmes éducatifs, de la santé publique ou encore de l’endettement des ménages. Dans les pays sous-développés, cette dégradation est beaucoup plus grave. En Afrique et en Asie, des centaines de millions d’êtres humains sombrent chaque année dans une misère absolument écrasante. L’accroissement des tensions et des conflits dans les domaines économique, diplomatique et militaire, les guerres et massacres, les soulèvements révolutionnaires – particulièrement en Amérique latine – sont autant d’expressions de l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste, à l’échelle mondiale.

Les causes fondamentales de cette situation résident dans la contradiction entre, d’une part, la propriété privée des moyens de production et la rivalité des Etats nationaux, et, d’autre part, le caractère social et international de la production elle-même. La course au profit et l’exploitation de l’homme par l’homme restreignent le développement des forces productives et étouffent la culture humaine en général. Le capitalisme ne peut plus exister qu’au détriment de la vaste majorité de la population mondiale. Le renversement du capitalisme, le remplacement de la propriété capitaliste et de l’Etat-nation par la propriété sociale et la coopération socialiste internationale constituent la tâche fondamentale de la révolution à venir. La réalisation du socialisme est une nécessité historique tout aussi incontournable que ne l’était, en son temps, le renversement de l’ordre féodal. Elle est désormais la condition sine qua non du progrès économique, de l’émancipation sociale et politique de l’espèce humaine, et même de la sauvegarde des grands équilibres écologiques de la planète.

Le processus révolutionnaire est un processus international. Il ne sera pas un processus linéaire, allant de succès en succès. La lutte contre le capitalisme sera inévitablement ponctuée par des défaites, voire par des périodes de réaction. Les événements tumultueux qui se déroulent au Venezuela, en Bolivie, au Mexique et ailleurs en Amérique latine, montrent au continent européen son propre avenir. A terme, les mêmes causes produiront les mêmes effets. A des degrés divers, tous les pays européens connaissent une instabilité sociale et politique croissante.

La position du capitalisme français est aggravée par son déclin, en tant que puissance impérialiste, sur l’arène internationale. Il perd du terrain sur le marché mondial, en Europe, et même sur le plan intérieur. La réunification de l’Allemagne a considérablement affaibli le poids relatif de la France dans l’Union Européenne. En Afrique centrale et occidentale, dans les pays du Maghreb et en Asie, il recule face à ses rivaux. L’invasion américaine de l’Irak a porté un coup sévère au peu d’influence qui lui restait au Moyen-Orient. Après le retrait de l’armée syrienne du Liban, en 2005, l’impérialisme français espérait renforcer sa position dans la région. Mais l’échec de l’invasion israélienne, en juillet 2006, fut tel que l’intervention militaire française s’est réalisée dans des conditions bien plus désavantageuses que celles espérées par Chirac.

L’affaiblissement de la position mondiale du capitalisme français contribue à façonner ses perspectives sur le plan intérieur. La diminution régulière de ses parts de marché, dans le monde, rend d’autant plus impérieuse la nécessité de démolir les acquis sociaux en France. La sauvegarde de la richesse et du pouvoir de la classe dirigeante française, et la défense de ses intérêts à l’étranger, passent inéluctablement par une réduction draconienne la part de la richesse créée par les travailleurs qui leur est restituée, sous une forme ou sous une autre. Toutefois, cette politique de régression sociale ne peut être entreprise qu’au prix de provoquer une série d’affrontements majeurs entre les classes, dont les phases critiques fourniront au salariat et à la jeunesse l’opportunité d’en finir avec le capitalisme.

Depuis la grève générale des transports, en 1995, la France a connu une série de luttes sociales et politiques de grande ampleur, sous la gauche comme sous la droite. Ces luttes sont autant de signes avant-coureurs de la révolution socialiste à venir. La mobilisation contre la réforme de l’Education nationale, en 2000, les manifestations massives contre le Front National entre les deux tours de l’élection présidentielle, en 2002, les luttes contre la réforme des retraites et contre la guerre en Irak, en 2003, le rejet de la Constitution Européenne et la révolte des banlieues, en 2005, et enfin la lutte victorieuse contre le CPE, en 2006, marquent les étapes d’un processus de réveil et d’entrée en action d’une fraction croissante de la jeunesse et des travailleurs.

Toutefois, ce « processus moléculaire de la révolution », pour reprendre l’expression de Trotsky, n’en est encore qu’à ses débuts. Pour se faire une idée de ce que l’avenir réserve au capitalisme français – ainsi qu’aux autres pays européens –, il faut garder à l’esprit le fait que l’économie française oscille entre la stagnation et des taux de croissance très faibles dans un contexte économique mondial encore relativement favorable, où les économies des Etats-Unis et de la Chine sont encore en croissance. Mais à un certain stade, ces deux pays entreront en récession. La croissance fulgurante de l’économie chinoise – environ 10% par an – ne peut continuer indéfiniment. La Chine se dirige tout droit vers une crise de surproduction. Cela aura des répercussions sociales et politiques énormes, en Chine elle-même comme à l’échelle internationale. L’économie américaine en sera très gravement affectée, d’autant plus que sa propre croissance repose presque entièrement sur un taux d’endettement massif des ménages, des entreprises et de l’Etat. L’économie chinoise entraînera celle des Etats-Unis dans sa chute – ou inversement –, et l’économie française, avec l’ensemble des pays européens, plongera dans une récession qui risque d’être particulièrement sévère.

Dans de telles conditions, l’équilibre précaire des rapports entre les classes, en France, sera brutalement rompu, entraînant une modification profonde de la psychologie des travailleurs et de la jeunesse. Plus encore qu’aujourd’hui, il s’avérera impossible de défendre les acquis sociaux, les droits et les conditions d’existence des travailleurs et de la jeunesse sur la base du capitalisme. En conséquence, le réformisme – l’idée qu’il est possible d’assurer le progrès social en laissant l’économie sous le contrôle des capitalistes –, qui est encore l’idéologie dominante dans la classe ouvrière et de ses organisations traditionnelles, perdra du terrain face aux idées révolutionnaires et marxistes. Toute tentative sérieuse de résister à l’offensive de la classe dirigeante posera directement et brutalement la question de lasource de son pouvoir – à savoir la propriété capitaliste – et de la nécessité d’y mettre fin.

Cependant, la perspective d’une situation pré-révolutionnaire, en France, n’est pas suspendue à l’évolution de l’économie américaine, chinoise ou française. En dernière analyse – et seulement en dernière analyse, c’est-à-dire à l’échelle de toute une époque – l’histoire sociale et politique est déterminée par l’économie. Il faut tenir compte de la conjoncture économique, des fluctuations du taux de croissance et d’autres paramètres de l’économie nationale, qui ont un certain impact sur la conscience des travailleurs. Maisindépendamment de la conjoncture économique, la France pourrait à tout moment se retrouver dans une situation révolutionnaire comparable à celle de mai 1968.

Le gouvernement de droite

L’avarice de la classe capitaliste et son besoin de revenir, par tous les moyens possibles, sur les conquêtes sociales du passé, ont trouvé leur plus parfaite expression dans la politique mise en oeuvre par la droite depuis 2002. Raffarin et de Villepin ont dirigé les gouvernements les plus réactionnaires qu’ait connu la France depuis le régime de Vichy. Les attaques contre les retraites, l’emploi, les services publics, l’Education nationale, le logement social, etc., vont de pair avec les conséquences sociales du vandalisme économique pratiqué par les capitalistes. Les mécanismes du capitalisme – la soi-disant « main invisible » de l’économie de marché – tirent les conditions de vie des travailleurs vers le bas, les obligeant à accepter des emplois précaires pour échapper à la misère encore plus grande des chômeurs.

En s’attaquant aux indemnités des chômeurs, les capitalistes cherchent à accroître la crainte du chômage et à accentuer la concurrence entre salariés. Le nombre de personnes vivant au niveau des « minima sociaux » s’élève aujourd’hui à près de six millions, dont plus d’un million d’enfants, soit au total 10% de la population. Les statistiques officielles du chômage sont notoirement truquées. Le véritable nombre de demandeurs d’emploi est certainement plus proche de quatre que de deux millions. Mais même selon les modes de calcul officiels, le taux de chômage dans certains quartiers – et notamment ceux des centaines de villes qui ont été touchées par les émeutes de 2005 – monte jusqu’à 45%, contre une moyenne nationale de 9% à 10%. Un tiers des SDF et un sixième des usagers des « soupes populaires » sont des salariés. L’humiliation de la pauvreté se double d’une discrimination sociale et raciale flagrante, selon le lieu de résidence ou la couleur de la peau.

Sarkozy et les médias s’efforcent d’alimenter le racisme, en présentant les « étrangers » comme la source des problèmes sociaux et économiques. Il s’agit de diviser pour mieux régner. Les stratèges du capitalisme comprennent que leur système n’offre pas d’autre avenir – aux travailleurs français comme aux travailleurs « étrangers » – que la régression sociale permanente. Les inégalités sont de plus en plus flagrantes. Aucun ordre social ne peut continuer indéfiniment sur cette pente. Sous la surface de la société, une immense colère s’accumule. Les émeutes de novembre 2005 – que les Renseignements Généraux ont caractérisé, à juste titre, comme « une forme d’insurrection spontanée » – en étaient une expression. Le racisme est une arme de la classe dirigeante qui vise à prévenir la remise en cause de son pouvoir. Il sert à désigner des boucs émissaires pour les conséquences du capitalisme.

La tentative d’imposer le CPE, qui visait à réduire les jeunes au rang de salariés-esclaves, en dit long sur la réalité du capitalisme. Selon Chirac et de Villepin, ce projet était censé répondre aux « inquiétudes » que les émeutes de 2005 avaient révélées. Mais ce projet a provoqué l’une des plus grandes mobilisations de la jeunesse dans l’histoire de France. Ce mouvement constitue une nouvelle preuve des perspectives révolutionnaires inhérentes à la situation actuelle. La classe capitaliste, dont les intérêts sont devenus entièrement incompatibles avec les besoins et les aspirations de la masse de la population, est assise sur un volcan.

Le déroulement des événements, en mars et avril 2006, ressemblait fortement, mutatis mutandis, à celui qui avait précédé la grève générale de mai et juin 1968. A l’époque, une mobilisation de la jeunesse, confrontée à un gouvernement implacable, menaçant et répressif, avait déclenché un mouvement de solidarité active d’une fraction grandissante du salariat, lequel était entré massivement en scène lors de la grève générale du 13 mai 1968. Cette grève, qui ne devait durer que 24 heures, selon les consignes des directions syndicales, s’est en fait rapidement transformée en une grève générale illimitée. Celle-ci figure parmi les plus grandes grèves de toute l’histoire de la classe ouvrière internationale. La prise du pouvoir était à la portée des travailleurs français.

La conscience humaine est quelque chose de très mobile. Les mouvements qui débouchent sur une situation révolutionnaire ne commencent jamais avec un programme révolutionnaire tout prêt. Seule une minorité des travailleurs et des jeunes oeuvrent consciemment au renversement de l’ordre établi. En s’arrachant à sa torpeur, la masse de la classe exploitée se lance dans l’action sans être consciente, dans les phases initiales du mouvement, de toutes ses implications. C’est dans l’action, et par l’expérience, que la masse prend conscience de sa propre force et de celle de ses adversaires. Les motivations qui étaient à l’origine du mouvement passent souvent à l’arrière-plan. En 1968, les travailleurs se sont retrouvés dans une situation où, à bien des égards, ils étaient de facto les maîtres de la société. Une situation de « double pouvoir » s’est développée, dans laquelle prenait forme, parallèlement aux institutions de la République capitaliste – paralysées et impuissantes –, un nouvel Etat, reposant sur la pouvoir organisé du salariat.

Au printemps 2006, la classe capitaliste a bien failli se retrouver dans une situation similaire. Les directions réformistes du PS et du PCF, conscientes du potentiel révolutionnaire du mouvement, n’avaient d’autre idée que de « sauvegarder la République ». Ils se sont tournés vers l’occupant de l’Elysée comme on se tourne vers un sauveur. Ils imploraient Chirac d’intervenir pour sauver les « institutions ». Tiraillé entre deux options, dont l’une lui paraissait aussi calamiteuse que l’autre, Chirac est resté muet jusqu’au 31 mars. Retirer le CPE risquait de détruire ce qui restait de l’autorité du gouvernement. Mais résister ouvrait la possibilité que le formidable élan du mouvement finisse par pousser la masse des travailleurs dans l’action.

Le mouvement a semé la panique dans les rangs de la classe dirigeante. Elle comprenait que les proportions de la lutte comportait des risques allant bien au-delà de la question du CPE. Cependant, malgré son ampleur impressionnante, le mouvement n’a entraîné dans la lutte qu’une fraction des forces sociales potentiellement mobilisables. Même si elle était solidaire avec ceux qui s’engageaient activement dans la lutte, la masse du salariat et de la jeunesse est restée en retrait. Ce ne sera pas nécessairement le cas la prochaine fois. Tôt ou tard, les attaques incessantes contre les acquis sociaux finiront par provoquer des confrontations majeures entre les classes, et lorsque la masse de la population entrera en action de manière décisive, les soi-disant « institutions républicaines » s’effondreront comme un château de cartes.

L’une des conséquences les plus significatives de la lutte contre le CPE fut son impact dévastateur sur le moral et la confiance des représentants politiques de la classe capitaliste. Accablé par la vindicte populaire, le gouvernement était plongé dans le désarroi, la division et une « ambiance d’effondrement », selon l’expression de François Bayrou. Ses ministres impuissants se rejetaient la responsabilité de la débâcle. Pendant cette période de crise sociale aiguë, l’idée que la Ve République était désormais obsolète a été largement diffusée par les médias, ainsi que par des représentants politiques de droite comme de gauche. Plusieurs représentants de l’UMP et de l’UDF se sont ouvertement déclarés favorables à une VIe République. A l’avenir, lorsque la lutte des classes atteindra un tel degré d’intensité qu’elle mettra en cause la survie du capitalisme, la question de la VIe République, ramenée à l’arrière-plan depuis la fin du mouvement contre le CPE, reviendra inévitablement à l’ordre du jour.

L’impasse du réformisme

Dans des périodes historiques « normales », un certain équilibre s’établit entre les classes, et les institutions « démocratiques » parviennent à contenir la lutte des classes dans les limites étroites du parlementarisme capitaliste, de sorte qu’elle ne met pas en péril la propriété capitaliste. Typiquement, dans de telles périodes, les réformistes dominent les partis de gauche et les syndicats. Ils se félicitent du « dialogue » qu’ils entretiennent avec les représentants de la classe capitaliste, considèrent ces derniers comme des « partenaires sociaux » et ne jurent que par les « institutions républicaines » dans lesquelles, pensent-ils, tout le monde trouve convenablement son compte. Cette soumission au capitalisme « républicain » est confortée par l’ambiance feutrée de la République capitaliste, avec sa pompe, ses cérémonies, ses palais prestigieux – sans oublier les avantages matériels de toutes sortes qu’elle offre aux politiciens « responsables ».

En réalité, le « dialogue social » dépend de la passivité de la masse des travailleurs face à l’exploitation dont ils sont victimes. La position dominante des réformistes dans le mouvement ouvrier et les partis de gauche dépend aussi de cette passivité. Pour que les réformistes puissent durablement assurer le maintien du capitalisme et de ses institutions, il faut qu’ils obtiennent, en échange, des concessions qui améliorent durablement les conditions sociales. Mais aujourd’hui, cela n’est plus possible. Les intérêts vitaux du capitalisme français dépendent précisément de sa capacité à revenir sur les réformes du passé. Dans ces conditions, le « dialogue » avec les capitalistes, maintenu dans sa forme, est vidé de son contenu. Les réformistes en sont réduits à un « dialogue » sur la manière de mettre en place, non des réformes, mais des contre-réformes. La crise du capitalisme signifie nécessairement la crise du parlementarisme et du réformisme.

La politique du prochain gouvernement de gauche – avec ou sans la participation du PCF – sera encore plus ouvertement pro-capitaliste que celle du gouvernement Jospin. Aucun gouvernement n’a autant privatisé que celui de Jospin. Mais sa politique sociale et économique rétrograde était assortie d’un certain nombre de mesures positives, dont les 35 heures, la CMU ou encore les emplois-jeunes. Malgré leur caractère partiel et insuffisant, ces réformes constituaient au moins une tentative de mettre en application des mesures sociales progressistes.

L’évolution droitière de la direction du PS n’est pas accidentelle. Elle est l’expression de l’impasse du système capitaliste. Ceux qui acceptent le système doivent répondre à ses besoins. Or les besoins vitaux du capitalisme français exigent la régression sociale. Son existence est incompatible avec les conquêtes sociales du passé. En conséquence, tous les gouvernements qui s’accommodent de ce système, quelle que soit leur étiquette politique, sont contraints de mettre leurs programmes en conformité avec les intérêts vitaux des capitalistes. Les réformistes s’inclinent devant les « réalités » et passent à la contre-réforme. Contrairement à ce qu’imaginent les dirigeants actuels du PCF, il est impossible de gérer le capitalisme selon une « logique anti-capitaliste ». Si le système est maintenu, ses lois économiques opèrent inéluctablement.

Ceci ne veut pas dire que de nouvelles concessions ne peuvent pas être arrachées aux capitalistes. Mais cela signifie que toute tentative de mener une politique sérieuse de réforme sociale porterait directement atteinte aux intérêts capitalistes, lesquels déclencheraient aussitôt une contre-offensive absolument implacable. Par la baisse des investissements, la fuite des capitaux, des licenciements, des fermetures, des délocalisations et d’autres formes de chantage économique, les capitalistes peuvent mettre à genoux n’importe quel gouvernement qui n’ose pas remettre en cause l’existence de leur système. La seule façon de contrecarrer cette offensive patronale serait de mobiliser les travailleurs et la jeunesse autour d’un programme pour briser le pouvoir économique des capitalistes, en mettant fin à la propriété privée des banques, des compagnies assurances et de crédit, de toute l’infrastructure industrielle, de la grande distribution et du secteur agro-alimentaire. Aujourd’hui, le choix n’est pas tant entre « réforme » et « révolution ». Dans les faits, les deux objectifs sont inextricablement liés. Toute lutte sérieuse visant à arracher des concessions significatives posera directement et immédiatement la question du contrôle de l’économie, c’est-à-dire de la propriété des moyens de production.

En un sens, cette réalité a été parfaitement assimilée par les dirigeants actuels du Parti Socialiste. A partir de l’expérience des gouvernements de gauche précédents, et en particulier du gouvernement Mitterrand-Mauroy de 1981-1984, ils ont tiré la conclusion qu’ils doivent limiter leur action à ce qui est acceptable pour la classe capitaliste – et donc renoncer aux réformes. Le programme actuel du PS ne contient pratiquement aucune réforme sociale significative, et ne se distingue de celui de la droite que sur des détails secondaires. Les dirigeants actuels du PS sont devenus des réformistes sans réformes, au point que certains d’entre eux, comme Kouchner, seraient disposés à participer à une coalition avec l’UMP, reconnaissant ainsi la convergence de leurs orientations politiques avec celles des partis capitalistes.

Et pourtant, malgré le caractère conservateur et ouvertement pro-capitaliste de sa direction, le Parti Socialiste remportera très probablement les élections présidentielles et législatives. Il pourrait même obtenir une très large majorité à l’Assemblée nationale. L’opposition à la droite, qui, depuis 2002, s’est exprimée par toute une série de mouvements de grève et de manifestations massives, s’exprimera le moment venu dans les urnes. Le principal bénéficiaire en sera le Parti Socialiste. Les résultats des élections régionales et européennes, en 2004, en étaient une indication. Si l’on ne peut pas totalement exclure une victoire de la droite, notamment aux présidentielles, suite à une multiplication de maladresses de la part de Royal et de son entourage, ceci n’est pas la perspective la plus probable. En tout état de cause, l’idée avancée par la LCR, et par certains éléments du PCF, selon laquelle le rejet du Traité Constitutionnel Européen présageait l’effondrement de la base électorale du PS – cette idée ne correspond absolument pas à la réalité.

Une partie importante de la base du PS (42%) s’est prononcée contre le Traité, ainsi qu’une majorité (60%) de l’électorat du parti. Ces résultats étaient une nouvelle illustration du déclin de l’autorité politique des dirigeants du PS. Les adhérents du parti sont plus à gauche que sa direction, et son électorat plus à gauche que ses adhérents. Mais ceci ne change rien au fait que lorsque les travailleurs se mobilisent contre leurs adversaires capitalistes, ils se tournent toujours vers leurs organisations traditionnelles, dont les drapeaux sont connus de tous et qui occupent une place importante dans l’histoire et dans la conscience collective de leur classe. A maintes occasions, nous avons expliqué ce phénomène, qui peut être considéré comme une loi fondamentale de la lutte des classes. Mais la LCR et toutes les autres organisations contaminées par ce que Lénine appelait la « maladie infantile du gauchisme » ne parviennent pas à le comprendre. A la différence des sectes, les travailleurs ont un sens pratique des choses. Ils ne voient pas l’utilité de petites organisations, et pour cause : elles n’en ont absolument aucune, de leur point de vue. Ils ont besoin d’outils conformes à la tâche à accomplir : battre la droite. Pendant que l’extrême gauche raillera le « vote utile » – elle préférerait un vote inutile, en sa faveur –, l’électorat de gauche se tournera massivement vers le PS.

Cela ne veut pas dire que le résultat du référendum européen était sans importance. Au contraire, il a démontré à quel point l’expérience de quinze ans de gouvernement de gauche, au cours des vingt-cinq dernières années, a rongé l’autorité politique et morale des dirigeants socialistes. A force d’exploiter la patience et la loyauté des travailleurs envers « leurs » gouvernements, pour leur faire accepter des sacrifices au profit des capitalistes, la direction du PS a fini par miner sa propre crédibilité dans l’électorat et même chez les militants du parti. Le PS remportera les électionsmalgré la politique pro-capitaliste du parti. Certes, si son programme comprenait des réformes conséquentes, sa majorité serait plus importante encore. Mais le PS remportera les élections non parce que son programme suscite un quelconque enthousiasme chez les jeunes et les travailleurs, mais parce qu’aux yeux de la masse du salariat, le PS constitue un rempart contre la dégradation de leurs conditions de vie, et parce qu’il est la seule force politique qui, du fait de son assise sociale et électorale massive, soit capable de battre la droite.

Après l’expérience amère du gouvernement Jospin, suivie de cinq années d’attaques incessantes de la part de la droite, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement socialiste, dont la politique sera essentiellement la même que celle de l’UMP, créera une situation sociale particulièrement explosive. Pendant que les dirigeants socialistes s’installeront confortablement au Palais Bourbon et dans les sièges ministériels, les délocalisations, les fermetures, les licenciements et l’offensive patronale contre les droits et les conditions de travail des salariés se poursuivront, entraînant une aggravation du chômage et de la précarité de l’emploi, avec leur cortège de désespoir et de misère humaine. Quelle que soit la popularité que les sondages leur attribueront dans un premier temps, Ségolène Royal et son nouveau gouvernement seront très rapidement aussi discrédités et détestés que le sont actuellement Chirac et le gouvernement de droite.

La droite et le Front National

L’existence de plusieurs partis de droite – UMP, UDF, FN – et les divisions et rivalités qui traversent chacun de ces partis est l’une des expressions de l’impasse dans laquelle se trouve la classe dirigeante. Les capitalistes et leurs représentants politiques, individuellement et collectivement, sentent confusément que leur classe a épuisé son rôle historique, qu’elle constitue un obstacle au progrès social et économique, qu’elle s’est transformée en un parasite sur l’organisme social. La défaite de la droite aux prochaines élections ne manquera pas de renforcer la démoralisation des capitalistes et de leurs représentants. Ils seront confrontés, une fois de plus, à une nouvelle illustration de ce qu’est la véritable base sur laquelle repose que leur système, à savoir le caractère réformiste des dirigeants socialistes et communistes, qui refusent de porter atteinte à la propriété capitaliste des moyens de production. L’avenir du capitalisme dépend de la capacité des réformistes à conserver la direction du PS et du PCF.

Dans les années 30, une fraction significative de la classe capitaliste s’est tournée de manière décisive vers les organisations fascistes pour sortir de l’impasse. Mais aujourd’hui, malgré l’impasse dans laquelle se trouvent la classe capitaliste et les « institutions républicaines » à son service, le fascisme n’est plus une option. Certes, des mouvements fascistes existent, en France, sous la forme de divers groupements et organisations, avec des adeptes dans les partis de droite – dont le Front National –, chez les capitalistes, chez des intellectuels et autres petits-bourgeois, dans l’armée et dans différentes branches de l’Etat, ainsi que parmi les éléments déclassés et fanatisés dulumpenproletariat. Cependant, le programme du fascisme – la guerre à outrance contre l’existence même du mouvement ouvrier et tous les droits démocratiques – ne trouvera plus jamais la base de masse permettant sa mise en application. Pour la réalisation du programme fasciste, les seuls moyens de répression dont dispose l’Etat – les forces armées, la police, etc. – ne suffisent pas. Or, compte tenu de la quasi-disparition de la paysannerie indépendante et du poids écrasant du salariat dans la société (86% de la population active), les bases sociales d’un mouvement fasciste conséquent n’existent plus.

Contrairement aux groupuscules anarchistes et autres gauchistes, qui voient dans le poids électoral du Front National la menace imminente d’un régime de type hitlérien, nous avons toujours expliqué que le Front National n’est pas un parti fasciste. Bien évidemment, le Front National abrite de nombreux éléments fascistes. Mais ceux-ci ne constituent pas son élément dominant. Par ailleurs, le fascisme est un mouvement dont le programme prône la destruction physique de toutes les organisations de la classe ouvrière et l’éradication totale de tous les droits démocratiques, ce qui n’est pas le cas du programme du Front National, malgré son caractère ultra-réactionnaire.

Le prochain gouvernement de gauche

La défaite de la droite ne réglera aucun des problèmes auxquels se trouvent confrontés les travailleurs et leur famille. Le recul du capitalisme français sur le marché mondial, la faiblesse du taux de croissance du PIB, la stagnation des investissements, le poids écrasant du déficit public, auxquels s’ajoutent la fragilité croissante des économies américaines, chinoises et européennes, feront que la politique économique de la gauche sera quasiment identique à celle de la droite, ce qui accroîtra la colère des travailleurs et de la jeunesse. Non seulement le gouvernement de gauche ne servira pas de rempart contre la régression sociale imposée par les capitalistes, mais, par la force des choses, il sera amené à y contribuer en s’attaquant aux services publics. Dans un contexte économique bien plus favorable que celui que connaîtra le prochain gouvernement de gauche, Jospin a voulu « dégraisser le mammouth » – pour reprendre l’expression du ministre de l’éducation de l’époque – en s’en prenant à l’Education nationale. Avec un nouveau ralentissement de l’économie et ses conséquences négatives pour les revenus de l’Etat, le gouvernement s’en prendra aux dépenses sociales, et notamment aux budgets de la santé et de l’Education nationale. La dette publique a atteint des proportions telles que le montant des intérêts que l’Etat verse aux banques est supérieur à la recette de l’impôt sur le revenu.

L’accumulation de problèmes sociaux est en train de charger les fondations de l’édifice capitaliste d’une quantité toujours plus importante de matériel combustible. Dans ces conditions, les mouvements de grève, les mobilisations de la jeunesse, les luttes de sans-papiers et des mal-logés, les protestations et émeutes peuvent s’avérer extrêmement dangereux du point de vue des capitalistes. Le taux de chômage qui, même selon les chiffres officiels, frôle les 13% et 14% dans certains départements, et peut atteindre jusqu’à 40% dans certains quartiers ; l’emploi précaire et mal payé ; la hausse des prix et des loyers ; l’endettement des ménages ; le spectacle désolant de l’oppression et de la misère humaine ; les familles vivant dans la pauvreté, les « soupes populaires », les sans-abri, la mendicité, les expulsions de sans-papiers, les rafles policières et les effets cumulés de décennies d’humiliation et de discrimination raciale – tout ces éléments ont imprégné la conscience de millions de jeunes et de travailleurs d’un sentiment d’injustice insupportable. Une étincelle peut suffire à provoquer l’explosion. Lors de la lutte contre le CPE, la classe capitaliste et ses représentants politiques craignaient que le mouvement ne devienne le catalyseur d’une mobilisation beaucoup plus vaste et puissante. Cette crainte était entièrement justifiée. Une provocation policière ou un autre incident aurait pu transformer la mobilisation en un véritable mouvement de la masse de la population.

Ce même danger – qui n’en est pas un, de notre point de vue – existera aussi sous le prochain gouvernement de gauche. Il y aura des luttes âpres et déterminées de la part des travailleurs, dans le secteur public comme dans le secteur privé. Il y aura sans doute des mouvements de lycéens et d’étudiants, et également de nouvelles émeutes. Compte tenu l’instabilité sociale et politique qui s’installe, les luttes sporadiques et isolées feront place, tôt ou tard, à une mobilisation qui soulèvera la masse de la population, restée jusqu’alors inerte et passive. Ceci marquera le véritable commencement de la prochaine révolution française, et placera un mouvement en direction du socialisme à l’ordre du jour. Il est bien évidemment impossible de prévoir à quel moment ou de quelle façon cette mobilisation de masse aura lieu. Mais il est clair que cette perspective est inhérente à la situation actuelle – et pourrait bien se produire plus tôt qu’on ne se l’imagine.

Les travailleurs ont fait preuve de beaucoup de patience et de loyauté à l’égard des dirigeants de leurs organisations. Par le passé, l’arrivée au pouvoir de la gauche servait, dans une certaine mesure, à freiner la lutte des travailleurs. Dans la foulée des élections de mai et juin 1981, les dirigeants socialistes et communistes jouissaient d’une grande autorité morale et politique auprès de leurs électorats respectifs. Au nom de la « solidarité gouvernementale », les dirigeants du PCF et de la CGT ont pu faire accepter la politique de blocage des salaires et de restrictions budgétaires – le « Plan Delors » – mise en oeuvre par le gouvernement Mauroy à partir de 1982. Mais depuis, cette loyauté s’est largement épuisée. A cet égard, la direction du PCF a perdu davantage de terrain que celle du PS, car les contre-réformes des gouvernements Mauroy et Jospin étaient encore plus inacceptables, aux yeux de l’électorat communiste, qu’à ceux de l’électorat socialiste. L’expérience des participations gouvernementales du PCF fait que sa direction n’exerce plus le contrôle qu’elle exerçait autrefois sur la base du parti, et encore moins sur la base de la CGT.

La victoire de Mitterrand s’est produite après 23 ans de gouvernements de droite, ce qui explique les illusions qui pouvaient exister à l’égard des dirigeants de gauche. Royal, elle, commencera son mandat dans des conditions très différentes. Son gouvernement prendra place sous le regard critique et méfiant d’une génération de travailleurs qui, depuis 1981, a déjà connu 15 années de gouvernements de gauche.

L’exacerbation de la lutte des classes laissera son empreinte sur toutes les organisations politiques et syndicales des travailleurs, y compris le Parti Socialiste. La contestation de sa politique dans la rue favorisera une différentiation interne et le renforcement de l’aile gauche du parti. Ce processus est déjà en cours depuis de nombreuses années, et serait déjà bien avancé si les efforts des militants socialistes pour organiser une opposition conséquente n’avaient pas été constamment frustrés par le caractère irrémédiablement opportuniste des dirigeants de l’aile gauche, qui ont pratiquement tous rallié la droite du parti en échange de diverses récompenses. Dray est devenu porte-parole de la direction du parti. Montebourg assure la même fonction auprès de Ségolène Royal. Henri Emmanuelli s’est vu confier la préparation du programme le plus droitier de l’histoire du PS. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il suit Laurent Fabius à la manière d’un caniche bien dressé, alors que ce dernier a rallié Ségolène Royal.

A la différence d’arrivistes invétérés comme Dray ou Montebourg, Gérard Filoche est sincèrement dévoué à la classe ouvrière et à la lutte contre le capitalisme. Inspecteur du Travail, il est confronté quotidiennement à la réalité de la condition ouvrière. Mais dans le parti, il passe d’une alliance de circonstance à une autre, à la poursuite d’objectifs immédiats, en se liant à des éléments qui se servent de lui tant que cela les arrange et le trahissent dès qu’ils trouvent une place au soleil. Des « raccourcis » organisationnels de ce genre – et les compromissions politiques qu’ils impliquent – n’aboutissent à rien, si ce n’est à la désorientation et la démoralisation des militants.

L’absence de dirigeants fiables, sur la gauche du PS, complique considérablement la cristallisation d’une opposition conséquente, dans le parti. Mais le Parti Socialiste n’existe pas dans le vide. Quand le PS est au pouvoir, ses dirigeants ne peuvent pas s’en sortir par de simples discours. Ils sont jugés sur leurs actes. C’est pour cette raison qu’il est toujours avantageux, du point de vue de la conscience politique du salariat, que la gauche soit au pouvoir. Le ressentiment et l’hostilité à l’égard de la politique du gouvernement et les vagues successives de manifestations et de grèves auront un effet sur la base du parti et du MJS, et, tôt ou tard, un courant de gauche plus solide prendra forme.

Un certain nombre de jeunes socialistes et de membres du parti soutiennent la direction par naïveté et manque d’expérience. Quand ils verront cette direction à l’œuvre, beaucoup d’entre eux quitteront le parti, surtout s’ils ne voient pas de politique alternative sérieuse sur sa gauche. Mais d’autres resteront pour combattre la politique de sa direction. Au fur et à mesure que l’opposition interne deviendra visible à l’extérieur du parti, elle attirera de nouveaux militants, qui adhéreront au PS dans le but spécifique de renforcer l’opposition de gauche et de transformer le parti.

La caractérisation du PS avancée par différents groupes gauchistes, selon laquelle il s’agirait d’un parti de droite, n’est pas correcte. Au contraire, le PS est le principal parti du salariat. Mais encore une fois, il n’existe pas dans le vide. Comme le PCF et les syndicats, il subit les pressions idéologiques et corruptrices du capitalisme, et ces pressions s’expriment avant tout au niveau de la bureaucratie municipale et parlementaire. Dans une période où la masse de la classe ouvrière est encore relativement inerte, où elle laisse la politique aux politiciens et ne voit pas l’intérêt de s’engager activement dans les partis qui, historiquement, ont été forgés au cours de ses propres luttes, le poids conservateur de cette bureaucratie domine. Mais le rapport entre la bureaucratie du PS et les forces sociales sur lesquelles il repose se modifieront radicalement dès que de celles-ci se mettront massivement en mouvement.

Le réformisme des militants de base est d’un autre ordre que celui des dirigeants. Le militant réformiste a sans doute des illusions dans le capitalisme. Mais il a tout de même besoin de se sentir du côté du progrès et de la « justice sociale ». Les mobilisations syndicales et les protestations successives, dans le secteur privé comme dans le secteur public, attiseront les tensions et les clivages au sein du Parti Socialiste, et mèneront à un renforcement de l’aile gauche, jetant la droite du parti sur la défensive. Dans ce contexte, certains anciens chefs de file de la gauche, comme Mélenchon ou Emmanuelli, pourraient – par opportunisme – donner temporairement voix aux revendications des contestataires. Mais ils les trahiront inévitablement par la suite. Comme le disait Trotsky, la trahison est inhérente au réformisme. Dans une époque de déclin capitaliste, ceux qui ne veulent pas lutter pour renverser le système finissent toujours par abandonner la lutte pour les réformes, que ce système ne peut plus tolérer. A terme, la situation dans le PS et le MJS deviendra plus favorable à la formation d’un courant authentiquement socialiste – c’est-à-dire marxiste – en son sein. La progression des idées du marxisme dans le PCF ne pourra que favoriser ce développement, d’autant plus que les marxistes feront preuve d’une attitude fraternelle et constructive à l’égard des militants de base du PS.

L’émergence d’une opposition conséquente au sein du PS incitera les dirigeants de son aile droite, ou tout au moins une partie d’entre eux, à changer de camp et à passer à l’UDF ou à l’UMP. Dans le cas où le PS perdrait sa majorité absolue aux élections législatives suivantes – ou peut-être même au cours de la législature –, il n’est pas impossible, non plus, qu’il y ait une tentative de coalition entre le PS et l’UDF, ou même avec l’UMP. Kouchner a déjà publiquement déclaré qu’il serait prêt à participer à une coalition avec l’UMP. Dans certaines circonstances, la concordance entre les idées de la droite du PS et celles des partis capitalistes incitera d’autres dirigeants du PS à emprunter cette voie, à l’instar des dirigeants sociaux-démocrates allemands.

Les Verts et l’écologie

Au-delà de la couche la plus active et militante des travailleurs et des jeunes, des millions de personnes sentent confusément que le système actuel constitue un obstacle au progrès social et à la maîtrise des ressources, qu’il ramène la société en arrière. L’une des questions qui préoccupent la jeunesse est celle de l’environnement et des équilibres écologiques. La politique des Verts est une variété du réformisme, qui cherche à exploiter ces préoccupations à des fins électorales. Mais les Verts ne peuvent pas résoudre les problèmes de l’environnement pour les mêmes raisons que les réformistes du PS ou du PCF ne peuvent éradiquer le chômage et la misère. Pour maîtriser l’environnement, il faut pouvoir maîtriser l’économie, décider de ce qui est produit, comment et dans quelles quantités. Cette planification rationnelle est impossible sous le capitalisme. Dans leur course aux profits, les capitalistes empoisonnent les mers, les fleuves et les nappes phréatiques, polluent l’air, répandent des maladies graves, dénaturent les produits alimentaires, gaspillent les ressources naturelles et productives. En tant que marxistes, nous devons prêter attention aux problèmes de ce genre, et lier la lutte pour la protection de l’environnement à la nécessité d’en finir avec le capitalisme.

Le PCF

Le déclin du PCF par rapport au PS remonte au début des années 70. L’un des principaux facteurs de ce déclin fut le comportement de la direction du PCF lors de la grève générale de 1968. Avec une direction révolutionnaire, la classe ouvrière aurait pu prendre le pouvoir, comme l’a reconnu de Gaulle lui-même. Dans le contexte du plus grand mouvement de grève jamais connu dans l’histoire du mouvement ouvrier international, la direction du PCF s’est opposée avec acharnement à la « politisation » de la grève, usant de toute son autorité pour démanteler la grève – et les éléments de l’Etat ouvrier futur qui prenaient forme au cours de son développement –, en échange de réformes qui laissaient intact le pouvoir des capitalistes. Cette trahison ne pouvait qu’affaiblir la position du PCF auprès de la jeunesse et des travailleurs. L’humeur révolutionnaire de la masse de la classe ouvrière a trouvé son expression dans la radicalisation du Parti Socialiste, comme en témoigne la croissance exponentielle du CERES (qui a regroupé jusqu’à 40 000 adhérents socialistes), le développement non moins impressionnant du MJS et les clauses programmatiques quasi-révolutionnaires de la Déclaration de Principes adoptée au Congrès d’Epinay, en 1971.

Les deux périodes de participation gouvernementale du PCF (81-84 et 97-2002) furent séparées par une période au cours de laquelle la propagande du parti était axée sur la rupture avec le système monétaire européen, la « priorité à l’emploi français », la « production franco-française », etc. Le PCF et la CGT sont allés jusqu’à réclamer la fermeture des usines françaises à l’étranger, dont notamment des usines Renault en Espagne, et le « rapatriement des emplois français ». Cette politique chauvine, conjuguée avec un virulent discours « anti-socialiste » – dont nous retrouvons les traces, aujourd’hui, dans la politique de groupements comme le PRCF et autres « communistes souverainistes » – n’a fait que miner davantage la position du parti dans l’électorat de gauche.

Sous la direction de Robert Hue, la direction du parti a cherché à renforcer sa position en abandonnant le sectarisme anti-socialiste au profit d’une capitulation totale face aux orientations pro-capitalistes de la droite du PS. En 1997, lors des discussions avec la direction du PS sur la politique du gouvernement auquel le parti allait participer, Robert Hue a déclaré que la privatisation d’entreprises et de services publics n’était plus un « tabou » pour le PCF. Les privatisations et la politique pro-capitaliste menées par le gouvernement Jospin, avec la complicité du PCF, a ramené le parti à 3,4% aux élections de 2002.

Actuellement, la direction du parti prône un programme réformiste extrêmement timide. Dans sa première version, il ne contenait aucune nationalisation. Plus tard, la renationalisation d’EDF-GDF y a été intégrée (comme elle l’a été dans le programme du PS), mais aucune autre nationalisation n’est proposée dans le reste du secteur industriel ou bancaire. Le programme actuel du PCF est fondé sur l’idée absurde – et maintes fois discréditée – qu’il est possible d’éradiquer complètement le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales sur la base de simples ajustements techniques dans la politique fiscale et budgétaire de l’Etat : taxer les revenus spéculatifs, verser des primes aux employeurs qui embauchent, infliger des amendes à ceux qui licencient, réorienter les dépenses publiques, et ainsi de suite.

Après cinq années de droite au pouvoir, il serait surprenant que le PCF ne fasse pas, aux élections présidentielles et législatives à venir, un score plus élevé qu’en 2002. Mais le caractère réformiste du programme du PCF fait qu’il ne se distingue pas assez clairement, aux yeux de la masse des travailleurs, de celui du Parti Socialiste. Et la soi-disant stratégie d’« union populaire » n’a fait que rajouter de la confusion. La LCR, Bové et Autin voyaient dans cette démarche la possibilité de mettre le PCF au service de leurs ambitions électorales, tandis que la direction du PCF y voyait une façon de se présenter à l’électorat sous les couleurs d’un mouvement plus large et plus « populaire ». Nous avons expliqué dès le départ que cette stratégie était vouée à l’échec, et du point de vue de la LCR, et du point de vue du PCF. Elle a mis le PCF en contact, non pas avec de couches plus larges de la population, mais uniquement avec une flopée bigarrée de « mouvances alternatives » et autres petits-bourgeois radicalisés, assortie d’une fraction minoritaire de la LCR, le tout sans la moindre assise populaire. Si, plutôt que de perdre le temps et l’énergie des membres du parti dans des discussions aussi interminables que stériles avec ces minuscules « mouvances », on les avait mobilisés pour mener campagne au nom du PCF et autour de son programme – malgré les limitations de ce dernier –, le PCF serait certainement en meilleure posture pour aborder les prochaines élections.

Malgré la débâcle des élections de 2002 et la défaite du TCE en 2005, la direction droitière du PS est toujours aux commandes du PS, grâce à la complicité des dirigeants de son aile gauche. Ceci signifie qu’il serait extrêmement difficile de justifier, auprès de la base du PCF, une participation de ministres communistes dans le prochain gouvernement de gauche. Si jamais la fraction de la direction du parti favorable à cette participation l’emportait, le parti serait plongé dans une grave crise interne. Il est donc possible que la direction décide de rester en hors des ministères. Cela créerait des problèmes d’un autre ordre, car la plupart des sièges parlementaires et municipaux du PCF dépendent d’accords passés avec le PS. Le refus des communistes de participer au gouvernement compromettrait les négociations entre les deux partis, au détriment de la représentation parlementaire et municipale du PCF.

Même si le PCF n’entre pas dans le gouvernement, le problème de son programme reste intact. Mais il connaîtra, dans ce cas, une croissance de ses effectifs et un renforcement de son implantation sociale et électorale. Si le PCF n’avait pas été dans le gouvernement Jospin, par exemple, il aurait profité de la désaffection de l’électorat du PS en 2002, comme l’indique le score réalisé par LO et la LCR, à l’époque. Si le PCF n’est pas associé à la politique du prochain gouvernement, le MJCF accroîtra ses effectifs et les idées marxistes défendues par La Riposte trouveront une large base de soutien parmi ces nouvelles recrues. Actuellement, la direction nationale du MJCF est entre les mains d’une clique de carriéristes qui luttent consciemment contre l’influence des idées du marxisme dans le mouvement. La faillite politique de cette direction trouve son expression la plus claire dans le fait qu’elle ne tente même pas de répondre aux marxistes politiquement, se limitant à des manœuvres bureaucratiques. Le réformisme et le « jeunisme » petit-bourgeois de ses dirigeants, conjugués à une singulière incompétence organisationnelle, expliquent le malaise qui existe dans le MJCF, tout comme il explique les progrès significatifs enregistrés par les marxistes au cours de la dernière période.

Les intérêts de la bureaucratie parlementaire du PCF – les députés, les maires, etc. – la poussent vers un rapprochement avec la direction du Parti Socialiste, quitte à accepter une nouvelle participation gouvernementale. La question de la représentation parlementaire et municipale se confond avec celle des finances du parti, et donc des intérêts matériels de l’appareil. Mais les compromis politiques qu’impliquent ces arrangements « au sommet » se heurtent aux aspirations des militants et de l’électorat du parti. Les mouvements de grève et toutes les autres manifestations de la lutte des classes auront nécessairement un effet sur la base du parti. Ils y draineront une nouvelle génération de militants qui n’aura pas connu la déception et la démoralisation engendrées par les zigzags et les renoncements successifs de la direction du parti, au fil des dernières décennies. Le PCF et le MJCF connaîtront un renouvellement et une radicalisation de leurs bases, ce qui n’ira pas sans provoquer de profondes divisions internes. Ce processus général aura lieu – plus ou moins rapidement et avec plus ou moins de vigueur – indépendamment de la participation, ou non, du PCF au gouvernement. Compte tenu de l’impossibilité de résoudre les problèmes des travailleurs et de la jeunesse sur la base du capitalisme, le cours des événements et leurs répercussions au sein du PCF et du MJCF ne peuvent qu’affaiblir davantage l’autorité morale et politique des dirigeants réformistes, ouvrant d’énormes possibilités aux marxistes.

Les syndicats

Les médias évoquent constamment la « faible implantation » du syndicalisme en France. Mais il n’en demeure pas moins que les organisations syndicales constituent potentiellement la force la plus puissante de la société française, en raison des énormes réserves de soutien dont elles disposent dans la population, et qui vont bien au-delà de leurs seuls adhérents. Le déclin du capitalisme français et les sombres perspectives économiques qui en découlent provoqueront, à un certain stade, un mouvement comparable à celui de mai 1968, et les syndicats formeront l’ossature organisationnelle du mouvement, du moins dans ses phases initiales. Leurs effectifs militants augmenteront de façon très importante, comme ce fut le cas en 1936, en 1944-1946 et en 1968. L’entrée en action des travailleurs à une échelle massive, à travers les structures syndicales de base, transformera radicalement le rapport de forces, dans le mouvement syndical, au détriment du conservatisme réformiste des appareils.

De manière générale, dans des périodes historiques « normales » – c’est-à-dire non-révolutionnaires –, le poids politique des réformistes l’emporte sur les éléments les plus combatifs. Les syndicats sont la première ligne de défense des travailleurs face aux capitalistes et à l’Etat. En conséquence, ils sont nécessairement traversés par toutes les tendances que l’on retrouve dans la classe ouvrière – des tendances les plus militantes jusqu’aux plus résignées et fatalistes. En dehors des périodes de lutte collective, les représentants syndicaux sont souvent relativement isolés sur leurs lieux de travail. Ils doivent faire face, non seulement au harcèlement des employeurs, mais aussi, bien souvent, au manque de combativité des salariés qu’ils s’efforcent de défendre. Ils doivent aussi assumer toutes sortes de tâches routinières. Avec le temps, ces pressions, conjuguées à la déception vis-à-vis des gouvernements de gauche et à la pression conservatrice des directions syndicales, peuvent engendrer une fatigue chez certains d’entre eux, voire du scepticisme à l’égard de la classe ouvrière et de sa capacité à changer la société. Mais dans le contexte d’aggravation des conditions de travail dans les entreprises et dans les services publics, une nouvelle génération de militants, plus fraîche et plus audacieuse, commence à émerger. La présence massive de jeunes, dans les contingents syndicaux, fut l’une des caractéristiques les plus frappantes des grandes manifestations de ces dernières années, que ce soit la mobilisation contre le Front National en 2002, les luttes contre la réforme des retraites et contre la guerre en Irak en 2003, contre la Constitution Européenne en 2005 ou contre le CPE en 2006.

Face à la réalité implacable du capitalisme, les réformistes à la tête du mouvement syndical n’ont aucune solution sérieuse à proposer aux travailleurs. Quand les actionnaires annoncent la fermeture ou la délocalisation d’une entreprise, les réformistes orientent la lutte pour la sauvegarde des emplois vers la demande de subventions publiques – dans l’espoir de remettre la fermeture à plus tard – ou vers la recherche d’un « repreneur » capitaliste, au lieu de poser la question de la nationalisation de l’entreprise et de sa gestion par les travailleurs eux-mêmes. Empêtrés dans leurs schémas capitalistes, les réformistes se refusent à franchir la ligne sacrée de la propriété privée. Ils sont effrayés par la perspective d’une lutte de grande ampleur qui menacerait l’existence même du capitalisme.

Les mobilisations massives contre la réforme des retraites et contre le CPE inquiétaient les directions syndicales autant qu’elles inquiétaient le gouvernement. Dans le cas des retraites, toutes les directions confédérales acceptaient la nécessité d’une réforme. Leurs revendications n’allaient pas plus loin que l’instauration d’un « dialogue » préalable à sa mise en place. François Chérèque, de la CFDT, a ouvertement trahi le mouvement en signant un accord avec le gouvernement à l’apogée de la lutte contre le projet de réforme. Lors de la lutte contre le CPE, le risque de perdre le contrôle de mouvement a également semé la panique dans les instances dirigeantes des confédérations, qui imploraient Chirac d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. Leur crainte d’un « dérapage social » les pousse inexorablement à rechercher une entente avec les représentants du capitalisme. C’est une indication des clivages qui apparaîtront au sein du mouvement syndical, une fois que le processus révolutionnaire atteindra les proportions qu’il a atteintes en 1968.

Les tâches des marxistes

Les événements de 1968 offrent un exemple « classique » de l’émergence d’une situation pré-révolutionnaire dans un pays industrialisé. Selon toute probabilité, la prochaine crise révolutionnaire, en France, prendra une forme similaire, du moins dans ses grandes lignes. Mais l’histoire ne se répète jamais exactement de la même façon. A bien des égards, le contexte actuel est différent de celui de 1968. Sur le plan politique, l’une des différences majeures réside dans l’érosion de l’autorité des directions communistes, socialistes et syndicales, qui auront bien plus de mal à conserver le contrôle du mouvement qu’à l’époque. Sur le plan sociologique, le développement des moyens de production, au cours des dernières décennies, a mené à une division de travail et une concentration du capital encore plus avancées qu’à l’époque, ce qui a considérablement renforcé le poids du salariat et des centres urbains dans la vie économique et sociale du pays. L’interdépendance accrue des différentes branches de l’économie confère aux travailleurs un pouvoir économique sans précédent, y compris aux travailleurs dont l’activité ne concerne que relativement peu de salariés. Il y a quelques années, par exemple, une grève partielle des convoyeurs de fonds a eu des répercussions économiques importantes. Les chauffeurs du transport routier, les dockers, les marins, les travailleurs du secteur bancaire, des télécommunications, de l’électricité et de bien d’autres secteurs pourraient, en arrêtant le travail dans leurs secteurs respectifs, et sans que la grève ne se généralise, paralyser complètement l’économie nationale. Ceci signifie que les idées du marxisme sont de nos jours bien plus en phase avec la réalité sociale qu’à l’époque de Marx lui-même.

L’impasse dans laquelle se trouve la classe capitaliste française, son incapacité à développer l’économie nationale et l’impossibilité d’inverser la régression sociale sur la base de son système, la place devant la perspective inévitable d’une collision frontale avec l’énorme puissance du salariat et de la jeunesse. Les éléments de cette confrontation décisive sont d’ores et déjà présents, et leur maturation s’entrevoit dans les grandes mobilisations qui ont marqué ces dernières années. Pour les marxistes que nous sommes, il ne s’agit pas de préparer la révolution, mais de nous préparer à la révolution actuellement en gestation au sein de la société française. L’élaboration des perspectives sociales, économiques et politiques pour la France n’a rien, pour nous, d’un exercice académique. Il s’agit de comprendre les processus objectifs à l’œuvre et, au moyen du développement de notre organisation, de les faire comprendre à la couche la plus active, la plus combative et la plus déterminée des travailleurs et de la jeunesse, aux communistes, aux socialistes et aux syndicalistes, afin de forger une direction suffisamment consciente et perspicace pour ouvrir les portes du pouvoir aux forces sociales colossales de la prochaine révolution française.

Pour mener cette tâche à bien, il est indispensable que les marxistes ne se tiennent pas à l’écart des grandes organisations politiques et syndicales de la classe ouvrière française. Notre indépendance politique est indispensable, mais ceci n’implique nullement une séparation physique du reste du mouvement ouvrier. Nous n’avons rien à craindre – et tout à gagner – de l’immersion de nos militants dans les grandes eaux du mouvement, loin des flaques stagnantes qu’affectionnent les mille et une sectes « révolutionnaires ». Au cours des événements orageux qui nous attendent, l’expérience collective du mouvement de masse se traduira par le renforcement des tendances révolutionnaires – et notamment des marxistes – dans les organisations traditionnelles des travailleurs, tandis que tout les groupements qui se tiendront à l’écart de ce mouvement, aussi « révolutionnaires » soient-il, passeront complètement inaperçus.

Les prémisses fondamentales de la prochaine révolution française résident dans l’incapacité du capitalisme à développer l’économie, dans son déclin en tant que puissance mondiale, dans la régression sociale permanente qu’il impose à la masse de la population, et enfin dans la prépondérance écrasante du salariat – qui assure toutes les fonctions essentielles de la vie économique et sociale du pays. La classe ouvrière était la force motrice de la révolution manquée de mai-juin 1968. Il en sera de même pour la révolution à venir. S’il est impossible de prévoir les circonstances exactes qui déclencheront le processus révolutionnaire, il est hautement probable que celui-ci aboutira assez rapidement – comme en 1968 – à une situation de « double pouvoir », où les contours de l’Etat socialiste futur coexisteront avec un Etat capitaliste largement privé de son emprise sur la société et sur le cours des événements.

Cette révolution sera « nationale » uniquement dans le sens où son objectif immédiat sera de mettre fin à l’emprise de la classe capitaliste française sur l’économie, sur l’administration, sur les forces armées et la police, et sur tous les autres instruments de son pouvoir. Mais elle sera, dès le premier jour, un événement international, dans ses causes fondamentales comme dans ses conséquences immédiates. Elle secouera l’ordre capitaliste et soulèvera un enthousiasme massif à travers l’Europe et dans le monde entier. La conclusion victorieuse de cette révolution sonnera le glas du capitalisme, ainsi que de toutes les formes d’oppression et d’exploitation de l’homme par l’homme, à travers la planète.

Mais cette conclusion victorieuse n’est pas garantie d’avance. Tout comme une armée a besoin de généraux, de théoriciens et de stratèges ayant assimilé les leçons des guerres passées, les travailleurs auront besoin, eux aussi, dans la confrontation décisive entre les classes qui s’annonce, de dirigeants qui incarnent l’expérience historique du mouvement ouvrier international, pourvus d’un tempérament révolutionnaire intransigeant et d’une confiance inébranlable dans la capacité de la classe ouvrière à s’emparer du pouvoir et à organiser la société sur de nouvelles bases, sans exploitation et sans oppression. De grands événements nous attendent. Par un effort collectif, par une attitude sérieuse envers la théorie marxiste et tous les aspects de notre travail pratique, par notre participation active dans les organisations des travailleurs et de la jeunesse, nous préparerons les conditions pour la victoire définitive de notre classe sur ses adversaires capitalistes, victoire qui ouvrira une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité – celle du socialisme international.

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